En affichant le quinzième no-hay-billetes au vingt-quatrième jour de la San Isidro, la empresa Plaza 1 doit être satisfaite de la recette mais ne devrait pas l’ètre pour le résultat artistique de cette corrida. Pourtant elle réunissait Emilio de Justo, Borja Jiménez et la vedette en puissance, le Madrilène Víctor Hernández pour des toros de Jandilla. Seulement quatre exemplaires du fer de Borja Domecq étaient maintenus après le reconocimiento et deux de Santiago Domecq complétaient le lot. Malgré les poids et leur âge – deux cuatreños (1er et 3ène) et deux cinqueños (2ème et 4ème) les jandillas n’étaient pas du goût d’un secteur de public mais au “moral” les 1er et 4ème recevaient les applaudissements à l’arrastre. Le sardo de Santiago Domecq avait les hechuras d’un toro fait et le dernier, basto de physionomie fut un toro difficile pour ne pas dire criminel de la corne gauche.
C’est Víctor Hernáncez qui lui, aussi, avait la satisfaction d’un autre ordre, celui de quitter la place par ses propres moyens après avoir souffert deux effrayantes cogidas dont il se sauvait miraculeusement. La première survenait dès le premier capotazo de réception au 6ème sur la gauche, le toro soulevant Víctor de la corne gauche à hauteur de la poitrine pour ensuite le secouer en l’air et le reprendre au sol pendant d’angoissantes secondes. Les émotions ne s’arrêtaient pas là, car après avoir recouvré ses esprits, il allait vers ce toro qui dès le tanteo enseignait des charges courtes avec calamocheo ou derrote à moitié de passe. Víctor restait ferme, porfión, pour égrener des passes propres, sur la droite, le toro n’”humiliait” pas. Il prenait la muleta de la main gauche pour d’hypothétiques naturelles… À la troisième, la cogida redoutée se produisait, encore à hauteur de la poitrine, torero suspendu à la corne gauche et finalement éjecté sans aucune blessure apparente. Víctor, héroïque, continuait sur la droite devant un toro tardo, arrêté, grattant le sol. L’estocade tendida, caída, n’avait pas d’effet rapide, sonnait un avis avant quelques descabellos à toro amorcillado. Le peu de trapío du 3ème était protesté. Le subalterne chargé de la lidia, enlevait rapidemment le toro du peto qui, d’ailleurs, ne combattait pas sous la pique. La faena de muleta ne valait que par les passages du toro sur la droite dans des derechazos longs qui se réduisaient avec la charge. Un changement de main et le toro se freinait. Víctor ne pouvait mettre à profit ses qualités de muletero en naturelles car le toro passait en sautillant pour finalement avancer à chaque cite, charge forcée en se croisant. Les inévitables bernadinas, une ortina n’apportaient rien à cette faena conclue par une demi-estocade qui suffisait. Un descabello.

Emilio de Justo dessinnait deux faenas volontaires aux deux meilleurs jandillas , surtour le 4ème qui présentait quelque défaut de locomotion des pattes arrières, inconvénient largement surmonté par des charges continues, principalement sur la gauche. Les derechazos du début de faena, accélérés, les naturelles qui suivaient l’étaient aussi…. Une nouvelle série de naturelles plus pausées, “templées”, rehaussait le niveau de la faena où dominaient les passes en quantité plus qu’en qualité malgré certaines attitudes de bon goùt dans les remates. Le final par des doblones et passes par le haut ne démentaient pas la qualité du toro qui tenait bon jusqu’à l’estocade arrière, tombée. Entre temps avaient sonné deux avis. Deux descabellos. Le premier de Jandilla ne permettait pas grand chose à la cape y compris dans un quite par chicuelinas d’Emilio de Justo entre deux piques sans hisoire. À la muleta, ce toro montrait une charge qui n’était pas tempérée d’où des derechazos à grande vitesse. Le toro “humiliait” dans des naturelles plus “templées”. La faena était irrégulière dans son concept peut-être à cause du vent et de la recherche du meilleur terrain et abri… Le final par des passes par le bas, des trincherillas, avait du succès mais celui-ci s’estompait par le mauvais usage de l’épée sans compter les descabellos….

Borja Jiménez n’était peut-être pas le mieux servi ou n’était pas dans un bon jour ou se réservait pour son encerrona de dimanche prochain… Les charges au capote du deuxième de Jandilla promettaient, montrant une certaine flexibilité dans les premiers capotazos près des barrières mais il se livrait moins en fin de capoteo vers los medios. Ce toro fonçait sur le cheval et poussait sous la pique de “Tito” Sandoval et provoquait une chute monumentale. La faena émaillée d’accrochages de muleta, les hachazos en final de passes avec la collaboration du vent qui soulevait la muleta, la faena n’intéressait plus personne. Deux pinchazos précédaient une estocade tendida. Un avis. Le cinquième, un superbe toro sardo, de meilleur trapío, possédait un tranco qui laissait entrevoir la possibilité de faena si cette allure était maintenue. Ce toro donnait l’illusion pour ses charges au cheval sans s’employer sous la pique. Il se déplaçait bien au tercio de banderilles.
Borja Jiménez se positionnait pour le cambio por la espalda et enchaînait deux autres péndulos à contre-querencia. La suite était moins brillante car dans la muleta le toro passait descompuesto et Borja Jiménez ne parvenait pas à tempérer ces charges. Peu à peu le toro perdait son entrain. Estocade desprendida??
| Emilio de Justo: deux avis et silence; deux avis et silence. Borja Jiménez: un avis et silence; silence. Víctor Hernández: un avis et saluts; un avis et saluts. Vent et température en baisse. 22.964 spectateurs. |
Georges Marcillac
Photos: Plaza 1