Madrid 15 mai 2026 – 7ème de Feria - Quatrième Puerta Grande de Fernando Adrián à Las Ventas. Des moments de toreo supérieur de Fortes et Diego Urdiales. Intéressante et variée corrida de El Torero.

Madrid célébrait la fète de son Patron San Isidro Labrador, patron des agriculteurs espagnols et à Las Ventas on assistait à la corrida traditionnelle en ce jour férié. À l’initiative de D. Livinio Stutck, empresario des arènes madrilènes, la Feria de San Isidro trouve son origine en 1947 en la Feria de Madrid - son titre d’alors - qui concentrait quatre corridas de suite à partir du 15 mai. Aujourd’hui, Las Ventas enregistrait son quatriéme no-hay-billetes et affichait la terna formée de Diego Urdiales, Saúl Jiménez “Fortes” et Fernando Adrián pour des Toros de El Torero (100% JP Domecq) La corrida durait tout juste deux heures mais elle fut mouvementée et variée: des toros de belles hechuras, tous cinqueños, homogènes de poids – moyenne de 550 kg - de comportements irréguliers mais aussi de qualités suffisantes pour mettre en valeur celle des matadors.

Diego Urdiales recevait un toro astifino et de peu d’entrain, allant même a menos dans les premiers capotazos qui ne s’employait guère sous la pique. Sans histoire le deuxième tiers. Dans la muleta, ce toro confirmait son peu de codicia. Le vent soulevait la muleta et Diego ne trouvait pas la connexion nécessaire, sans aucune aide du toro, pour même construire un semblant de faena. L’estocade s’avérait radicale. Le 4ème, un toro bien armé, montado, chargeait par intermittence tant à la cape comme à la muleta avec des interruptions de course qui obligeaient Diego Urdiales à se replacer entre passes et passes. Il allait vers le Tendido 5, à l’abri du vent, pour distiller des derechazos dans une belle série, pleine de torería en fin de faena, des naturelles, une à une, cherchant la corne contraire pour forcer une charge discontinue, raccourcie même. Malgré cela un trincherazo ou une trincherilla étaient la signature d’un talent que les aficionados savaient apprécier surtout après une nouvelle bonne estocade – estoconazo - un peu trasera, qui roulait le peu coopératif de El Torero. Faible pétition d’oreille. Diego se distinguait dans des quites, principalement à la véronique avec beaucoup de temple aux 3ème et 6éme et supérieures demi-véroniques.

                         

“Fortes” produisait une actuación pleine d’émotion et d’art taurin. Son premier de El Torero de bon trapío, veleto, était accueilli par des véroniques, lançant les pattes avant dans la cape sur le côté gauche, passant mieux sur le côté droit. Il mettait les reins sous la premiére pique et à la sortie, “Fortes” était chargé au corps, déquilibré et piétiné au sol. Il se relevait  avec le visage tuméfié, pommette droite enflée… Il pouvait reprendre le combat, sans doute tout le corps mâché. À la muleta, le tanteo de passes de la droite débouchait sur une série de derechazos lorsque le toro, à mi-hauteur dans terminer la passe, le soulevait de nouveau et lui assénait une nouvelle paliza au sol. Debout, “Fortes” continuait de la droite pour un nouvel achuchón. De la gauche, ce n’était guère posible. Une estocade desprendida d’effet quasi immédiat. Après un passage à l’infirmerie, le vaillant Malagueño revenait pour affronter un toro de charge indéfinie qui toutefois poussait sous la première pique et acceptait une deuxième bien placée et mesurée. Peu de charges au tercio des banderilles. Au tanteo de muleta, un trincherazo et plusieurs passes cadencées, des ayudados par le haut et le bas ravissaient le public séduit par ce début très torero. La faena, presque exclusivement de la gauche, permettait à “Fortes” de déployer toute une série de naturelles, variant la gamme selon la discontinuité des charges du toro gérées sans forcer, perdant des pas à bon escient. Il reprenait les pieds joints et terminait les naturelles derrière la hanche, remate en kikiriki: du grand toreo en dépit d’un toro inconstant. Le terrain était changé pour cadrer le toro et lui inférer une estocade desprendidapresque basse… Pétition d’oreille majoritaire qui primait la vergüenza torera de “Fortes”, sa classe, son naturel impassible, un des meilleurs toreros actuels et une personalité unique.

   

Fernando Adrián, si on le compare aujourd’hui avec ses compagnons de cartel, on dira qu’il a eu la chance de tirer deux toros mobiles qui permettaient un travail de cape et de muleta dont il ne s’est pas privé avec plus ou moins de bonheur. D’ailleurs ces trasteos recevaient l’accord enthousiaste du public en général en opposition à celui, mitigé, d’une certaine catégorie d’aficionados. Le toro sorti 3ème, un berrendo en negro, capirote, alunarado, impressionant par son trapío mais aussi par un tranco vif, tête basse et flexibilité en rotation dans la cape du Madrilène. Son combat sous la pique, al relance, court à la première, sans s’employer à seconde, lui permettait de conserver son allure et même son impétuosité au deuxième tiers des banderilles ainsi qu’à la muleta. Fernando Adrián toréait facile avec une muleta qui ne calmait pas cette ardeur de charge, qui cachait une absence de rythme, sans que fût atteinte une meilleure qualité des passes. Malgré tout la transmission y était, un cambio por la espalda, la passe de poitrine doublée en changeant de main, un desplante, tous les ingrédients d’un toreo finalement superficiel et succès annoncé… des bernadinas et une estocade desprendida, trasera portée à distance, muleta couvrant la face du toro blessé à mort. Un descabello. La pétition d’oreille était majoritaire. Le 6ème, armé de “perchas” cueillait par devant au niveau de l’abdomen Fernando Adrián qui exécutait un delantal sans aucun capotazo d’essai préliminaire. Soulevé très haut, il sortait miraculeusement indemne de la cogida! Le toro prenait le cheval par le poitrail et provoquait une chute monumentale à la première rencontre. En sortant, le toro répondait à la brega suave que lui appliquait Fernando Adrián ce qui était un bon signe pour la suite. La deuxième pique, chargée au pas, trasera, de courte durée, ne freinait pas la bonne charge de cet exemplaire. Aux banderilles, ce toro coupait la trajectoire de Curro Javier pour la deuxième paire et l’excellent subalterne était pris au moment de l’embroque et repris au sol en deux cogidas dramatiques, les sabots heurtant la tête du torero qui était emporté à l’infirmerie… La faena de muleta se déroulait face au T5, cite lointain, bonnes charges “humiliées” du toro qui répétait aussi bien à droite qu’à gauche. Le corps en avant, courbé, FA dirigeait derechazos et naturelles, un cambio dans le dos, des passes de poitrine évidemment, pieds joints, le tout en vitesse ce qui alimentait les protestations des puristes et l’enthousiasme des aficionados qui en avaient pour leur argent… L’estocade entière, trasera, atravedada (difficile à discerner) avait l’efficacité pour déclencher une pétition d’oreille majoritaire, bien entendu, accordée. Un avis. La Puerta Grande était assurée.

   

Diego Urdiales: silence ; saluts. Saúl Jiménez “Fortes”: saluts; une oreille. Fernando Adrián: une oreille; un avis et une oreille. Communiqués de l’infirmerie: “Fortes” souffre d’une blessure infraciliaire et hématome; cornada de 5 cm partie inférieure de la jambe droite et contusion du tibia, anesthésie locale. Curro Javier ne souffre que de puntazos dans la región lombaire. Nouveau no-hay-billetes: 22.964 spectateurs.

Georges Marcillac

Photos: Plaza 1

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