Le lot de García Jiménez y Olga Jiménez de présentation limite et homogène a donné un jeux varié. Borja Jiménez est sorti a hombros sans accompagnement populaire autour de lui.
Morante de la Puebla affronte un premier toro bas et cornidelantero qui montre des signes de faiblesse dans les véroniques. Morante s’adapte immédiatement et dessine des chicuelinas suaves et lentes, appropriées. L'animal fléchit dès le contact au peto et pousse néanmoins en parallèle. Le quite par véroniques est accidenté, le toro ne supportant pas l’effort. La seconde pique formelle est suivie
d’un quite par gaoneras torées jambe de sortie en avant, quite somptueux de Morante. Celui de Borja Jiménez par chicuelinas est court et templé. La première passe de faena est un cartucho ouvert au dernier moment. Suivent des passes sur jambe pliée, terminées par le haut, puis debout tout en douceur et rythme. Les premières séries droitière et gauchère sont impeccables d'exécution et exemptes d’émotion par manque de transmission du toro. La suite droitière, en plusieurs séries accompagnées de la musique, est
limpide mais toujours avec ce manque d’émotion pourtant indispensable à tout triomphe significatif. Morante termine par un toreo de trois quarts à gauche, simple et profond. Estoconazo avec la taleguilla ouverte. Oreille avec forte pétition de la seconde (qui aurait été superflue). Silence au toro.
Le second de Morante est distrait et tarde à être fixé par la cuadrilla et le matador. Il se retourne à l'envers dans les lances. À un moment Juan José Dominguez donne un lance au bicho mais ne le retient pas. Ce sera un tournant car, s’il avait poursuivi, Morante aurait constaté la propension du toro à serrer à gauche. De ce fait, Morante tente de le fixer bregando et, dans un extraño sur cette corne gauche, le bicho le bouscule et le prend dans la zone fessière. Toute cornada dans cette partie de l'anatomie est préoccupante. Les premières informations diront qu’elle ne concerne que le fessier. Le parte facultativo, quand à lui, révélera une cornada plus grave que cela, affectant rectum et sphincter. Le tiers de varas se déroule dans un murmure inquiet. Dans la lidia menée par Juan Carlos Rey, banderillero de Borja, le toro avertit encore plusieurs fois sur cette corne gauche. Brindis au Maestro blessé. Sur la corne droite, Borja lie une serie intense à genoux avec mando. Musique. Il poursuit sur la même corne, debout, avec des cites mélangés al hilo et fuera de cacho en deux séries fort applaudies. Sur la gauche le placement est orthodoxe et certaines naturelles profondes. Prenant confiance le torero montre au public qu’il domine l’opposant dans un passage à droite. Deux Pinchazos, sortant bousculé du second, et entière en place lui valent une vuelta. Certains ont questionné le fait que le matador ait fait une faena au toro ayant blessé un compagnon de cartel.
Le premier de Borja Jiménez est reçu par véroniques mobiles, puis chicuelinas de recours plutôt rapides avec remate par larga templée. Le picador tombe de sa monture au premier voyage en vara. La seconde puya courte laisse le toro peu piqué. Saltillera et gaoneras brusques de Rufo au centre du ruedo. Le toro tire des derrotes et se défend au second tiers. Brindis de Borja à Morante encore valide. Les premiers muletazos, tout en douceur face à une charge vive, laissent présager le meilleur. Les deux premiers passages droitiers abusent du fuera de cacho mais lient des muletazos avec remates au bout du pico. Musique. Les naturelles vont de menos a más, cambio de mano compris. La suite à droite, en deux temps, est brouillonne. Viennent des naturelles alternées avec la droite de bonne facture, jambe de sortie exposée, au contraire des précédents muletazos. Épée trasera, tendida, caída, atravesada. Oreille. Palmas au toro.
À son second, sorti sixième, Borja le reçoit a puerta gayola. La larga à genoux est émouvante car la charge est intense. Le matador poursuit, toujours à genoux, par véroniques et larga afarolada de remate qui enflamment les tendidos. Le toro est boyante et mobile. Il pousse lors de la première vara puis retourne de loin et, cette fois, il lâche l'affaire après le contact. Le bicho conserve de l’allant au second tiers avec une légère faiblesse de pattes. Brindis au public. Au centre, Borja cite pour un quadruple péndulo, le premier millimétré. Musique. La première série à droite est marginale, lointaine et liée. Dans la suivante, le meilleur est le cambio de mano. Le fort calamocheo du toro fait frémir les tendidos. Le meilleur arrive avec des naturelles verticales, main basse, templées, pieds joints. Les suivantes n’ont pas le même impact mais sont applaudies. Trois quarts de lame trasera et tendida en s’écartant de l’axe. Mort lente. Oreille.
Tomás Rufo
reçoit son premier par véroniques pieds joints, un delantal et une larga. La première charge au cheval a lieu al relance, le toro faisant le tour du cheval. Le passage suivant est bref, le bicho ayant la même tendance à tourner autour une fois encore. La troisième en carrioca ne fait honneur ni au picador ni au toro. Le quite de Rufo par véroniques et larga est poussif. Au second tiers, le toro est mobile et distrait tout en étant pronto aux sollicitations. Brindis personnel. Le bicho flanche dans les premiers muletazos sur jambe fléchie. Le trasteo se transforme en exercice pour éviter de peser sur le toro. La jambe de sortie effacée à droite, et le corps hors trajectoire, les derechazos sont tirés en ligne. Idem à gauche en deux tandas. Un nouveau passage droitier n’apporte rien de plus sinon la "noria" c’est à dire faire le manège sans laisser sortir le toro de la muleta. Lors de la dernière tentative à gauche, le public proteste vu l’insignifiance de l'opposition. Entière trasera et desprendida. Silence.
Rufo combat en cinquième position son second qui se brise un piton en sortant au ruedo. Le réserve de Garcia Jimenez est l’exemplaire avec le plus de trapio. Rufo le passe en véroniques ouvertes, écartant les bras du corps. Le toro prend deux piques sans classe. Le quite de Borja voulu par chicuelinas est interrompu en raison des protestations de l’animal. Brindis au Maestro blessé. Rufo, au centre, cite à droite pour un cambio por la espalda suivi de derechazos à genoux en poussant les passes vers la sortie. Debout, le trasteo droitier est léger, plutôt en ligne et al hilo. À gauche, le torero privilégie le fuera de cacho d'abord, puis, dans une autre tanda des naturelles une par une en se replaçant croisé entre les passes. De retour à droite, il alterne les techniques mais le public s’impatiente. Le torero insiste néanmoins dans un arrimón. Bajonazo. Silence
René Arneodau




