Azpeitia 1er août 2026 – 3ème et dernière de Feria de San Ignacio – Dure corrida de Ana Romero pour des vaillants diestros. Morenito de Aranda coupe une oreille au seul toro relativement maniable

La corrida de clôture de la San Ignacio annonçait des toros d’ Ana Romero, élevage pourrait-on dire fétiche de la coquette plaza de toros de Azpeitia puisque son actuel représentant D. Lucas Carrasco Romero peut se targuer d’avoir “lidié” 76 toros en 12 ferias dont neuf consécutives jusqu´à cette année. D’origine Santa Coloma, les toros d’aujourd’hui surprenaient les aficionados habituels d’Azpeitia pour la dureté des six exemplaires sortis en piste. Des cinqueños, des poids de 500 à 540 kg. et des armures convenables sans exagération pour des santa-coloma.  Les trois toreros durent se transformer en belluaires et recourir à toutes leurs ressources physiques et techniques pour faire front à de tels animaux. Morenito de Aranda, chef de lidia presque vétéran, donnait l’exemple et terminait par couper une oreille au 5ème après être passé par l’infirmerie comme suite à une forte voltereta que lui infligeait le premier toro.. Les deux autres toreros, experts à la pose des banderilles, Jesús Enrique Colombo et Ismael Martín, offraient tout un spectacle au deuxième tercio, en solo ou deux à deux.

Jesús Martínez “Morenito de Aranda” allait a porta gayola accueillir un toro nommé “Curandero”. sans pouvoir déployer compétement son capote, il était renversé et secoué au sol… sans dégâts apparents. Sur pied, il toréait à la véronique, des capotazos plutôt, pour donner le change. Ce toro allait deux fois au cheval pour une pique légère et un picotazo, corne gauche dans le peto. La surpise fut de voir Morenito prendre les palos et partager le tercio de banderilles avec ses deux compagnos de cartel, spécialistes en la matière! Le spectacle était assuré, Morenito plantait une paire al quiebro, les trois se jouaient du toro pour finalement le stopper au centre du ruedo. Ovation. La faena de muleta débutait par le haut, un trincherazo, différents passages du toro qui montrait sa tendance à se retourner vivement et mettait en danger Morenito qui s’en sortait par un molinete! La suite fut une succession de passes, muleta accrochée et desarme, malgré l’effort de “courir la main” sur la corne gauche. Estocade tendida, trasera, - un avis – et deux descabellos. Au 5ème après avoir passé son tour et être sorti de  l’infirmerie, le tanteo révèlait que la corne gauche était la bonne et incitait Morenito à ne toréer que de ce côté. Il  dessinait des naturelles, les meilleures lorsque s’accordaient la position basse de la muleta et l’”humiliation” du toro, ce qui n’était pas facile. Il en ressortait deux naturelles extraordinaires de temple, le toro allant jusqu’à l’extrémité de la passe. Méritoire et réjouissant dans de telles circonstances. Sur la corne droite, quasi impossible au début, le toro se laissait aller, tête basse et muleta à ras du sol. L’estocade ressemblait à un bajonazo… Un oreille était accordée après une pétition majoritaire du public enthousiaste. Importante fut la prestation de Morenito de Aranda à ses deux toros.

           

Jesús Enrique Colombo revenait à Azpeitia après son succès de 2024 et l’indulto de “Almirante“ de Murteira Grave. Cette fois-ci face aux toros de Ana Romero il devait employer toute son énergie et ses recours pour venir à bout des difficultés qu’ils présentaient. Son premier, un toro basto de hechuras, cárdeno, lucero, coletero, avait tendance à fléchir des pattes antérieures après une pique dans… l’omoplate. JEC l’avait reçu par des véroniques, le toro se freinant sur la gauche. Il échangeait le tercio de banderilles avec Ismael Martin pour une paire facile, poursuivi jusqu’aux tablas et l’autre al violín. IM, lui plantait al sesgo por fuera. Après un brindis à Joxin Iriarte, responsable de l’organisation des corridas, la faena se déroulait en deux temps, sur la droite pour des derechazos, décollés de la trajectoire du toro qui avait une charge “templée” mais qui se serrait à la deuxième série. Sur la gauche, donc, toro sautillant, n’”humiliait” pas autant et JEC se sortait d’une charge risquée par un molinete. Malgré cela, une bonne naturelle et pour finir des passes aidées en demi-génuflexion. Une estocade basse. Ce toro méritait mieux. Au 4ème, de bonne présentation et ses 540 kg, JEC faisait l’effort de dessiner des véroniques, avant une pique placée un peu en arrière et rapidement relevée. Aux banderilles, la spectaculaire moviola et réunion… à cornes passées. Deux paires de banderilles en main, al violín et dans la foulée, de poder a poder. Bien. Durant la faena de muleta, il fallait compter sur la variation de comportement du toro qui montrait des qualités de charge sur la corne gauche lorsque la muleta lui était présentée par le bas mais sur la droite c’était plus compliqué comme aux derechazoscités” d’entrée, à genoux, au centre du ruedo. Le toro ne se livrait pas non plus, à proximité des barrières, mais acceptait des passes en redondo dans un autre terrain. Toro gazapón, JEC “perdait” des pas… La tentative d’estocade a recibir au centre de la piste se soldait par un pinchazo et une demi-lame tendida. Un avis.

Ismael Martín est un jeune matador de toros samaltin déclaré torero révélation de la dernière San Isidro. C’est dire que pour sa présentation à Azpeitia il mettait toute son énergie et facultés physiques pour venir à bout de ses opposants. Aux banderilles, il excellait par la spectucalrité de ses poses al sesgo por fuera lorsque le toro était réfugié près des barrières, specialiste de la suerte de la moviola, course à reculons et réunion avec force avec le toro lancé en sens contraire, évidemment. Ensuite c’était la poursuite du toro, torero à reculons, réglant sa course jusqu’à immobilizer le toro dans un geste de défi. Succès absolu sur les gradins.  Le toro sorti 3ème, n’”humiliait” pas et lançait des derrotes en se retournant. La tâche d’Ismael était ardue pour se défaire des charges incomplètes de ce toro avisé jouant de la corne à chaque passage. Faena bougée mais sans perdre la face. Une épée en arrière portée avec facilité malgré la petite taille du torero. Deux largas cambiadas de rodillas acceuillaient le 6ème. Extraordinaire tercio de banderilles à l’actif d’Ismael Martin, public debout! Se répétaient les complications d’un toro qui avançait à mi-hauteur, des demi-charges et mouvements de défense  et réflexes du torero qui toutefois cherchait la liaison de passes impossibles en “perdant” des pas… Mal à l’épée placée … dans les côtes du toro.

“Morenito de Aranda”: saluts: une oreille. Jesús Enrique Colombo: saluts; un avis et silence. Ismael Martín: saluts; silence.  Les toros 4ème et 5ème applaudis al arratre. ¡Agur! Àu revoir à l’année prochaine. Orchestre omniprésent lors des tercios de banderilles exécutés par les maestros - comme il se doit - avec solo de txistus. La jota de los toros (de Zaragoza) marquait la fin de la feria à la dernière faena.

Georges Marcillac

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