Une nouvelle fois était affiché le no-hay-billetes aux guichets de Las Ventas. On se posera la question, en fin de feria, sur le motif de ce résultat ajouté à ceux des jours précédents et de l’engouement pour la fiesta de los toros à Madrid. Le lot de Fuente Ymbro, de cuatreños, n’a pas aidé les toreros annoncés Miguel Ángel Perera, Paco Ureña et Fernando Adrián. Justement, ce dernier était attendu 48 heures après son succès et sa sortie par la Puerta Grande polémique. Il devait, au paseillo ressentir une pression qu’il apparemment surmontait face à ses deux toros. Il s’en sortait honorablement au 3ème. Quant à ses compagnons de cartel, vétérans, ils ne soulevaient aucun enthousiasme d’un public blasé ou peu attentif… c’était dimanche. Les produits de Ricardo Gallardo, de poids et de bonne présentation eurent un comportement erratique pour certains, allant a menos d’autres.
Miguel Ángel Perera, pour sa dernière présence à la San Isidro, semble être sur un certain déclin car, malgré sa technique confirmée, il ne parvenait pas à corriger les fins de passages dans la muleta du premier fuente-ymbro et éviter les accrochages du leurre. Le toro, inconstant dans ses charges, “encasté”, compliquait un trasteo qui finalement ne menait à rien. Le temps passait pour une longue préparation pour la suerte de matar, et sonnait un avis juste après une estocade arrière légèrement tombée. Un descabello. Le 4ème passait d’une charge vive dans la cape de MAP, pivotant sur les antérieurs avant de répéter, sans qu’il soit fixé. Juan Melgar piquait à la deuxième pique; la première agitée par le cabeceo du toro et choc répété sur l’étrier. Quite par chicuelinas et espaldinas alternées et revolera de remate. Bien la cuadrilla aux banderilles. Visiblement MAP pour son dernier toro “en voulait”. Le classique péndulo doublé, après une belle charge du toro et embroque serré, passes par le haut et derechazos longs, tel ´tait un bon debut de faena de muleta. Après cela, les charges se réduisaient. Sur la gauche, la série de naturelles était interropue par un fléchissement des pattes avant du toro, MAP “perdait” quelques pas pour le faire répéter. Les derechazos qui suivaient et le rythme du toro baissant, il ne se passait plus rien sinon deux pinchazos, un avis, et une estocade très en arrière.
Paco Ureña voyait sortir un toro sans l’ébauche d’une vraie course vers les capotes, il prenait la direction du toril… Par contre, il chargeait très fort dans la brega de Curro Vivas. Face au picador ce toro ne brillait pas, sortant suelto de la deuxième pique. Les banderilles étaient posées une à une, c’est dire la confiance qu’inspirait ce toro, seul “Azuquita” plantait une paire au deuxième passage. Dès le tanteo, on remarquait le problème qu’allait poser par la terminaison des passes, tête en l’air le toro, mais il passait bien lorsqu la muleta était baissée. Des démarrages vifs, secs, que Paco Ureña devait soutenir et il réussissait une bonne série de derechazos. Sur la gauche, à courte distance, le toro s’arrêtait et lançait un derrote en fins de passes. Les derechazos de la dernière série, un à un, dépendaient beaucoup de la arrancada brusque de ce toro erratique. Pinchazo horizontal conséquence du hachazo à l’embroque. En la suerte contraria, l’épée entière ressemblait en un estoconazo pour son effet rapide. Le 5ème, un toro hondo, moins armé que ses congénères, passait bien dans les véroniques de réception, gagnant du terrain Paco Ureña. Il s’employait sous la première pique, beaucoup moins la seconde. Les statuaires, les passes par le bas, pase del desdén et passe de poitrine formaient un début de faena prometteur. En réalité, ce toro permettait plusieurs séries de bonne facture mais le final de certains muletazos de chacune d’elles se voyait terni par des accrochages de muleta. Le toro “humiliait” mais à mesure du déroulement de la faena, les charges à mi-hauteur puis leur réduction amenaient Paco Ureña à prendre l’épée de muerte pour une estocade très basse, Un avis.
Sans préparation, Fernando Adrián se lançait dans une série de véroniques et la revolera, montrant ainsi sa volonté de calmer ou convaincre ses adversaires de l’avant veille. Après les piques où le picador de service ne brillait pas: ratage à la première et rectification, puya placée basse à la seconde. Entre les deux un quite par delantales suaves. Le deuxième tiers était animé par Ángel Otero (il rempaçait Curro Javier blessé) qui clouait deux belles paires de banderilles de poder a poder. Ferme dans le geste, Fernando Adrián entamait sa faena par des doblones, jambe semi-fléchie. Les premiers derechazos, radiaux, montraient une meilleure position (*) ainsi qu’une belle charge du toro. Les naturelles, longues, parallèles à la circonférence du ruedo, pieds joints ou de trois-quarts compas semi-ouvert, composaient une série brillante. De la droite, muleta plane, une autre série de derechazos, plus réunis et cite racourci, semblait neplus fâcher ses irréductibles protestataires. Sonnait un avis. Des ayudados des deux côtés, jambe fléchie, préparaient un pinchazo, bon toque par le bas, et un trois-quarts de lame, cette fois couvrant la tête du toro…Insuffisante pétition d’oreille. Toro applaudi à l’arrastre. Le 6ème était renvoyé aux corrales pour un problème de coordination dans sa course et remplacé par un mastodonte de 621 kg. dont le principal inconvénient était ses charges par le bas en fins de passes de muleta, tobillero. Il finissait par s’arrêter, probón. Une estocade desprendida, trois-quarts de lame, portée en prenant la tangente. (*)Fernando Adrián ne toréait pas aussi détaché qu’il l’avait montré dans son style habituel tant décrié en particulier deux jours avant… Néanmoins ses passes de poitrine expulsant le toro pa’ fuera ne sont pas les meilleures.

| Miguel Ángel Perera: un avis et silence aux deux. Paco Ureña: un avis et saluts; un avis et silence. Fernando Adrián: un avis et saluts; un avis et silence. Ángel Otero saluait au deuxième tercio du 3ème: Daniel Duarte et Diego Valladar, de la cuadrilla de Miguel Ángel Perera saluaient après la pose des banderilles au 4ème. Un nouveau no-hay-billetes. 22.964 spectateurs. |
Georges Marcillac
Photos: Plaza 1