Bilbao 26 août 2026 – Nuances de gris pour la corrida de La Quinta où Román coupe une oreille.

La grisaille envahissait cette deuxième corrida de la semaine. Sans abuser de jeux de mots et autres métaphores, les cárdenos de La Quinta, le sable cendré du botxo, les nuages chargés de possible txirimiri et… en grande mesure les toreros du jour à l’unisson et à cause de la pauvreté des charges des toros contribuaient à cette sensation d'ennui et parfois de désolation.  Justement les  toros de La Quinta, porteurs des gênes  Santa Coloma ne furent que l’ombre de ce que l’on attend d’eux, de la vivacité, une certaine “roublardise” en fins de passes et entrega comme l’avait montré “Tapaboca-26” le 20 août de l’an passé, premier toro grâcié à Vista Alegre, toréé à cette occasion par Borja Jiménez. Il n’en fut rien aujourd’hui, tout le contraire, convertissant cette corrida en une suite de faenas insipides et toreo sans éclat des toreros en lice: Emilio de Justo, “Román” et Tomás Rufo. Au final, seul “Román” émergeait de l’atmosphère pesante d’une tarde où rien ne s’était passé. On notera au passage que les spectateurs ne remplissait qu’au quart de sa capacité la plaza, étant désertes les gradas supérieures!

 

“Román” Collado coupait donc une oreille au deuxième de La Quinta, un toro, le plus léger du lot – 508 kg. – qui était reçu par des véroniques, jambes en semi-génuflexion, dont il sortait et fuyaìt de la troisième. Il était repris au centre du ruedo dans une série de véroniques terminée par une larga de la main gauche. Le toro était ainsi fixé. Face au cheval, il ne combattait pas trop, peu piqué à la seconde pique après un ratage et rectification du picador. Le quite de “Roman” de nouveau par des véroniques n’était pas particulièrement brillant pour une charge descompuesta de l’animal. Víctor del Pozo se distiguait aux banderilles et devait saluer. À son habitude “Román” commençait la faena de muleta par un cite lointain, au tercio, et des derechazos, de long tracé, le toro répondait, mais dès la série suivante, il tardait à charger. Réduite la distance du cite pour des naturelles, celles-ci sans avancer la jambe contraire… étaient terminées par un molinete et la passe de poitrine. Les embestidas plus courtes, “Román” passait sans grands effets des manoletinas. Il fallait en finir car le toro, la tête en l’air en fins de passes, affichait son caractère de santa-coloma, comme désintéressé du traitement qu'on lui imposait.  L’estocade entière, légèrement trasera, roulait en un instant le toro. La demande d’oreille était concédée par l’inamovible président Matías González. Le 5ème avait bien meilleure allure, il était applaudi à la sortie du toril. Accueilli par une larga cambiada de rodilla au tercio, suivaient des véroniques et un galleo par chicuelinas marchées pour le placer à distance du picador “Chocolate” peu adroit… Le toro paraissait avoir accusé un châtiment bien insignifiant. La faena confirmait finalement le manque d’entrain de ce toro et se succédaient des passes sans aucune transmission, passes rectilignes, jeu de poignet en terminaison des passes pour mieux les enchaîner. Se détachaient deux derechazostemplés”, un changement de main dans le dos pour une passe de poitrine de la gauche et ce fut tout ou presque rien avant une épée contraire qui à nouveau roulait ce toro insipide. L’oreille n’était pas accordée.

                           

Emilio de Justo, chef de cartel, devait affronter un des deux toros cinqueños du lot, un toro de belles hechuras, cornivuelto, qui combattait au cheval et provoquait une chute monumentale. Ce fut le seul exploit de ce toro qui avançait d'un bon tranco pour ensuite se déplacer au ralenti, gazapón à la muleta et la tête en l’air, desparramando la vista, en pargfait santa-coloma (défaut génétique… )  EdJ se décidait, faute de “matériel” à prendre l’épée, et mettait beaucoup de temps avant de placer un pinchazo, un court metisaca et… une estocade al encuentro sans avoir cadré le toro, tendida, atravesada et tombée. Un avis. Le 4ème s’animait dans les premiers capotazos jusqu’au centre du ruedo. Le tercio de piques se déroulait sans histoire, le toro fléchissait des pattes avant mais ne montrait plus cette faiblesse au cours d’une faena de passes courtes associées aux manières du toreo de Emilio de Justo: détaché de la trajectoire du toro, cite insistant à la voix, et des lacunes d'un toro ennuyeux. Une série de la droite était applaudie sur la fin… Une estocade portée avec décision et…. un petit saut au-dessus de la corne droite (cette fois-ci justifié). Un avis.

                          

Tomás Rufo fut un torero prometteur dans sa phase dernière de novillero - il y a déjà cinq ans – et qui glâne par-ci par-là des succès parfois retentissants depuis son passage à la catégorie de matador de toros, comme à Madrid. Toutefois, il semble se cantonner dans les limites d’un toreo classique, répétitif, monotone, dépourvu de l’étincelle qui le distinguerait des autres matadors. Son toreo, comme lors de ses deux faenas à Vista Alegre, est “propre” mais froid. Il toréait avec facilité à la cape par delantales et une demi-véronique l’autre toro cinqueño qui arborait une robe spectaculaire, cárdeno évidemment mais avec des particularités comme corrido girón, calcetero, careto, gargantillo! Emilio de Justo et Tomás Rufo profitaient du bon comportement du toro au cheval pour deux quites par chicuelinas l’un et de nouveau delantales l’autre.  Après cela la faena se déroulait comme prévu, des séries des deux mains, en position de profil, sans donner l’impression de mando, toréant sur le voyage. Un remate en pase del desprecio, un classique pour Tomás Rufo. Le toro n’animait pas la faena par ses charges molles! Estocade accidentelle mais en bajonazo. Le 6ème, le moins bien présenté du lot, fléchissait des antérieurs en deux occasions, lors du capoteo du début et au sortir de la première pique mais se récupérait los du tercio de banderilles. À la muleta, le tanteo, “templé” pour des doblones un genou en terre, était de bon augure. Les passes des deux mains, au ralentí, vitesse tu toro, correctement accompagnée, montraient une certaine facilité du torero mais aussi  bien peu de nerf du toro. Estocade un peu tombée – caidilla – le toro s’effondrait la bouche fermée malgré l’hémorragie buccale.

                             

Emilio de Justo: un avis et silence; un avis et saluts. “Román” un oreille; saluts. Tomás Rufo: silence; saluts. Víctor del Pozo de la cuadrilla de Román saluait aux banderilles. Fernando Sánchez de celle de Tomás Rufo brillait à chacune des paires qu’il clouait au 3ème et 6ème. Il, était l’auteur d’un quite opportun à José Luis Triviño, son compagnon de cuadrilla, au sortir d’une paire de banderilles…

Georges Marcillac

Photos: mundotoro.com

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