Les novillos de Montealto ont composé un lot complet, tant en présentation qu'en comportement, dont chaque exemplaire a proposé des charges permettant faena à différents degrés. Le seul novillero à en profiter fut Álvaro Serrano avec l’adoubement de las Ventas. Il le fit avec détermination, engagement et mando. Ceci dit, il convient aussi de mentionner des nuances applicables à ses prestations. Premièrement une tendance à terminer les séries par une passe par le haut pour préparer le remate. Ensuite l’entrée a matar à son second, exécutée avec précipitation. Enfin la longueur inexplicable au descabello au même novillo, piquant le museau pour l'obliger à baisser l’échine en lui blessant exagérément le museau. Ceci étant mentionné, confirmons que la différence de prestation avec les compagnons de cartel, fut immense et que le public a souhaité, sans réserve, le triomphe du novillero.
Tomás Bastos lance le premier tiers du premier novillo en gérant comme il le peut les charges distraites et irrégulières du bicho. Le Montealto pousse longuement sous la première vara, puis avec moins d'entrain à la seconde. Ivan Garcia salut sous l’ovation pour sa prestation au second tiers. Bastos transforme rapidement une première série de toreo por bajo en toreo por alto pour gérer le fléchissement de l’opposant. Au centre il réalise une tanda droitière marquée par un derrote au pecho. Les droitières suivantes ne dominent pas cette charge parfois courte et avec calamocheo. À gauche deux naturelles avec mando ressortent de la première série. La suivante est peu dominatrice avec la nuance que le novillo derrote. Les derechazos suivants sont donnés sur le voyage. La suite gênée par le vent est agrémentée d'un cambio dans le dos, afin surprendre le public le plus crédule. Le final brouillon, par ayudados, naturelle et désarmé, est de trop. Entière méritoire car la muleta gondolait au vent. Avis. Palmas au toro et Silence.
Le second de Bastos est un animal imposant. Le novillero dessine quelques véroniques profondes avec quelques accrochages de cape. Le bicho s’emploie sans zèle par deux fois au cheval. Le novillo révèle une embestida profonde au second tiers. Brindis au public. Au centre, à genoux, Bastos exécute un cambio dans le dos puis se déplace pour deux autres passes identiques, inappropriées
pour un tel animal qui mérite mieux. Debout à droite le novillero ne contrôle pas le final des passes. Idem à gauche. Il poursuit sans dominio sur les deux cornes. Pegando pases. Plusieurs pinchazos, certains hondos, sont portés sans passer la tête. Avis. Entière en place. Quelques palmas au toro. Silence.
Le premier de Martín Morilla est corniabierto. Le novillero est mis sur la défensive à la cape par les charges vives du Montealto. Le novillo pousse fort et renverse la cavalerie à la première rencontre en puyas. Pour la seconde, le novillo part de loin et est lamentablement piqué, s’employant a menos. Le quite de Serrano par chicuelinas et demi véronique est applaudi par le public même s'il faut aussi noter le pas de côté du torero au moment de l’embroque. Brindis au public. Les premiers muletazos por alto laissent présager de l'engagement du torero. L'effort est fait à droite mais le résultat artistique est absent en deux tandas. À gauche le placement et les toques sont meilleurs mais il manque du lié. Au retour à droite deux passages sont mélangés entre des derechazos dominateurs et d'autres cités fuera de cacho. Morilla prolonge alors que la charge est maintenant éteinte. Quelques ayudados précèdent un pinchazo et une lame trasera, basse et verticale. Palmas au toro. Silence.
Le quinto est reçu par Morilla par quelques véroniques dans un ensemble superficiel. Le bicho se comporte en manso sous le fer et rompt la vara d’un coup de tête. Dans la rencontre suivante il pousse sans classe, mais néanmoins avec ferveur. De la troisième rencontre le bicho sort seul confirmant sa qualité de manso. Quite fort réussi d’Álvaro Serrano par medio faroles, celeserinas et media verónica. Muleta en main Morilla débute par doblones esthétiques. Les derechazos accompagnent la charge sans imposer les trajectoires. À gauche le novillero expulse la charge d’abord, puis la regarde passer. Le novillo est tardo à ce stade à droite. À gauche il avance sans que le torero ne profite de la noblesse de son embestida. Beaucoup de passes sont dessinées pour un résultat inexistant. Morilla entre a matar sans conviction pour deux pinchazos a emplacement défectueux et une entière atravesada. Palmas au novillo et silence.
Álvaro Serrano affronte un novillo au trapío de toro et dessine des véroniques engagées, templées, terminées par une superbe demie de face pieds joints. Le combat du novillo sous le fer est irrégulier. Le quite de Serrano par véroniques et media sont tout aussi réussis que l’entame de cape. Le novillo attaque sans classe la monture qu’il renverse dû à la carence du picador. Les gaoneras de Bastos au centre, immobiles, sont à mettre à son actif. Serrano répond par delantales pieds joints et une larga, torée et profonde, après changement de main. Brindis TV au grand-père du torero. L’entame de faena est intense sur jambe fléchie, puis debout. La première série droitière est donnée par le bas, avec dominio. La suivante est accidentée. C’est la troisième qui met en évidence la simplicité et la profondeur du toreo de Serrano, avec des trajectoires dominées. À gauche deux séries entrecoupées donnent des passages d’un grand engagement. Estoconazo a ley. Oreille avec forte pétition de la seconde.
Lorsque sort le sixième novillo, un exemplaire haut sur pattes, l’intérêt des tendidos est notable pour voir si Serrano confirme sa bonne prestation. Les premiers capotazos confirment la vista du jeune torero qui en plus de quelques lances de qualité, solutionne un désarmé en réalisant une larga invertida, terminée en farol, pour absorber la charge du bicho et récupérer la cape des deux mains. Bien piqué deux fois par Héctor Vicente, le novillo s’emploie sans briller. Quite sans relief de Bastos par chicuelinas et media. Jésus Aguado et Ignacio Martín réalisent un second tier de haute technicité sans être invités à saluer. Brindis au public sous l’ovation. Le torero démarre par ayudados dont certains genou en terre et surtout un trincherazo et un pase del desprecio font rugir. Dès la première série à droite, il torée avec profondeur. Il répète avec encore plus de d’intensité . La troisième serie est moins notable car il use du manège sans laisser sortir le novillo de la muleta. Les tandas à gauche sont profondes, en imposant des trajectoires au toro. On note que les séries ont tendance à être courtes, le dernier muletazo étant terminé par le haut pour préparer le remate. Épée en main Serrano exécute des muletazos vers tablas dont ressortent trincherilla et desprecio. Entière trasera et tendida exécutée au pas de course. Avis. La suite dure excessivement en longueur, le torero tardant à descabellar et blessant excessivement le museau. Lorsque le toro se rend finalement, les tendidos demandent d'une seule voix l'oreille permettant à Serrano de sortir par la grande porte.
René Arneodau



