Avant le paseo une minute d’applaudissements rendait hommage et encouragement aux personnes victimes des incendies qui ravagent la région d’Aquitaine, aux pompiers, secouristes et bénévoles qui prêtent leur aide et réconfort aux sinistrés. La corrida de Victorino Martin cloturait la Feria de la Madeleine cette année aussi avec un lot de toros de cinq ans, désormais l’âge mûr pour exhiber les hechuras et encornures de l’encaste Albaserrada célèbre aussi pour la couleur cendre de leur robe. Les matadors Jesús Martínez “Morenito de Aranda”, Román Collado et le Colombien Juan de Castilla étaient chargés de les affronter, supposés qu’ils sont spécialistes des corridas “dures”, toristas. Les gradins et tribunes du Plumaçon était quasiment garnis à 100% d’un public attentif et sérieux pour l’occasion. Malheureusement, comme cela arrive parfois ou souvent, c’est selon, les pensionnaires de La Tiesa ne donnèrent pas le jeu attendu: les toreros repartaient bredouilles, les aficionados contrits. La corrida commençait par le renvoi aux corrales d’un toro invalide, problème de sabots? ou autre affection. Le sobrero de José Cruz – de tout autre encaste puisque d’origine JP Domecq – passait son tour en quatrième position. “Román” tirait parti du toro sorti deuxième. Morenito de Aranda s’acquittait de sa tâche et le moins chanceux au sorteo était Juan de Castilla.
Le premier Victorino de “Román” présentait un physique typique des albaserradas mais était plutôt juste sans le trapío requis mais avait les cornes d’un toro de cinq ans. À la cape Román lui servait des passes de tanteo pour une amorce de véroniques, bien sur la corne gauche, pour ensuite l’écarter pour le conduire en brega au centre du ruedo. Au tercio de varas, ce toro ne livrait pas un combat notable, la pique rapidement relevée, Román demandait le changement pour laisser la place aux banderilleros. Víctor del Pozo devait saluer après deux paires de garapullos cloués spectaculairement. Il devait saluer l’ovation.Des doblones pour commencer la faena de muleta et le toro s’arrêtait. Román prenait la mesure du toro dans des séries de la droite, des derechazos dessinés à distance avec temple, le toro “humiliait” museau dans le sable. Sur la gauche, Il se croisait, il tirait le toro dans des naturelles, muleta baissée. Après cela, de nouveau sur la droite, les passes n’étaient que une à une, le toro tardo, grattait le sol. Un desplante après un dernier effort. La faena arrivait à son terme. Un pinchazo précédait une estocade trasera efficace. La pétition d’oreille insuffisane, le public incitait Román pa saluer. Le 5ème, de robe plus sombre que ses congéneres, ne mettait pas la tête et ne répetait pas ses charges dans la cape de Román qui voulait mettre en valeur ce toro aux piques, Trois rencontres, presque un simulacre, en était le résultat malgré les charges du toro qui présentait finalement un problème des pattes arrière. De fait il s’affaissait après la seule série de la droite qu’avait forcé Roman. Une estocade en deux temps et une suivante entière qui roulait l’animal.
Morenito de Aranda se montrait professionel dans le trasteo à ses deux toros et aussi en tant que chef de lidia. Son premier et unique Victorino passait dans la cape, le mufle dans le sable, affichait une faiblesse des pattes avant. Le silence du public était impressionnant en ce moment d’attention pour l’épreuve des piques. Le picador, en final, était applaudi après trois piques placées curieusement une en bonne place, une autre en arrière et la dernière presque dans le morillo. Chaque fois une charge longue, départ du centre l’arène, finalement un châtiment léger, raisonnable. La faena devait tenir compte du comportement variable du toro qui lançait des coups de tête en l’air dans les premiers muletazos, baissait de rythme rapidemment, se retournait vivement en fins de passes, doutait et grattait le sol… Morenito avait le mérite de consentir ce toro compliqué dans des naturelles, il se croisait et tirait des derechazos. Il réalisait tout ce labeur en pure perte car la mise à mort résultait pénible, des pinchazos et descabellos sans avoir entré une seule lame entière. Le 4ème, de José Cruz, pouvait paraître une belle aubaine pour ne pas avoir à se coltiner un Victorino. En réalité la noblesse de ce toro, de belles hechuras, trapío, enmorrillado, rendait le trasteo de Morenito sans trop d’intérêt malgré ses efforts, incitant les charges à la voix. Une série de droite, liée, montrait les limites de l’animal. Sur la gauche, la charge descompuesta, sans “humilier” confirmait ses limites. Il n’arrivait pas au bout d’une passe circulaire inverse. Une fois de plus Morenito échouait à la mise à mort. Un avis.
Juan de Castilla recevait le victorino-martín, en troisième position, le plus costaud du lot, cornes large ouvertes, par des capotazos pour l’amener au centre du ruedo. On sait que les toros de cette espèce sont difíciles à toréer à la cape… C’est Morenito de Aranda qui mettait ce toro en suerte pour les piques… toro qui sortait suelto, il ne s’éternisait dans le peto les deux fois. Les charges courtes et violentes du début de faena, un léger calamocheo dans la muleta, incitaient à la prudence. Juan de Castilla ne liait les passes qu’en “perdant” des pas, profitant de l’inertie des charges, toréant “sur le voyage”. Cette manière de toréer ne menait à rien. À l’épée, une dem-douzaine de pinchazos…! Un avis. C’est au son de la jota de l’Orchestre Montois que sortait le dernier toro de la feria se déplaçait mais présentait visiblement un problème du train arrière et il fléchissait légèrement des pattes avant. Ce handicap se confirmait sous les piques et s’agravait de telle sorte que le toro n’avançait plus. Marcos Prieto, aux banderilles, était le seul à briller. Faena imposible. Un pinchazo, un metisaca, une épée un peu tombée mettaient fin à la présence de ce dernier toro et à la feria sur une note un peu triste.
| Morenito de Aranda: silence; un avis et silence. “Román” Collado: ovation et saluts aux deux. Juan de Castilla: un avis et silence; sifflets. Des cuadrillas, Víctor del Pozo aux ordres de “Román” saluait aux banderilles au 2ème et Marcos Prieto de celle de Juan de Castilla, recevait l’ovation du public au 6ème. |
Georges Marcillac