Il n’est pas habituel que ToreoyArte publie les reseñas ou chroniques de corridas auxquelles le rédacteur n’aurait pas assisté en direct sur les gradins des arènes. Exception est faite à l’occasion des dernières courses de la feria de La Virgen del Mar de Màlaga. Plusieurs motifs d’intérêt invitaient à assister, même à distance, aux trois dernieres corridas de cette feria dont la programation était pour la première année à charge de Tauroemoción, avec à sa tête Alberto García, nouvel adjudicataire pour cinq ans de la gestión taurine de La Malagueta qui allait fêter le 150ème anniversaire de son inauguration. Le programme était alléchant: Morante de la Puebla et Saúl Jiménez Fortes, torero malagueño étaient annoncés deux fois et les toros de Victorino Martín revenaient à La Malagueta après douze ans d’absence. Tout ceci avec l’avantage de la retransmission télévisée en clair des trois dernières corridas par Canal Sur, la télévision de la communauté aurtonome d’Andalousie. Le retentissement de ces affiches entraînaient celle du no-hay-billetes pour celle du 20 août et la dernière du 22, celle du 21 n’était pas loin du lleno… Hormis les toros de feu le “paleto de Galapagar”, les autres provenaient d’élevages soigneusement choisis, on suppose, par l’entourage de Morante de la Puebla…
Le jeudi 20 août était diffusée la corrida de toros de Núñez del Cuvillo avec Morante de la Puebla, Diego Urdiales y Saúl Jiménez Fortes. Ce cartel représentait tout un symbole principalement pour Fortes qui faisait le paseíllo drapé dans le capote de paseo d’Antonio Ordoñez que lui avait offert la ville de Màlaga pour son triomphe dans cette plaza en 1969 et dont on célébrait, cette année les 75 ans de son alternative de Séville. L’enfant du pays, honorait la mémoire du torero de Ronda sans la collaboration véritable de ses toros, l’un distrait que Fortes eut le mérite de garder dans la muleta,l’autre mobile mais sans entrain. La première faena initiée en redondos et poursuivie avec classe se terminait par une demi-estocade pour une oreille réclamée par le public bon enfant.La deuxième exécutée avec style et assurance n’apportait vraiment rien de notable. Les manoletinas finales précédaient une épée en bajonazo! - rapidement retirée par un subalterne – et malgré cela deux oreilles étaient concédées… et la sortie a hombros assurée.
Morante de la Puebla ne pouvait rien sinon montrer sa volonté de passer son premier nuñez-del-cuvillo, un toro amorphe dont il tirait quelques passes de bonne facture sans plus mais dans son style inimitable dans un mínimum d’espace. En dépit ou en raison de ces conditions, il écopait d’une voltereta de laquelle il se relevait sans dommage. Son deuxième lui permettait déployer à la cape mais surout à la muleta tout son art de placement, esthétique et tranquilité en naturelles principalement malgré le vent qui soulevait la muleta et les charges nobles et insipides du toro. Saluts. Diego Urdiales n’était pas heureux au sorteo, touchant les deux toros les moins aptes de Nuñez del Cuvillo pour développer le toreo classique à la cape et à la muleta du torero d’Arnedo. Heureusement sa facilité à l´épée abrégeait deux faenas à des toros sans race, sans codicia, sans rien, à l’image de l’ensemble du lot de cette corrida décevante.
Le lendemain, 21 août, à la nuit tombée, la corrida de Victorino Martín rassemblait tous les suffrages durant laquelle toros et toreros s´étaient unis pour composer un des évènements taurins les plus marquants de cette saison encore inachevée, certes. Il restera dans les mémoires comme une référence de ce que peut représenter une tarde de toros lorsqu’i y a des toros et surtout des hommes se surpassant pour les combattre. Manuel Escribano, Emilio de Justo et Fortes furent, tous trois dans des styles différents, les valeureux acteurs d’un spectacle émouvant, palpitant où se mêlèrent l’inquiétude du danger latent, la reconnaissance de la vaillance et vergüenza torera et la beauté des gestes, le tout face à des toros parfois compliqués, d’autres plus nobles, combatifs jusqu’au dernier souffle. De présentations inégales, selon la morphologie et allure de l’encaste Albaserrada, tous cinqueños, les victorinos sans être les alimañas d’antan apportèrent l’émotion et l’intérêt de l’aficionado et permettaient aux trois toreros d’exprimer leur toreo. Leurs typiques charges, museau dans le sable, leurs retours vifs en fins de passes, caractéristiques de leur race, aiguisaient la vigilance des toreros et leurs aptitudes physiques.
