Le Matador Sebastián Castella a connu le 22 Mai 2026 une de ses meilleures faenas, face à un extraordinaire toro "Cantaor" de Victoriano del Rio. Je ne referai pas la chronique disponible par ailleurs. Il m'est cependant apparu opportun de relever certaines questions qui ne vont pas nécessairement être abordées par ailleurs, et ce dans le contexte d’une corrida qui entrera dans l'histoire de Las Ventas, de la carrière de Castella et de la Ganaderia Victoriano del Rio.
Le plus important de la corrida est sans aucun doute la participation au festejo de "Cantaor", animal harmonieux, bien présenté, brave et noble. Pour tous ceux qui ne cessent de mettre la faute des échecs de tant de toros sur l'excès de poids, "Cantaor" pesait 572 kg et avait 5 ans d'âge. Le toro brave ne craint pas le poids et comme souvent à Madrid, ce sont des toros lourds qui triomphent. Ce qui compte, c’est que le toro soit harmonieux. Mais si le toro est vraiment brave, il combattra intensément et jusqu'à la fin, même s’il porte un poids nominal élevé.
La corrida de Victoriano del Río a comporté plusieurs exemplaires proposant faena. Ce sont les toreros qui n’ont pas su en profiter, Castella compris à son premier. Une relecture de la chronique le révèlera pour ceux qui auraient un doute. Sans nul doute, le lot de Victoriano est candidat au titre de la meilleure corrida de San Isidro 2026.
Eu égard au combat de "Cantaor" il n’y a pas à mon sens de discussion à avoir sur la vuelta al ruedo. Le toro a combattu intensément, sans discontinuité, de son entrée en piste, jusqu’à sa mort. Au premier tiers, il a d’abord mis en difficulté le matador à la cape avant que ce dernier ne réussisse à réaliser des véroniques efficaces, faute d’être artistiques. Puis au cheval, il a poussé au premier contact. Ensuite, lors de la seconde vara, il a chargé avec intensité, ce qui explique un bref fléchissement lors du choc contre le peto, qui l’a fait passer, pendant quelques instants, sous le peto. Mais il s’est alors immédiatement relevé pour pousser à nouveau.
Vient alors le sujet de la prestation de Sebastián Castella. À la cape, comme mentionné, l’entame poussive, face à la vivacité du toro, fut rectifiée a más. Notons cependant l'absence de quite. Vient la faena, toute dans le style du matador, avec, vers la fin, un relâchement inhabituel chez lui qui est à mettre à son actif. Au moment de prendre l'épée, il apparaît incontestable que la faena est de deux oreilles. Tout matador conscient de cela est à cet instant responsable de son destin. Entrer a matar ou éviter l’épreuve. Nombreux sont ceux qui flanchent pariant sur le fait que l’épée entrera et que le public fêtera la brièveté de la suerte. Il convient cependant de noter que tuer les toros est un acte codé où l'honneur du matador est en jeu.
Tuer, c'est avancer la muleta sous le museau pour faire baisser la tête et enfoncer à cet instant l’épée. Le pommeau vient au contact lorsque le torero est encore devant la tête baissée. Si un toro a démontré pendant la faena bravoure et noblesse, il revient au matador de le tuer comme il l’a toréé. En l’espèce, Castella n’a pas respecté cette règle d'honneur et il n'a pas bénéficié du malentendu de l’épée enfoncée jusqu’à la garde, nonobstant une exécution déficiente de la suerte.
Dans les faits, le matador a sauté de côté, comme trop de ses confrères, afin d’être certain de passer la tête avant le contact du pommeau avec l’échine. La déficience de la suerte m’est immédiatement apparue lors de son exécution, mais ce ne fut pas le cas pour tous. Dans le cas où un malentendu serait advenu, pour cause d’épée néanmoins enfoncée, je n’aurai, en ce qui me concerne, pas sollicité les deux oreilles promises. À mon sens, le coup d’épée est tout aussi important par la qualité de son exécution que le reste du combat et encore plus face à un toro de la qualité de "Cantaor". Ceci étant dit, la controverse n’a pas eu lieu faute d’objet. Sebastián Castella s’en est allé avec la chance d'avoir croisé le chemin de "Cantaor", le bonheur d’avoir réalisé l’une des meilleures faenas de sa carrière dans les premières arènes du monde et le regret de ne pas avoir tué ce grand toro à la hauteur de sa bravoure et de sa noblesse.
René Arneodau

