Les arènes du Plumaçon enregistraient un lleno pour l’encerrona de Daniel Luque qui avait décidé de défier six toros de différents élevages en reconaissance de l’accueil que lui réservent les aficionados et publics du Sud-Ouest. En réalité la défection d’un toro d’Adolfo Martin pour raisons sanitaires obligeait les organisateurs à retenir un deuxième exemplaire de Fuente Ymbro qui s’ajoutait à ceux de El Parralejo, Juan Pedro Domecq, Victoriano del Río et La Quinta. A part ce dernier, d’origine Santa-Coloma, les autres toros représentaient un échantillon non exhaustif certes, des différences qu’ils peuvent présenter, de morphologie et caractères, en étant eux-mêmes issus d’une souche commune, celle de Juan Pedro Domecq Diez (1937) Comme c’est le cas une corrida en solitaire est une gageure qui dépend essentiellent des toros qui sont opposés au torero, donc à une grand part de chance et aussi de capacié physique, artistique? et mentale pour venir à bout de l’épreuve. Daniel Luque remplissait honorablement son contrat et remportait un succès important peut-être incomplete au décompte des oreilles coupées.
Le 1er toro de Fuente Ymbro ne fut pas le collaborateur idéal pour cette entrée en matière. Il ne pouvait être fixé à la cape, pas plus que lors de la mise en suerte pour les piques. Juan Melgar officiait et plaçait deux piques sans trop de poussée du toro qui ne favorisait pas les banderilleros au deuxième tiers. Malgré cela on remarquait Daniel Duarte. Venait le moment de la faena de muleta et Daniel Luque essayait de fixer le toro au centre du ruedo. Celui-ci donnait des signes plus évidents de mansedumbre et faisait mine de s’échapper en direction des tablas ou du toril. Daniel était obligé de faire un pas en avant pour éviter cette fuite dans une série de droite, néanmoins liée. Sur la gauche, rien. À la mort, une estocade entière , un peu tendida était précédée d’un pinchazo. Applaudissements.
Le 2ème de El Parralejo n’exhibait pas des hechuras propres à une place de 1re catégorie. Il ne se passait rien durant le capoteo de réception. Daniel Luque effectuait un quite entre deux piques, une placée de côté et la seconde réduite à un picotazo. Les chicuelinas du quite n’étaient pas un modèle du genre, cape retirée sèchement au passage du toro, la larga de remate était beaucoup mieux. Après le brindis au public, la faena avec débutait par une série de passes originales, préparées ou improvisées? présentant alternativement le devant et l’envers de la muleta dans un espace réduit. Ovation. Un vrai défi pour en rechercher les sources ou leur donnner un nom… Le corps relaché, vertical, Daniel Luque toréait la muleta baissée, tentait une arrucina… mais se rattrapait par une série de la droite, derechazos longs, “templés”. Sur la gauche, le toro n’”humiliait pas, un changement de main élégant, par devant et la passe de poitrine ramenait le toro sur la droite. Suivait un arrimón de passes alternées et serrées avec l’effet sur le public d’un martinete et passe de poitrine. Des mondeñinas pour finir cette courte faena , varié, avant une estocade entière qui roulait le toro. Une oreille était accordée et forte pétition de la deuxième.
