Madrid 31 mai 2026 - 21ème de Feria - Triomphe du baroque dans le temple du classicisme. Antonio Ferrera deux fois une oreille et Puerta Grande.

Antonio Ferrera

Par qui le scandale arrive! Antonio Ferrera a enflammé Las Ventas par son toreo technique, fantaisiste et barroque alors que Paco Ureña a jeté les dés pour atteindre le triomphe. Il l’a payé par un passage à l’infirmerie.  Manuel Escribano est passé presque inaperçu. Tous trois ont affronté des toros d’Adolfo Martín qui a proposé un lot éclectique dont certains éléments ont animé la corrida. Le quatrième fut un toro important tant au cheval et qu’à la muleta. Antonio Ferrera, quand à lui, a su mesurer l’ambiance actuelle de Las Ventas (populaire) et produire la prestation lui permettant de couper deux fois une oreille,  la seconde au toro du torero blessé.  Dans des circonstances comparables, Luis Francisco Esplá  avaient opté de ne pas sortir par la Grande Porte, par respect pour le torero blessé. (1999 - El Califa blessé ).

Antonio Ferrera

Antonio Ferrera reçoit le premier Adolfo, massif par une brega en allongeant la charge jusqu’à ce que le toro la raccourcisse. L’animal pousse sans classe, a menos, lors des deux passages aux piques. Il est de surcroit distrait et andarín au second tiers. Le tanteo de muleta est suivi d’un essai de derechazos dans lesquels le toro se ralentit à mi-passe. Lors de la seconde série, l’animal est pensif et probón. Ferrera insiste en étant mis en danger. À gauche toute tentative est impossible. Le final droitier est mobile. Trois pinchazos et épée basse. Silence.

Le second d'Antonio Ferrera passe dans la cape sur jambe fléchie avant d’être mené aux tercios. Le toro pousse sous la première pique. Pour la seconde, il accompagne le cheval qui tourne autour de lui. Ángel Otero pose deux paires de banderilles de poder a poder, extraordinaires dans la réunion face aux cornes et salue. Ferrera débute son trasteo, muleta à gauche, en deux séries suaves et "templées". Les derechazos appuyés sont liés avec rythme. Poursuivant à gauche, la faena change de ton, la charge se faisant plus brusque et courte. Alors, dans un élan inattendu, Ferrera se redresse et avec douceur produit des passes avec des toques subtils avec un minimum de gestuelle. La suite, toujours au goût du public, est plus disparate en rendement. Le torero veut "citer" de loin pour tuer a recibir. Malheureusement, le résultat est un pinchazo porté avec vérité. Ferrera répète l’exercice cette fois avec succès, pour une entière contraire avec mort rapide et spectaculaire. Oreille.

Antonio Ferrera, picador...

Le sixième est combattu par Antonio Ferrera pour Ureña blessé. La réception de cape est volontaire, mais en mouvement. Ferrera decide de piquer lui même le toro!! La première pique est portée en place, de brève durée. La seconde "citée" de loin est manquée lors de la réunion. Un troisième passage est réussi. Ferrera bondit du cheval pour réaliser un quite par chicuelinas et revolera électriques. Énorme bronca au président qui impose que le toro soit à nouveau piqué par le picador de service. Brindis à Ureña (qui est à l'infirmerie...). Devant les tendidos de soleil, la faena démarre par tanteo élegant, en avançant. Les derechazos "cités" de loin, en deux séries, donnent des passes liées et bousculées. À gauche, au centre, la série est diverse avec certaines naturelles longues et appuyées, d’autres terminées par le haut. La série suivante est réalisée en verticalité et relâchement. Un dernier passage à droite, immobile, pieds joints, retient l’attention des tendidos. Cite de loin pour un recibir, toro au centre et Ferrera aux tercios; il avance au pas vers le toro et porte une épée contraire, delantera, atravesada. Avis et descabello. Petition d'oreille, accordée.

Manuel Escribano

Manuel Escribano conforme à son habitude se rend a puerta gayola pour recevoir son premier Adolfo. Avec beaucoup d’aguante, il attend après l'arrêt du toro, pour une larga cambiada risquée. Le bicho est protesté pour son train arrière étroit. Les véroniques sont laborieuses face à une charge irregulière. Le toro pousse sous le fer sans fixité, bougeant de droite à gauche. La seconde entrée, chargée de loin, voit le bicho subir la puya. Escribano choisit de poser les rehiletes. Sa prestation, en quatre passages, est aléatoire avec à tête passée, mais aussi des poses respectables comme celle citée assis sur l’estribo ou celle al sesgo por dentro. Au centre, Escribano s’applique à gauche, en début de faena, passe par passe avec précaution. À droite, les charges sont freinées mais sans mauvaise intention. Entre les passes, le toro regarde l’homme mais répond aux toques. Une dernière tentative gauchère convainc le matador que l’heure de l’épée est venue. Entière desprendida portée avec conviction. Descabello. Quelques sifflets au toro.

De nouveau a puerta gayola, Manuel Escribano voit le bicho s’arrêter, puis il bondit dans la larga cambiada de rodillas. Les véroniques sont données en bagarre car le toro se retourne vite. Au cheval, l’Adolfo pousse deux fois, la seconde sous une pique en arrière. Escribano se charge du second tiers. La première pose tarde à venir car le toro ne bouge pas du terrain où cependant le matador a voulu le placer. Escribano pose ensuite une paire cuarteando, en corto, dans laquelle le toro répond avec verve. Une paire est posée au cuarteo, cette fois, sur la corne gauche. Il termine par un violín al quiebro fort réussi en terrains de toriles. Brindis au public. Muleta à droite, Escribano "cite" dans le terrain des tablas, par des doblones laborieux, dans les mêmes terrains que le quiebro . Suivent, au centre, des naturelles difficiles et non liées car l’animal se retourne vite. Le passage droitier est lié a menos, comme la charge. La série suivante est réalisée passe par passe car le toro ne répète plus. Une nouvelle tentative à gauche est hachée face à cette charge décadente. Avis. Deux pinchazos et deux descabellos.

Cornada de Paco Ureña

Le premier opposant de Paco Ureña est veleto, fin et menaçant. Ureña s'étire en véroniques avec succès face à une charge longue mais avec retours rapides. Le toro s’emploie sur une corne sous la première pique dont il sort en titubant. La seconde tarde à venir. Alors le cheval s’avance au delà des lignes et la pique est brève. Au second tiers, les charges se font attendre, le toro est sur la défensive. Muleta en main, Ureña tente des derechazos aux tercios. Alors qu’il essaye de lier, il est soulevé dramatiquement. Manifestement blessé, il reste en piste et poursuit à gauche, passe par passe, en se croisant entre les naturelles. Les efforts, sur les deux cornes, valent au matador, les applaudissements du public. Lame habile et défectueuse. Descabello. Le matador se retire à l’infirmerie et le toro recueille des sifflets.

Antonio Ferrera: silence; une oreille; un avis et oreille. Manuel Escribano: silence aux deux. Paco Ureña: ovation, bléssé d'une "cornada pénétrant dans le tiers supérieur de la face antérieure de la cuisse gauche et de trajectoire ascendante de 20 cm qui contourne le muscle sartorius et atteint l'épine iliaque antéro-supérieure et d'une autre trajectoire de 10 cm qui contusionne l'artère fémorale et atteint la face antérieure du fémur".Quatorziéme lleno de no-hay-billetes; 22.964 spectateurs.

René Arneodau

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