La première corrida "toriste" de cette Feria de San Isidro proposait à l'affiche des toros de Partido de Resina dont on a l'habitude de dire qu'ils sont les descendants d¡un élevage prestigieux, celui de Pablo Romero. Un éminent aficionado madrilène me disait après la corrida qu’il adorait les toros de Partido de Resina, en précisant immédiatement "en photo". Et bien les 18.000 spectateurs du jours penseront la même chose. Face à ces toros tant attendus après quelques années d'absence à Las Ventas, des toreros Antonio Ferrera de Badajoz représentant l'Espagne, Ernesto Javier Tapia "Calita" du Mexique et Jesús Enrique Colombo du Vénézuela. Manquant de caste, le lot du jour, bien présenté, n’a offert que peu de possibilités au triomphe. Le mieux loti fût le Mexicain Calita qui est passé à côté d’une opportunité de bien faire. Colombo, quant à lui, a connu la honte de devoir abandonner la pose de banderilles à son second, incapable de proposer des solutions techniques aux difficultés rencontrées.
Antonio Ferrera recueille les premières charges de son premier adversaire, sur le passage, l’animal étant abanto. C’est au centre qu’il le fixe en brega. Le partido-de-resina fait un bref passage aux piques ressortant rapidement de la seconde rencontre. Les charges sont molles, le regard haut et au loin. Ferrera se charge de la brega au second tiers et laisse ses trois banderilleros poser successivement les harpons. Le toro répond aux premiers muletazos de tanteo. Le vent et le calamocheo du toro dans la muleta gênent Ferrera. Les passages droitiers, mécaniques, en allongeant le bras en sortie, donnent des séries laborieuses. A gauche, il torée passe par passe en reculant entre les muletazos. Il tente de donner de l’allant aux charges sans résultat. Épée contraire et atravesada.
Le second d'Antonio Ferrera, aux charges vives et incomplètes, est mené au centre par le matador. Face au cheval, le bicho exhibe son manque de caste. Le bicho immobile met à l'épreuve la cuadrilla au second tiers. Seul Fernando Sánchez surnage. Le mtador est appliqué dans le tanteo. Le calamocheo dans les derechazos et, à l'occasiom, accrochage de la muleta, traduisent un trasteo laborieux. Dans le second passage sur la corne droite la série est liée. La tentative gauchère donne quelques naturelles dominatrices dans un ensemble forcé. La suite sur les deux cornes est un effort pour se justifier, en terrains rapprochés, avec quelques effets de tremendismo. Avis. Épée entière, trasera et caída. Salut auto-proclamé avec division d’opinions.
"Calita" affronte un premier toro de beau trapío, lucero, corniapretado, acucharado. Le Mexicain decide de bregar en le menant au centre. Face au cheval le toro pousse par à coups ou est retiré rapidement. Quite poussif par chicuelinas de Colombo, le toro ayant tendance à rester immobile. Brindis au public. Les premiers muletazos de tanteo mènent l’animal aux tercios. Le vent fait onduler la muleta. Calita tire des derechazos isolés en deux séries, la muleta terminant par le haut. À gauche, le bicho démarre avant le torero sans maîtrise. La muleta est souvent accrochée et Calita utilise l’ayudado pour ouvrir la muleta. Metisaca en passant au large. Suivent pinchazos et une entière basse al encuentro. .
Le second de Calita répète promptement dans la cape mais le torero ne fait pas de zèle. Le bicho pousse en discontinu sous deux piques. Tentative de quite désordonné de Colombo. Le matador réalise d’abord un tanteo précautionneux. Les derechazos tirés un par un, en deux tandas, sont forcés et sur la defensive, donnés sans intention de lier. À gauche, la même recette est appliquée sans chercher à provoquer la charge suivante en fin de passe. Pourtant le toro y est disposé. Le Mexicain poursuit brièvement à droite sans apport nouveau. Entière delantera et tendida.
Le premier de Jésus Enrique Colombo, cornalón et ouvert de cornes, visite le ruedo et charge en passant jusqu’à ce que le matador le fixe au centre avec difficulté, en gestion des hachazos. Sous la pique, le partido-de-resina s'affale puis donne des coups de tête tout en se désintéressant de l’épreuve. Entre les deux piques, il devient parado. La seconde pique est prise sans classe. Le bicho semble avoir abandonné toute combativité. Colombo decide néanmoins de banderiller. Ses facultés physiques lui permettent de poser les bâtons en évitant la réunion au balcon, donc à cornes passées. En manque de confiance, le Vénézuelien tantea sur les jambes. À droite, il lie une série lointaine et en ligne. Dans la suivante, le toro s’arrête, lance un derrote ou se désintéresse. Dans la série suivante Colombo est obligé de se recentrer entre les passes et le bicho lui en donne le temps. Muleta dans la main gauche, les naturelles sont exécutées une par une avec des replacements entre chaque tentative. Le public proteste le placement lors des passes de poitrine. Avis avant pinchazo hondo. Deux descabellos.
Cette corrida longue et pénible se termine avec la sortie en piste d’un toro qui doute et gratte le sol. Lorsqu’il charge, il freine à mi-passe. L’animal pousse en parallèle au peto puis fait à peine semblant de combattre lors de la seconde pique. De nouveau Colombo se charge des palos. Face au toro arrêté le torero ne propose aucune solution technique. Trois passages à faux annoncent le pire et le matador doit finalement charger sa cuadrilla de poser les rehiletes. Le second tiers est alors laborieux, le président changeant le tiers avec seulement deux banderilles posées, sous une bronca énorme. Colombo s’avance muleta à droite et réalise un tanteo sur la defensive. Il prend rapidement la gauche, sans idée ni intention. Puis voyant que le public proteste,il prend l'épée. Épée défectueuse. Déception collective.
| Antonio Ferrera: silence; un avis et silence. "Calita":silence aux deux. Jesús Enrique Colombo: un avis et silence; sifflets. Temps automnal, 18.848 spectateurs, |
René Arneodau