Le 3ème de Juan Pedro Domecq, un cinqueño, long, ancho de sienes, veleto, corpulent, était applaudi à sa sortie en piste. Daniel Luque le recevait par de bonnes véroniques, meilleures sur la gauche, une chicuelina – qui ne s’imposait pas – et une larga cordobesa pour conclure de debut prometteur. Le picador Teo Caballero dosait les piques, la premièr après une mise en suerte par chicuelinas al paso - marchées du maestro, la seconde après un bel élan et une belle charge du toro nommé “Tijerito-153”. La qualité du toro incitait le torero de Gerena à prendre les banderilles et, alternant avec Mathieu Guillon, il plaçait deux paires: une al sesgo por fuera, la seconde, plus classique et sortie vers les planches.… Ovation. On remarquait la brega efficace de Curro Javier. A genoux, l’entame de la faena de muleta, des passes par le haut puis par le bas, le toro doutait et bousculait Daniel et le cherchait au sol. Secondes dramatiques heureusement sans dommages. Après des séries des deux mains, le corps relaché, fermes les muletazos car le toro doutait, plus “templées” de la droite, on notait un cite de la gauche à muleta pliée, des remates et desplantes, assurément improvisés. Ne manquaient pas les luquecinas, qui s’imposaient en conclusión d’une telle faena, elles-mêmes conclues par une passe de poitrine “templée” complète. De la belle ouvrage! L’estocade trasera, tendida et desprendida, portée en suerte contraire, roulait le jp-domecq. Deux oreilles. Le toro était applaudi à l’arrastre.
Le 4ème de Victoriano del Río était de belle présentation, montado, bien encorné. Il s’enfuyait à chaque passage dans la cape de Daniel Luque. La suerte de varas était émaillée de légers incidents: hampe de la pique brisée, picador désarçonné et finalement une bonne pique aprpes une belle charge. Antonio Manuel Punta et Jesús Arruga, de la cuadrilla fixe de Daniel Luque brillaient aux banderilles. À la muleta, le comportement du toro était loin de participer à un éventuel succès: distrait, sans ”humilier”, réticent dans ses charges, retours vifs en fins de passes, presque une cogida… Malgré cela, Daniel Luque prolongeait la faena dans l’espoir de résoudre ces problèmes. Il terminait par un arrimón. Estocade desprendida, trasera et derrame. Silence.
Le 5ème de La Quinta affichait un pelage spectaculaire et varié, cárdeno claro, caribello, calcetero, coletero. Il exhibait une paire de cornes, cornivuelto en raison de son âge mûr… six ans en octubre… Un modèle d’hechuras de Santa Coloma. Sans pousser dans le capote de Daniel Luque, on arrivait à la séance des piques. Superbement piqué par Gabin Rehabi, dans le geste et le dosage du châtiment, le toro se déplaçait avec lenteur… Il avait aussi tendance à tirer vers les tablas. Aux banderilles, Ángel Otero clouait spectaculairement et precisión deux paires de banderilles. Il saluait l’ovation. La faena, composée de passes au ralentí, sans transmission, sans “humilier” non plus, tournait à l’ennui en raison de la fadeur des charges malgré une forme originale de toques, d’agiter, osciller même, la muleta pour le cite et la conduite du toro dans la muleta. Un pinchazo, une estocade entière tendida, un descabello. Déception et applaudissements…
Le 6ème de Fuente Ymbro pourrait être qualifié de un tío pour sa corpulence, son encornure, juste cinq ans ce mois-ci. D’entrée il reniflait de sable et lorsqu’il chargeait les capes, c’était avec violence puis s’arrêtait. Après une bonne première pique, soutenue par le picador Javier García ”Jabato hijo”, la seconde réduite à deux picotazos malgré un élan depuis de centre du ruedo… et fuite du contact. Ce signe de mansedumbre se confirmait au deuxième tiers, distraction, manque d’attention aux cites. Malgré cela Juan Contreras, peón de confiance de Daniel Luque, brillait aux banderilles. D’ailleurs il recevait le brindis de son chef de file. Le tanteo en passes courtes des deux côtés précédait une série de la droite, temple, sans obliger l’animal en douceur. Le toro n’accompagnait pas les efforts de Daniel pour dessiner des passes de bonne facture, il se résistait même. Pour donner le change et terminer en beauté, le toro était amené au centre du ruedo et il recevait une esrtocade … trasera et sonnait un avis!
Ainsi s’achevait l’encerrona de Daniel Luque, en demi-teinte, à cause des trois derniers toros qui n’avaient pas honoré le fer qu’il portaient ,de trois élevages de renommée, au détriment de leur matador.
Georges Marcillac
Photos: André Viard pour mundotoro.com