Manuel Escribano fut le héros de la corrida car, sur un retour intempestif et précis de son premier victorino, il recevait une cornada de 15 cm au muscle tibial antérieur de la jambe droite. Le torero de Gerena ne paraissait pas handicapé par cette blessure néanmoins évidente par le bas rose ensanglanté. Il continuait la lidia et, surtout, il affrontait son deuxième de nom “Murallano-46”, un fils du célèbre “Cobradiezmos-35” grâcié à Séville en 2016 qui avait assuré, alors, le triomphe du même Manuel Escribano. Ce dernier, avait reçu a porta gayola son premier toro pour ensuite lui servir des véroniques méritoires dans le terrain du toril. Aux banderilles on remarquait un parfait quiebro, al violín. A la muleta, ses toros offraient les difficultés citées plus haut, que Escribano gérait avec métier et précaution surtout face à “Murallano”, toréé en deuxième position avec l’accord de ses compagnons de cartel avant de passer à l’infirmerie. Il tuait `d’une bonne estocade et recevait l’oreille aux accents de ¡Torero! ¡Torero!. Emilio de Justo coupait les deux oreilles au toro “Escusano-61” qui présentait des charges retenues, à mi-hauteur, et un danger latent. Après une faena et beaucoup de passes, corps contorsionné, al hilo, EdJ laissait une épée trasera, efficace. À son premier, un toro qui “humiliait” au ralentí, relevant la tête en fins de passes et se retournant dans la muleta, Emilio de Justo voyait son labeur récompensé d’une vuelta al ruedo après une faena volontaire mais distante à un toro exigeant.
“Fortes” tuomphait face à “Borracho-53”, un toro de moindre présence que ses congénères mais de grandes qualités de charges “humilíées” et “templées” remarquées dès sa sortie du toril. Principalement à droite, Fortes déroulait sa faena au rythme des passes et du toro en parfaite symbiose. L’estocade verticale déterminait la concesión des oreilles et “Borracho” était primé de la vuelta al ruedo. Le 6ème “humiliait” tellement qu’il paraissait avoir une certaine faiblesse des pattes avant: il était injustement protesté par le public… Précisémment cette qualité exagérée et le retour des charges braves et continues par le bas compliquaient le trasteo de Fortes qui tuait d’une estocade trasera. Silence.
Le cartel de clôture de samedi réunissait les deux Nº1 de l’escalafón actuel: Morante de la Puebla et Andrés Roca Rey accompagnés de l’Onubense David de Miranda pour un mix de trois toros de Torrealta qui substituaient trois autres de Garcigrande prévus initialement, réduits à deux, un de Nuñez del Civillo sortait 3ème! L’encaste des toros, surtout leurs hechuras différentes de celles de la veille et leur comportement, déplaçaient les émotions du public qui n’avaient d’yeux que pour le maestro de La Puebla del Río et de l’astre péruvien. Morante, dans la plénitude de son art, s’efforçait pour terminer en beauté son double passage à La Malagueta mais le premier de Torrealta ne permettait pas une grande faena, rebrincadas les charges, heurtées et sèches en fins de passes. Tout l’art et le placement de Morante pour imprimer à chaque geste la majesté du meilleur toreo faisaient le reste. Le 4ème de Garcigrande, se déplaçait mieux et à la cape dans un galleo de chucuelinas marchées et à muleta dans des naurelles distillées une à une mais dans un ensemble compact de temple, placement et gestuelle naturels du maestro.
Au sortir d’une naturelle survenait l’accrochage, corne gauche à hauteur des machos de la taleguilla de la jambe droite et Morante, au sol, restant dangeureusement à la merci des cornes de l’animal. Il était relevé, visiblement endolori, sans cornada… Il reprenait la muleta pour une dernière série de la droite et portait une bonne estocade au deuxième essai. Une oreille de poids! Andrés Roca Rey comme à son habitude mais aussi pour l’importance de la concurrence avec Morante, maintenant calmée, montrait tous les aspects de sa forte personnalité face à des toros qu’il dominait malgré leurs difficultés respectives: l’un mansote, l’autre allant a menos après des charges descompuestas et incertaines. Avec ce dernier, l’arrimón final soulevait le public. La domination, la muleta à ras le sol avait réduit ce toro à un animal vaincu reculant face à son “dompteur”. L’imposant coup d’épée était le sommet d’une faena importante. Deux oreilles. ¡Torero! ¡Torero!. ARR avait coupé une oreille à son premier après une faena variée et spectaculaire où l’on relevait les passes cambio por la espalda à genoux au début et des derechazos en redondo “templés” qui maintenaient le toro au centre du ruedo, noblesse révélée du torreata. Aux côtés des deux maestros
David de Miranda n’entendait pas assumer le rôle de comparse. Au contraire, il signait une importante actuación au toro jabonero de Nuñez del Cuvillo, à la cape de grand temple dans des delantales, gaoneras suivies de naturelles, capote tenu à une seule main et remate par brionesa en guise de passe de poitrine. Superbe! Ses faenas étaient empreintes d’une grande serrénité, verticalité, naturel temple, entrega et un sens de la lidia ajusté aux conditions des toros. Une surprise agréable dans un tel contexte. Deux oreilles récompensaient sa première faena et une grande estocade. La seconde terminée par des mondeñinas recevait l’approbation du public qui demandait l’oreille, non accordée.
Ainsi, chacun devant son téléviseur enviait les spectateurs et aficionados de La Malagueta, chanceux d’avoir assisté à cette fin de feria, variée, une tarde de toros avec les victorinos, les autres où brillaient les toreros animés des meilleures intentions et fêtés par un public chauvin? ou plus aimablement inconditionnel (pour Fortes) et parfois indulgent ou ignorant, le mouchoir facile pour l’octroi des oreilles. C’était la Fête!!!
Georges Marcillac
Photos de mundotoro.com