Madrid 24 mai 2024 – 13ème de Feria de San Isidro. Andrés Roca Rey déborde par sa présence celles de Jorge Martínez qui confirmait l’aternative et de Cayetano Rivera meurtri après une dramatique cogida.

Dès le premier toro, cette corrida aurait pu tourner au drame car successivement Jorge Martínez et surtout Cayetano Rivera étaient victimes de cogidas à la sortie des piques du premier de la ganadería de Conde de Mayalde.. En effet, le toro “Estafador” nº 36 de 595 kg. né en février 2020 était le toro de confirmation d’alternative de Jorge Martínez, toro qui dès la première pique poussait fort, à mi-hauteur, la cavalerie et provoquait une chute monumentale, le picador Juan Melgar désarçonné et chutant à découvert. Dans le désordre qui suivait, le toro, sans repère, fonçait sur Jorge Martínez venu au quite et le cueillait de la corne gauche, sans dommage. La deuxième pique, en arrière, assortie de la carioca, se déroulait “normalement”, sauf qu’à sa sortie de la rencontre, le toro fonçait droit sur Cayetano, le déséquilibrait et, au sol, le piétinait durant de longues secondes. Après la cérémonie de confirmation d’alternative et sa faena. Cayetano passait à l’infirmerie. Pour le reste de la soirée, Andrés Roca Rey, lui, était seulement victime, à corps défendant, des invectives d’un public qui lui était foncièrement et a priori hostile.

                 

Les toros de Conde de Mayalde, de poids et un seul cinqueño – le 5ème – venaient à Las Ventas précédés d’une bonne réputation qu’ils n’ont malheureusement pas confirmé. Justement le 5ème de 580 kg se déclarait manso, modèle du genre, et les autres ne montraient ni codicia ni vivacité, soit par manque de forces soit par manque de casta simplemente. A part cela, la présentation était plus que correcte, des toros anchos de sienes, donc d’encornures large ouvertes et cornes éfilées.

Jorge Martínez, jeune torero de Totana (Murcie) et talentueux novillero, se présentait matador après les incidents/accidents ci-dessus cités. Le toro possédait une charge courte. Chacune des séries de la droite étaient entachées d’accrochages de la muleta, corrigés ensuite par une position plus basse de la muleta et bonnes passees de poitrine. Sur la gauche, le toro réduisait encore plus sa charge, sans “humilier” et finalement se désintéressait de la muleta. IL fallait en terminer: estocade basse. Jorge Martínez toréait en quatrième position à la place de Cayetano qui était à l’infirmerie un joli toro noir salpicado qui se déplaçait “mesurant” capes et toreros  et qui chutait au sortir de la première pique, recevant un simulacre de pique au deuxième assaut. Le peu de forces du toro obligeait Jorge à se repositionner après chaques passes terminées par un hachazo sur la droite, moins à gauche dont les naturelles étaient liées. Ce n’est que vers la fin de faena qu’il toréait avec plus de continuité et, semble-t-il, de confiance, dans des passes courtes au toro très affaibli.  Près des cornes, pieds joints, des naturelles bien dessinées n’obtenaient aucune réaction du public. Des ayudados par le haut et le bas précédaient un pinchazo et une estocade entière, desprendida.

Cayetano Rivera Ordoñez ne gardera de son premier passage à Madrid – il sera au cartel de dimanche prochain – que des contusions diverses après la “rouste” subie au premier conde-de-mayalde (espérons sans séquelles) et pas de grands souvenirs de ses deux prestations. Le 2ème avait belle allure et une bonne charge à la cape mais s’arrêtait devant le cheval, sans aucun effort de quiconque pour le mettre en suerte (protestations). La faena débutait devant le T6 à genoux! et la corne droite mettait en difficulté Cayetano qui devait enjamber la barrière pour éviter une autre cogida. Le toro sautait dans les naturelles et après cela, il n’avançait pratiquement plus dans la muleta tenue à distance… Estocade desprendida et un descabello. Revenu de l’infirmerie, Cayetano affrontait un toro de 610 kg. et lui servait d’entrée des véroniques suaves pour des charges très limitées. Le fléchissement répété du toro à la sortie des piques confirmait un affaiblissement qui rendait le trasteo prudent de Cayetano pénible pour tous. Une bonne estocade dans un style particulier sui generis: petit saut en ciseaux au dessus de la corne.

Andrés Roca Rey est le torero actuel qui attire les foules et qui remplit son contrat selon des manières ou attitudes parfois peu orthodoxes qui indisposent une certaine catégorie d’aficionados. Sortait le 3ème conde-de-mayalde, un bel exemplaire à la robe variée castaño, salpicado, bragado, meano. Il avait tendance à s’échapper des capes et ARR le retenait dans des delantales gagnant du terrain vers le centre du ruedo. Il était peu piqué… Après les deux statuaires du début de faena la corne droite était privilégiée pour deux passes dans le dos et ayuadado por bajo et passes de poitrine. Ovation! Les derechazos qui suivaient, longs, ARR, compas largement ouvert, toréait la jambe contraire en retrait – pas toujoours – dans une série terminée par une longue passe de poitrine. Les naturelles n’étaient pas aussi réussies, serré de près par la corne gauche en une occasion, cambio dans le dos. Les bernadinas finales ajoutaient de l’émotion pour une grande majorité du public.  Estocade presque parfaite, desprendida. Sonnait un avis et l’oreille demandée n’était pas concédée. Le 5ème  un toro grand, cornes large ouvertes, sans fijeza, abanto, que ARR allait chercher au centre de la piste, et qui déclarait ouvertement sa mansedumbre. Dans la cape de ARR, gazapón, il sortait de la première pique et traversait le ruedo pour un picotazo du picador de réserve… Devant la muleta ce toro ne transmettait rien, sans codicia,  et les passes n’intéressaient plus personne. Mème une passe circulaire inversée ne permettait pas à ARR de créer la moindre émotion, le toro quasiment arrêté. A l’épée, un metisaca, court, précédait un pinchazo à toro lancé. Un avis.  Un autre pinchazo en prenant la tangente et estocade basse aussi prudente! Un avis. Le toro longeait les barrières et ARR ne faisait rien pour tenter de porter un descabello. Un troisième avis sonnait lorsque le toro s’affaissait. Cet atermoiement ressemblait à une provocation qui déchaînait une bronca justifiée.

Cayetano: silence aux deux. Andrés Roca Rey: ovation, saluts depuis le callejón!; trois avis et bronca. Jorge Martínez: silence; un avis et silence. A l’infirmerie, Cayetano était diagnostiqué d’une contusion cervicale et de divers hematomes à la suite de la forte bousculade intervenue au 1er. Lleno absolu: 22.964 spectateurs. Soleil et magnifique température.

Georges Marcillac

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