
Alejandro Talavante
Avec le quatrième Cuvillo, Talavante a signé le premier triomphe de la San Isidro avec une faena verticale, une première moitié de faena importante et une seconde usant de recours. Parfois avec la réserve de toréer avec la jambe de sortie effacée. Une faena qui nous a rappelé le meilleur des Talavante d’il y a quelques temporadas. Son adversaire a obtenu une vuelta al ruedo justifiée si on regarde son comportement dans la muleta, mais discutable si on se réfère à sa prestation aux piques. Le lot de Cuvillo à la présentation variable, a proposé trois exemplaires qui permettaient faena, le 1, le 4 et le 6. Juan Ortega le plus mal loti au sorteo aurait probablement plus tiré de son second s'il avait opté pour des techniques plus marginales qui ne font cependant pas partie de son arsenal.
Le toro de la confirmation de Tristan Barroso rablé, bordant acochinado, fait une sortie pensive sans remater en tablas. Il entre sans conviction dans la cape du matador et en sort en regardant au loin. Mal piqué il se retire de la première vara visiblement affecté.Quite du confirmant par chicuelinas. Le bicho charge de loin la seconde pique et pousse de más a menos. Quite décidé de Talavante par gaoneras et larga prolongée. Tristan Barroso confirme des mains d’Alejandro Talavante en présence de Juan Ortega face à Ventoso de Nuñez del Cuvillo né en 01/21 portant le numéro 224 et pesant 528 kg. Brindis au public. Les premiers muletazos donnés à genoux, à droite, depuis les medios, sont templés et montrent la volonté du bicho de charger de loin. Pour la série suivante l’animal gratte puis charge sans discontinuer dans une série complète pecho compris. La série suivante est un ton en dessous, car la charge elle aussi se réduit. À gauche Barroso tarde à trouver le rythme puis dessine quelques naturelles une par une de bonne exécution. Une autre tanda sur cette corne est entrecoupée sans faire l'unanimité. Voulant prolonger le trasteo il divise les opinions. Les adornos par bernadinas sans épée plaisent à une partie du public malgré les cites défensifs surtout dans les remates. Un pinchazo, alors que le toro trébuche à l’embroque, est suivi d’une entière caída. Divers descabellos et deux avis à la clé. Palmas au toro et silence.
Alejandro Talavante voit son premier adversaire protesté fort justement pour ses hechuras, cornes longues et train arrière frêle. Le toro titube déjà dans les lances précautionneux du matador. À la première rencontre contre le peto, l’animal termine allongé. Il subit la seconde pique sans pouvoir pousser. On a la sensation qu’au second tiers le Cuvillo reprend du poil de la bête. Après la cérémonie de retour des trastos, Talavante débute sa faena devant le tendido 7 par doblones peu appropriés, vu la fébrilité du bicho. Suivent des naturelles, muleta accrochée en sortie, sifflées par certains. Comme a gauche, les derechazos ne contrôlent pas les derrotes de l’opposant en fin de muletazos. C’est ainsi que la faena se termine prématurément. Entière habile, desprendida. Silence.
Le second Cuvillo de Talavante doute face à la cape du matador. Lorsqu’il charge c’est sans conviction et sans humilier. Face au cheval le toro refuse d’abord la confrontation. Il combat ensuite sans verve lors de deux rencontres au cheval. Quite d’Ortega par chicuelinas sur le voyage. Talavante présente d’abord la muleta par ayudados et toreo por bajo en trincherillas et desprecios. Les derechazos au centre révèlent à la fois un toro boyante et un torero entregado ce qui fait rugir la plaza, avec deux cambios de mano interminables terminant les deux premières séries. À gauche Talavante cite de face et de loin. La serie est tout aussi profonde que sur la corne opposée et fait se lever les tendidos. Il répète l’exercice en modifiant le remate par changement de main dans le dos pour un derechazo profond. La série suivante est un ton en dessous sans perdre l'attention du public. La dernière tanda liée, sans laisser sortir le bicho de la muleta, porte fortement sur les tendidos malgré le recours technique de la "noria" . Voulant signer son œuvre Talavante alterne naturelles et trincherillas alors que sonne l’avis. Estoconazo. Vuelta al ruedo pour le Cuvillo et deux oreilles pour Talavante.
Le premier de Juan Ortega est protesté pour son train arrière et parce que le toro est lavado de cara. Il est fixé par Jorge Fuentes. La brega de Juan Ortega est accompagnée les "miaou" du 7. Le tiers de varas est conditionné à la fois par la faiblesse et aussi le manque de bravoure du Cuvillo. La tentative de quite du Matador contraste avec l'incapacité du toro à combattre efficacement. La faena est entamée par tanteo appliqué sans brusquer l’opposant. Suivent des derechazos, en deux séries inconséquentes car la charge est sosa. Le bicho s’allonge. Ortega insiste néanmoins dans un désordre croissant sur les tendidos. Plusieurs pinchazos sans passer le balcon sont suivis d’une lame défectueuse. Sifflets au toro. Silence.
Un magnifique jabonero sort en quinto. Il entre dans la cape d’Ortega avec un contre temps ce qui incite le matador à bregar. Mal piqué le bicho pousse longuement une fois, puis sort seul de la seconde rencontre. Long quite du toricantano par saltilleras et gaoneras brusques et gênées par le vent. Ortega lance la faena par doblones, cambio de mano sur jambe fléchie, le tout de tercios a medios. Muleta à droite le Sévillan exécute des derechazos en ligne d’abord, terminant la serie en courbe. La tanda suivante est liée en verticalité et trajectoires en courbe. À gauche la muleta est accrochée en sortie de muletazo. Ortega insiste sur cette corne sans arriver à corriger ni le calamocheo, ni la lacune technique. De retour à droite le matador retrouve le lié. La série suivante est de concept technique engagé, sans que le public ne le perçoive. Une entrée a matar en souffrance termine en pinchazo. Suit une entière caída avec avis. Palmas au toro et silence.
Barroso clôture les débats face à un Cuvillo imposant de hechuras qui entre distrait dans la cape du matador. Piqué en arrière, le toro pousse tête haute une fois, puis sort seul et rapidement de la seconde rencontre. Excellente prestation de Mathieu Guillon au second tiers qui lui vaut de saluer. Brindis au parrain d’alternative. Au centre Barroso cite pour un double pendulo à genoux. Il est soulevé au moment ou il allait se relever. Les derechazos manquent de transmission car la charge est retenue a droite. À gauche il y a plus de vélocité et cette série transmet. Dans la série suivante, sur cette même corne, le torero doit se croiser entre les naturelles pour provoquer l’embestida. Dans le passage droitier suivant, il se penche en avant pour embarquer la charge d’abord depuis l’extérieur, puis il la ramène vers l'intérieur après l’embroque. Un dernier passage gaucher connecte avec les tendidos, plus par l'engagement que par le résultat artistique. Pinchazo en couvrant la tête et en s’écartant de l'axe. Suit une demi lame portée avec meilleure conviction. Enfin une entière habile trasera. Silence.
René Arneodau


