La Feria de la Madeleine présentait, en cette deuxième journée, une corrida de José Escolar Gil d’encaste Albaserrada qui en est à sa quatrième sortie après Madrid, Pampelune et Céret cette saison. Les toros cárdenos de cet élevage allaient être opposés aux matadors Antonio Ferrera et Pepe Moral accompagnés de notre compatriote béarnais, Dorian Canton. C’est ce dernier qui tirait le meilleur parti d’une corrida dont on retrouvait tous les ingrédients propres à l’encaste: d’abord une présentation respectable ensuite des comportements variés alliant l’âpreté ou qualités des charges qu'il fallait découvrir et gérer, bravoure et noblesse mais aussi des pointes de mansedumbre. Il faudra se souvenir que ces toros sont allés en moyenne de trois à quatre fois aux chevaux ce qui est loin d’être fréquent de nos jours. Face à la cavalerie d’Alain Bonijol, il y eut de tout, de belles charges soutenues par les picadors qui surent mettre en valeur le toro sous la pique, des cites et belle montes, de la précision ou au contraire des ratés, un plaisir pour les aficionados qui recherchent cette séquence fondamentale qu’est la suerte de varas. Des toros de quatre ans avancés et le 5ème les cinq passés, des hechuras variées et trapío certain pour les trois derniers. Les poids ne sont pas affichés et ce n’est pas normal pour une plaza de première catégorie (même française…)
C’est au toro sorti 3ème que Dorian Canton montrait toutes les qualités non exploitées d’un torero qui torée peu… Un toro aux cornes large ouvertes, d’apparance le plus léger de la corrida, qui sautait dans les premiers capotazos qui n’impressionnaient pas Doria qui dessinait de bonnes véroniques sur la corne gauche principalement. Dans sa première charge, ce toro sautait à la jugulaire du cheval, le blessait et devait être retiré. Les deux charges suivantes au cheval, une en arrière, l’autre bien placée faisaient suite à des courses mesurées la tête haute dans le peto ensuite plus basse pour des poussées mesurées aussi. Il sortait “humilié” et recevait un quite d’Antonio Ferrera avec sa cape “molle” de couleur verte. Le deuxième tiers n’étai pas facile mais la faena de muleta débutait par des charges violentes où l’on devinait la qualité de la corne gauche… Les premiers derechazos, de tracé irrégulier, un accrochage de muleta, et Dorian devait corriger sa position en “perdant” quelques pas. C’est finalement sur le côté gauche que la faena prenait de l’importance. Le “temple” de la muleta, la course du toro, l’ampleur des premières passes montraient la qualité de ”Cortesano-34” sur sa corne gauche et l’assurance du torero. La faena présentait quelques imperfections mais les naturelles et l’allure du toro compensaient largement cela. L’estocade tombait un peu basse après un semblant al encuentro et le toro s’écroulait rapidement. Pétition d’oreille accordée. Le 6ème fut le seul qui sortait suelto parcourant la piste, découvrant peu à peu sa mansedumbre.Il mettait bien la tête dans la cape, le museau dans le sable mais sans pouvoir être fixé. Face au cheval, il était invité à charger en quatre occasions! Il sautait sur le cheval à la première et sortait suelto. Coups de tête dans le peto que le picador soutenait bien. Le tercio de banderilles n’etait pas des plus fáciles pour Ivan García et Manolo de los Reyes…. La faena de Dorian Canton se déroulait en tenant compte des difficultés de ce toro qui se retournait vivement par le bas, tobillero. Faena “sur les jambes” et une tentative en naturelles, charges plus longues de ce côté gauche et une naturelle sensationnelle ¡olé! Le toro terminait “avisé” et obligeait Dorian à “rompre” sans perdre le contrôle, il faut le préciser. Le gazapeo final n’arrangeait pas la mise en suerte pour la mort. Une estocade desprendida et le toro ne tardait pas à se coucher. Dorian était invité à donner une vuelta al ruedo comme récompense largement méritée.

Antonio Ferrera touchait un premier escolar-gil qui répondait aux premiers capotazos mais se retournait vivement dans un dernier, plus court, pour le fixer. Le toro était placeé à bonne distance pour la première pique, à la seconde également pour des charges fortes et rencontres au cheval courtes et pique relevée. La 3ème bien portée et bien placée. Applaudissements au picador Gabin Rehabi. Le toro coupait le terrain lors de la pose des banderilles. La faena se résumait à un trasteo de défense car le toro se retournait court dans les muletazos de tanteo et les suivants… Une estocade verticale, delantera et un peu tombée. Le toro mourrait la bouche fermée! Le public n’avait pas apprécié la brièveté de la faena et n’avait pas non plus vu la dangerosité de l’animal.
Au 4ème, Antonio Ferrera allait payer cette attitude et malgré ses efforts pour tester le toro par des passes en redondo, à distance il est vrai, le public s’impatientait et sifflait… Se sentant non compris, Ferrera décidait d’en finir par une estocade habile précédée d’un pinchazo. Ce toro n’avait pas facilité la tâche des banderilleros au deuxième tiers… Aux piques, il avait plutôt eu un comportement erratique et le picador pas très précis… Bronca.
Pepe Moral ne laissera pas un souvenir impérissable de son passage au Plumaçon. Le 2ème était accueilli par des applaudissements pour sa présentation, trapío et armures. Après avoir bien commencé à la cape par des véroniques, il n’était pas fixé. Il s’élançait seul au cheval. Pepe Moral insistait pour laisser le toro à distance pour les piques prises sans trop pousser. On en comptait ainsi quatre. Le escolar-gil sortait par des charges courtes et compliquait le tercio de banderilles. La corne gauche paraissait être la meilleure mais Pepe Moral entamait la faena de la droite! Tour à tour des séries des deux côtés, le corps décollé des trajectoires, le coeur n’y était pas. Le toro avait montré une charge “templée” pas très bien exploitée. Estocade très en arrière et cinq descabellos. Le 5ème, un toro long , sérieux, qui mettait bien la tête dans la cape, mais se freinait. Il prenait aussi quatre piques, pas très bien portées par le picador de service. Malgré cela ce toro sortait le museau dans le sable. Â la muleta, ce toro présentait aussi une bonne charge, claire, de bon rythme, mais là encore Pepe Moral n’en profitait pas et donnait des passes éloignées des trajectoires, buste penché, abusant à la fin des séries d’un pase del desprecio déplacé en raison du peu de cas apporté à la qualité du toro… qui, néanmoins, n’était pas non plus “du pain bénit”.Un pinchazo porté sans la moindre application et une demi-estocade tendida en terminait avec un toro intéressant, cinqueño de surcroît.
| Antonio Ferrera: sifflets aux deux… Pepe Moral: applaudissements; un avis et silence. Dorian Canton: un oreille; saluts et vuelta al ruedo. Des cuadrillas on remarquait celle de Dorian Canton avec Iván García omniprésent et Mathieu Guillon “Monteño” avec Manolo de los Reyes efficace 3ème. La corrida avait été retardée d’un demi-heure, paseo à 19 h. à cause de la chaleur persistante dans Les Landes. Les toros 1er, 2ème, 3ème, applaudis al arrastre. Saluts du mayoral au terme de la corrida |
Georges Marcillac
Photos: André Viard pour mundotoro