Voici plusieurs jours que les lots combattus à la Maestranza laissent à désirer quant à leur présentation. Que se passe-t-il? Un ami aficionado Sévillan me commentait qu’il fallait choisir des toros qui incitent les toreros à s'exprimer. Et bien, à part avec Morante de la Puebla, l'expérience ne donne pas de résultats car avec des lots terciados, la Feria de Séville ne confirme en rien cette logique. Le lot de Victorino Martin n'a pas fait exception. (les quatre premiers du lot sont fils de Cobradiezmos. NDLR)
Les deux matadors Manuel Ecribano et Borja Jiménez annoncés en un mano a mano supposé prometteur, sont invités à saluer à la fin du paseillo.
Manuel Escribano lance la compétition face à un premier victorino, 546 kg, veleto. L’animal d'abord abanto et distrait est passé en cape avec précaution, sa charge étant courte et rebrincada, particulièrement à droite. Sous la carioca le toro ne force guère. La seconde pique est portée pour satisfaire le règlement. Le second tiers à charge du matador est composé de deux paires dentro por fuera faciles, en alternant les cornes, puis d’un autre cuarteo, des tablas vers les tercios, plus exposé, initialement voulu en quiebro avec pose en violín qui est abandonné car le toro tardait à s’élancer. Brindis au public. Le bicho charge le tanteo par le haut sans conviction, montrant déjà qu’il souhaite quitter le combat. Les derechazos "cités" al hilo ou fuera de cacho n'imposent pas les trajectoires. À gauche, le matador "toque" por fuera sans relâchement. Il complète le trasteo principalement à gauche, dont une série, l’avant dernière, est construite avec un placement et des cites orthodoxes qui arrachent les olés. Musique. Le final gaucher mélange le bon et le moins bon. L’estocade habile, résulte trasera et caída, au moment où sonne un avis. Deux descabellos. Applaudissements et salut pour une faena qui a tardé à se confier au toro.
Le second d’Escribano est reçu a puerta gayola, presque aux medios, pour une larga cambiada de rodillas suivie de véroniques en sortant les bras et triple remate. Le Victorino rechigne à charger la monture de loin, évitant même la cavalerie du regard. Lorsqu’il s’élance, il pousse avec verve. Le toro tarde encore pour répondre à la seconde ration. Ensuite, il s’emploie sous le peto. Escribano réalise un tercio de banderilles avec un premier cuarteo à cornes passées, un second plus réuni avec le toro venant au pas et un quiebro "cité" assis sur l’estribo réalisé dans un certain désordre. Brindis au compagnon de cartel. Les doblones de début de trasteo sont appuyés et profonds. Suivent des derechazos en tirant des lignes al hilo. À gauche, Escribano laisse la muleta devant, sous le museau, et trépigne dans l’entre passe. Le bicho qui n’est pas dominé, le met en difficulté à l’occasion, particulièrement lors des retournements sur les deux cornes. Une dernière tanda droitière donne un semblant de lié. Épée trasera et desprendida. Avis. Silence.
Manuel Escribano va de nouveau a puerta gayola pour recevoir le cinquième de Victorino. L'attente est longue, trop longue, mais la larga cambiada est réussie. Le public proteste fortement le manque de trapío du toro. L’animal s’endort contre le peto par deux fois. Le matador se charge du second tiers dans une ambiance électrique. Un premier cuarteo est posé à corne passée, les deux suivants sont des échecs. Une quatrième tentative est guère meilleure. La faena débute en tanteo. Ensuite à droite la muleta termine haute en sortie de muletazos et le torero est sur la défensive. Idem à gauche. Désarmé lors d'une nouvelle tentative, Escribano abrège. Entière trasera et basse. Bronca finale et bronca au toro.
Le premier de Borja Jiménez choque contre le burladero des cuadrillas en mettant les reins. Le toro appuie aussi dans la cape et met le matador sur la défensive. À ce stade les deux cornes sont astilladas. Le public a protesté le manque de trapío dès l’entrée en piste. Le bicho pousse contre le peto avec entrain. Bien piqué par Vicente González, l’animal pousse en brave lors du deuxième passage. Brindis au public. Borja Jiménez exécute des doblones terminés par le haut, puis par le bas. À droite il reste fuera de cacho et lie une série en gardant ses distances. La suivante, bien que mieux centrée, est désordonnée. À gauche, la seconde naturelle révèle une charge somptueuse que le torero ne parvient pas à reproduire lors de la première série sur cette corne. La meilleure série est la seconde à gauche. Musique. La suite, toujours à gauche, est appliquée le corps tendu. Après un bref passage infructueux à droite, Jiménez termine à gauche, dans les cornes, en arrachant des naturelles une par une. Entière basse et tendida avec avis. Pétition non majoritaire. Palmas au toro et vuelta pour le matador.
Le second de Borja Jiménez saute et lance les pattes en avant dans la cape. Bonne pique de Tito Sandoval, et bon combat du toro. La seconde pique est brève. Le deuxième tiers est changé avec seulement deux banderilles posées. Bronca pour le président... Borja Jiménez torée rapidement à gauche après tanteo duquel ressort deux naturelles verticales et profondes. Les suivantes reviennent à des cites corps penché al hilo et traçant des lignes. Pourquoi n’a-t-il pas continué ? Les pases de poitrine sont "cités" à bout de bras. La musique joue. Les derechazos sont quelconques. Deux séries à gauche reviennent à de meilleures intentions ce qui vaut au matador des olés malgré un concept de profondeur variable. Une dernière série à gauche enchaîne des muletazos disparates. Pinchazo et demi-épée delantera et desprendida. Descabello. Applaudissements au toro et vuelta pour Jiménez.
Lorsque sort le sixième victorino, la déception des tendidos est déjà grande. Le toro est court sur pattes. Calamocheo dans la cape du torero. Il pousse sous la première pique et retourne en poussant avec alegresse. Iván García salue au second tiers. Brindis au public. Le tanteo voit le toro flancher à deux reprises. À droite, il lui en coûte d'avancer. À gauche, il trébuche. Jiménez garde la muleta a mi-hauteur et le trasteo est mollasson. Pourtant le toro est fixe sur la muleta et très noble. Peut-être fallait-il se confier dès le début dans une faena courte et exposée ? Le matador essaye de faire cela en fin de faena, mais l'ambiance et la charge n’y sont plus. Deux pinchazos, un metisaca et une demi-lame terminent ce trasteo incomplet et décevant
René Arneodau