Un tiers de plaza s’était réuni pour cette dernière de la "Semana Grande" raccourcie de 2025. De la feria on retiendra le lot de Dolores Aguirre du premier jour et le triomphe retentissant d’Andrés Roca Rey. Aujourd’hui les Fuente Ymbro, de présentation hétéroclite, ont manqué de race. Seul le moteur et la qualité de charge du troisième relevaient le niveau. Face à lui, le triomphateur du jour, Fernando Adrián, a opté pour un trasteo à sensation plus que de toreo fondamental. Il aura eu raison puisque le public de Bilbao a apprécié et a demandé les trophées, moins intense la pétition pour la seconde oreille. Au terme de cette feria, les critiques envers l’Empresa vont bon train parmi les aficionados. Difficile de juger ce qui nous attend l’an prochain. Il faudra être patient et se préparer à toute éventualité.
Le premier de Paco Ureña, un superbe exemplaire bien armé, est abanto, et oblige son matador à le fixer au centre où il réalise quelques véroniques accrochées. Sous le fer l’animal fait d’abord sonner l’étrier, en parallèle avec le cheval. Au second passage, il tarde et évite l’épreuve avant de s’élancer et de pousser sous un picotazo donné pour la forme. Quite de Fortes par chicuelinas brusques. La faena débute par estatuarios parcimonieux, le bicho répondant tardivement aux toques. Le calamocheo du toro affecte les derechazos "cités" et tirés avec sincérité en deux tandas. À gauche, le léger vent complique l’effort alors que le toro, rajado, multiplie les coladas. La suite, avec un essai de passes droitières, se termine en toreo par la face. Bajonazo. Sifflets au toro. Silence.
Le second de Paco Ureña est un tío qui freine dans la cape. Le torero se limite à une brega de circonstance. Mal piqué, le bicho pousse en faisant tourner le cheval. La seconde pique est brève. Le toro trébuche dans la tentative de quite de Fortes. Muleta en main, Ureña voit le fuente-ymbro rouler au sol dans les premiers derechazos. Le torero baisse nonobstant la main et dessine des derechazos en ligne, mais néanmoins engagés, en deux séries qui vont a más. La suivante, "templée", est plus marginale dans le placement et courte. Le torero insiste sur cette corne avec application. Sur la corne gauche, le toro avance au pas et les naturelles molles sont citées avec sincérité. Le va-et-vient final, droitier, n’apporte rien de plus. Épée trasera et desprendida. Salut.
Le premier toro de Saúl Jiménez Fortes charge au pas et à contretemps dans la tentative de toreo de cape. La première pique est accidentée, sans que le toro reçoive une pique avec les cordes couvertes. Voulant être certain de piquer au second passage, Francisco de Borja se fait conspuer pour avoir effectué plusieurs tentatives afin de faire pénétrer l’acier, alors que le bicho se défend de la tête. Brindis à Diego Urdiales. spectateur aujourd'hui dans le callejón. Les premiers doblones sont somptueux et dominateurs. Fortes court la main à droite d’abord, puis enroule peu à peu les trajectoires. À gauche, les naturelles templées sont supérieures face à la charge anodine du toro. Complètement engagé dans son placement, Fortes s’impose dans la seconde série de naturelles, avec temple et aguante. Alors que le matador revient à droite, le bicho capitule. Fortes insiste en terrain des tablas et se fait sérieusement avertir. Entière caída. Salut.
Le cinquième, aux cornes acucharadas, a une charge brusque et rectiligne qui ne permet pas à Fortes de briller avec la cape. L’animal pousse contre le peto au premier passage et subit la seconde rencontre aux piques. Brindis au public. Fortes débute par un tanteo qui fait déjà trébucher le bicho. Les derechazos relâchés sont construits en trois séries de grand concept quant au placement, mais imparfaites dans le lié. Peu à peu la charge se décompose et le torero ne trouve pas de solution. Pinchazo et lame trasera. Descabello. Sifflets au toro. Silence.
Le premier de Fernando Adrián se blesse lors des capotazos et il est changé. Le sobrero, le toro le plus léger de la corrida, court sur pattes et armé large, fait des choses de manso avant de charger et d’accrocher les delantales du matador. L’animal s’emploie sous une carioca puis reçoit une autre ration appuyée. Adrián cite à genoux au centre pour un péndulo et passe de poitrine. Mis en difficulté, il se relève pour une série électrique à droite. Dans les deux tandas suivantes, il avance la muleta loin devant, avec contorsion, et tire des derechazos la jambe de sortie effacée. Sur la corne gauche, les deux séries sont imparfaites, avec une paire de muletazos isolés supérieurs. De retour à droite, le trasteo prend une tournure tremendista face à une charge vibrante qui méritait mieux. L’arrimón ravit le public. Le matador termine son trasteo par bernadinas et une estocade entière en place. Oreille accordée à un toro qui offrait les deux.
Le dernier toro de la Semana Grande 2025 est reçu par Fernando Adrián en véroniques et delantales, en suivant le bicho. Au cheval l’animal combat sans classe, par deux fois, face à une prestation médiocre du varilarguero. Roberto Blanco salue pour ses poses de banderilles à la pointe des cornes. La faena est débutée par pases de costadillo appuyé de la main libre.à la barrera. Suivent des passages par le haut et dans le dos qui émoustillent les tendidos. Les premiers derechazos sont construits un par un. La série suivante est plus liée et en ligne. Suivent en terrain de proximité des muletazos sans rythme. Sur la corne gauche, le bref passage est laborieux. L’insistance téméraire du torero est appréciée par le public de sombra et sifflée par les tendidos sol. Demi-lame tendida avec avis. Descabello.
René Arneodau.