La corrida de La Beneficiencia est par tradition la corrida dont la recette était versée aux hôpitaux provinciaux et plus récemment celle des triomphateurs de la Feria de San Isidro. Mais depuis que Plaza 1 présente les cartels dès le début de février, c’est-à-dire trois mois avant le début de la Feria, la corrida “Extraordinaire de Bienfaisance” a perdu son caractère bénéfique et ne “récompense” que des vainqueurs virtuels de la San Isidro. Cette année, la terna composée d’Alejandro Talavante, Andrés Roca Rey et Víctor Hernández qui affrontait des toros de Victoriano del Río, était à la hauteur de l’évènement. Malheureusement, la climatologie n’avait que faire de l’attractivité de cette manifestation taurine et juste après la fin de faena de Víctor Hernández, les nuages sombres qui recouvraient Las Ventas déversaient leur excédent de pluie. Le déluge et les bourrasques de vent vidaient en débandade les tendidos ne laissant pour public que les aficionados prévenants ou pessimistes?, certains stoïques, et les habitués des gradas et andanadas. On pensait que le président, lui à l’abri, allait suspendre après le troisième toro. Il n’en fut rien. Les trois acteurs décidaient de combattre chacun le toro qui leur incombait de “lidier” et mettre à mort, malgré les conditions, vent et pluie, et le ruedo transformé en bourbier. The show must go on
Les six toros de Victoriano del Río, tous cinqueños, avaient les hechuras des toros d’âge avec toutefois quelques différences de poids de 558 kg. pour le plus léger à 611 kg. pour le plus lourd. Des cornes et finalement un comportement varié avec la plus mauvaise note au premier et la meilleure au troisième.
Alejandro Talavante, torero vétéran, en vue lors de la dernière San Isidro, recevait son premier. cuajado, court sur pattes, qui ne faisait que passer dans sa cape. Peu à peu, ce toro montrait quelques faiblesses notamment lorsqu’on lui imposait des passes en courbe, le train arrière ne suivait pas… Le public ne s’y trompait pas et protestait le comportement de ce toro promis au retour aux corrales. Le president en décidait autrement. La suerte de varas confirmait la déficience de l’animal qui avait des difficultés à se déplacer au deuxuème tiers des banderilles. La charge descompuesta du toro dès les premiers muletazos convainquait Alejandro Talavante à prendre l’épée et porter une estocade habile.
Andrès Roca Rey n’était pas plus heureux avec le deuxième victoriano-del-río qu’il devait fixer par delantales au centre du ruedo. Le tercio de varas était bref, une pique arrière et la deuxième en simulacre, sans s’employer le toro, sur le point de fléchir à la sortie de la rencontre. Heureusement Víctor Hernández exécutait un quite, capote dans le dos, par saltilleras, une revolera et la brionesa en conclusión. ARR répliquait aussitôt, cape dans le dos, pour cette fois-ci, les classiques gaoneras, pieds joints, la revolera ainsi que la brionesa. Cette saine compétition rehaussait le ton de la corrida cependant que le vent se levait et qu’apparaissaient des nuages menaçants. ARR se plaçait à genoux au centre de la piste pour le cambio por la espalda mais le toro acculé aux barrières ne réagissait pas au cite… ARR se rapprochait jusqu’à la deuxième ligne des piques pour le péndulo prévu sans la course habituelle du toro qui, même, s’arrêtait pour le doublet. D’un aguante impressionnant ARR le passait enfin et, debout, se débarassait du toro par un farol. Public debout! Le reste de la faena se déroulait avec un mínimum de charge du toro pour des derechazos liés à une passe circulaire inversée et un changement de main, le tout les pieds cloués au sable. La muleta baissée, la charge descompuesta de toro, mettaient seulement en valeur la résolution du torero à construire une faena que certains n’approuvaient pas en raison de son placement, il se croisait néanmoins… A peine perdue, le toro capitulait et se dirigeait ostensiblement vers les tablas. Le toro, collé aux planches, recevait une estocade arrière, tombée. Un avis.

Víctor Hernández dessinait des véroniques de réception, le toro, peu codicioso, passait mieux à droite, il s’”ouvrait” en fin de passes. Le picador piquait bien à la première, il ratait la deuxième pique, puya replacée aussitôt. La faena débutait théoriquement à l’abri du vent par des statuaires hiératiques suivies de naturelles et passe de poitrine, Le ton était donné en dépit du vent qui soulevait la muleta. Les passes de la droite profitaient de la charge longue du toro qui s’”ouvrait” et permettait ainsi la répétition et l’enchaînement des passes. Le retour aux naturelles, cite de face, allait a más, le toro “humiliait”, le torero ferme sur ces appuis. Quelques secondes de pause, nouveau placement et une belle série de naturelles accompagnées des ¡olés! Le toro perdait de sa vigueur et il fallait en finir. Des manoletinas concluaient une belle faena promise à une oreille, perdue à l’épée: une demi-lame tendida, caídilla. Un avis. Atermoiements exagérés pour le descabello.

A partir de cet instant, de grosses gouttes de pluie semaient le désordre sur les gradins, fuite des spectateurs et arrêts de mes notes…. La retransmission en circuit fermé de ce qui restait de la corrida, sous le déluge et dans la boue, ne permettait de montrer que la entrega des trois matadors sans que l’on puisse vraiment juger le comportement des toros… Triste fin de corrida.
| Alejandro Talavante: silence; un avis et saluts. Andrés Roca Rey: un avis et palmas; un avis et saluts. Víctor Hernández: deux avis et silence; saluts. Une nouvelle fois le no-hay-billetes était affiché. 22.964 entrées payantes. Temps orageux et vent. Orage à partir de la fin de faena du 3ème toro. |
Georges Marcillac