Pour cette troisième corrida de Aste Nagusia, la seule satisfaction et non des moindres fut que, pour la première fois depuis 2011, le no-hay-billetes était affiché aux guichets de Vista Alegre. Le cartel le méritait puisque étaient annoncés les figuras Diego Urdiales, Alejandro Talavante et Andrés Roca Rey qui, a lui seul, remplit les arènes. Les toros de Victoriano del Río, le réputé élevage de la sierra de Madrid complétaient ce programme de choix. Aujourd’hui, s’introduisait un facteur généralement contraire à la bonne réalisation du toreo: le vent qui allait perturber en rafales ou bourrasques le trasteo des trois toreros; l’autre facteur fut la médiocrité des toros, pour leurs faiblesses et l’absence de caste pour ceux qui avançaient ou qui ne tombaient pas. Par contre, c’est le Péruvien Andrés Roca Rey qui, lui. ne manque pas de caste et sut enthousiasmer le public tout acquis à sa personnalité et son prestige.

Diego Urdiales se trouve actuellement de plus en plus chef de lidia, ses plus de 25 ans de matador de toros y étant pour quelque chose. Par ailleurs, Vista Alegre est sans aucun doute la plaza de ses grands succès et surtout celle qui lui permit de relancer sa carrière après des périodes creuses et absence de contrats. Ses prestations furent à la hauteur des marques de sympathie que lui manifestait le public au terme du paseillo et l’obligeait à saluer l’ovation. Son premier victoriano-del-río, massif et 584 kg. de poids ne passait pas très bien et sautait dans les capotazos de réception, dans les tourbillons du vent justement devant le burladero des cuadrillas! La première pique – de Pedro Itturalde – était bien placée mais rapidemment relevée et la deuxième insignifiante avec le “vale” au picador. Après cela, le quite d’Alejandro Talavante par delantales indiquait le peu de codicia du toro qui, de plus, semblait trainer le train arrière. Le vent soulevait la muleta et la faena se voyait conditionnée par cet élément et le comportement du toro. D’où l’irrégularité des séries, sans liaison des passes, distillées une à une, les unes de bonne facture, des naturelles, d’autres moins le toro n’”humiliant” pas. La dernière partie de faena se déroulait dans le terrain du début, par naturelles, affecté par les rafales de vent. Une estocade habile provoquait un derrame et le toro s’écroulait presqu’aussitòt. La pétition d’oreille n’ètait pas suivie.
Le 4ème sortait du tercio de piques en fléchissant des pattes avant après avoir poussé sous la pique non-appuyée du picador. Sa carge descompuesta au deuxième tiers n’augurait rien de bon pour la faena de muleta. Celle-ci avait lieu face au toril, plus protégé du vent mais querencia théorique du toro. Au premier muletazo, il s’étalait sur le côté - costalada - mais Diego, patient, maintenait ce toro debout dans un traitement tout en douceur et fermeté en même temps, puisque cela lui permettait de dessiner de magnifiques naturelles, parfaites malgré leur tracé réduit et lenteur de charge. Le meilleur fut principalement dans les naturelles d’une série que l’on croyait superflue juste avant la mise à mort. Un avis (curieuse sonnerie, timide même, quasimment inaudible…) Grande estocade, desprendida? La pétition d’oreille était insuffisante.
Le premier de Alejandro Talavante, toro haut sur pattes, plutôt terciado malgré ses 591 kg. veleto, fuyait le capote vers le terrain de nadie et revenait dans la cape d’une course fatiguée, sans “humilier”, sans se livrer, somme toute celle d’un manso qui allait al relance au cheval le long des barrières. Il sortait de la rencontré en fléchissant des pattes avant. Manso durant le deuxiène tiers et tendance à rester près des planches.
 la muleta, Talavante lui servait des passes suaves et des naturelles “évanouies” étaient le résultat d’un prodige de confiance et de technique. Le toro, noble sur la droite, n’exprimait rien. Il n’avait plus de charge et la faena n’avait plus d’intérêt malgré l’insistance de continuer sur la gauche… L’estocade était en deux temps, un peu tombée. Silence. Le 5ème, accueilli par un farol invertido, sur un passage distant, revenait pour des véroniques en jetant les pattes avant et tendance à sortir de la suerte. Charges descompuestas y compris et surtout après les piques, poussées, palo relevé. Ce toro paraissait avoir récupéré lors du deuxième tiers mais, face à la muleta, il passait la tête en l’air, donc accrochages du drap, de surcroît des fléchissements répétés, décourageaient AT qui plaçait une lame très tombée.
Quasiment dans la tempête, Andrés Roca Rey ne parvenait pas à arrêter le 3ème, toro abanto. Fixé tout de même au centre du ruedo par des delantales et une larga par le bas, le toro chutait! Mis quasiment sous le cheval, il recevait un picotazo avec carioca à la seconde et chutait de nouveau… Le quite par salterillas et desplante, déclenchait la première ovation. À la muleta, des estatuaires pour des charges et distances réduites. À partir de là, ARR devait lutter, à cause de vent, pour conserver la muleta en position très basse et garder le toro dans des passes, liées sur la droite en redondo, puis les continuer autour de la ceinture à base de toques. L’émotion et le trasteo allaient a más dans des circulaires inversées, les cornes frôlant la taleguilla en fin de passes alors que le toro ne se déplaçait plus… Délire, public debout. Desplante jetant épée et muleta dans un geste théatral et exagéré. L’estocade portée avec décisión – remarquer la forme de pommeau de l’épée de ARR – et efficacité. Une seule oreille était accordée malgré l’insistance du public enthousiaste pour la seconde. Au 6ème, on n’attendait plus que ARR compte tenu de la teneur et atmosphère de la corrida jusqu'alors. Dès sa sortie, le toro montrait son caractère de manso, coups de tête en l’air dans les capes. Aux piques, il allait au cheval près du toril et sortait suelto du second contact. Son déplacement et charge sur la corne droite permettaient toutefois à Agustín de Espartinas de briller aux banderilles. ARR dirigeait son brindis au public, entregado, acquis à sa cause. Il n’allait pas décevoir: à genoux au niveau des lignes face au tendido 4 il réalisait des passses par le haut pour agrémenter le tout par deux passes cambio por la espalda et la passe de poitrine sans corriger sa position. Plus au centre de la piste, dès la premìere série le toro montrait sa tendance à rajarse. ARR réussissait une série de derechazos, muleta par le bas maintenue à distance du museau du toro pour lier les passes et l’empêcher de s’échapper. Dans des naturelles, le toro se défilait vers les barrières. Dans ce terrain, ARR se résolvait à donner du spectacle, alternant des passes droitières et dans le dos, toujours dans les rafales de vent…. Il ne pouvait que se résoudre à prendre l’épée pour la mise à mort, toujours dans le terrain des tablas. Le toro cadré, il se débarassait de la muleta et, sans défense, se jetait sur le toro, la main gauche sur le frontal et l’épée enfoncée aux trois.quarts! Surprise pour ce geste insensé et unique jusqu’à ce jour d’ Andrès Roca Rey qui en terminait d’un seul descabello! Les deux oreilles étaient demandées, une seule accordée. Triomphe assuré!!


| Diego Urdiales: saluts; un avis et saluts. Alejandro Talavante: silence aux deux. Andrés Roca Rey: oreille; oreille. Agustín de Espartinas de la cuadrilla de ARR saluait après deux poses de banderilles au 6ème. Lleno de no-hay-billetes. Vent et soleil, quelques gouttes de pluie durant la première faena de Diego Urdiales. |
Georges Marcillac