6Voici plusieurs jours que les lots lidiés dans la Maestranza laissent à désirer quant à leur présentation. Que se passe-t-il? Un Ami aficionado Sévillan me commentait qu’il fallait choisir des toros qui incitent les toreros à s'exprimer. Et bien a part avec Morante l'expérience ne donne pas de résultats car avec des lots terciados la Feria de Séville ne confirme en rien cette logique. Le lot de Victorino Martin n'a pas fait exception.
Les deux matadors du Mano a Mano, supposé prometteur, sont invités à saluer à la fin du Paseo.
Manuel Escribano lance la compétition face à un premier Victorino veleto. L’animal d'abord abanto et distrait est passé en cape avec précaution, sa charge étant courte et rebrincada, particulièrement à droite. Sous la carioca le toro ne force guère. La seconde vara est portée pour satisfaire le règlement. Le second tiers à charge du matador est composé de deux dentro para fuera faciles, en alternant les cornes, puis d’un autre cuarteo des tablas vers les tercios, plus exposé, initialement voulu en quiebro avec pose en violin qui est abandonné car le toro tardait à s’élancer. Brindis au public. Le bicho charge le tanteo par le haut sans conviction, montrant déjà qu’il souhaite quitter le combat. Les derechazos cités al hilo ou fuera de cacho n'imposent pas les trajectoires. À gauche le matador toque por fuera sans relâchement. Il complète le trasteo principalement à gauche, dont une série, l’avant dernière, est construite avec un placement et des cites orthodoxes qui arrachent les olés. Musique. Le final gaucher mélange le bon et le moins bon. L’estocade habile, résulte trasera et caída, au moment où sonne un avis. Deux descabellos. Palmas et salut pour une faena qui a tardé à se confier au toro.
Le second d’Escribano est reçu a puerta gayola, presque aux medios, pour une larga cambiada de rodillas suivie de véroniques en sortant les bras et triple remate. Le Victorino rechigne à charger la monture de loin, évitant même la cavalerie du regard. Lorsqu’il s’élance, il pousse avec verve. Le bicho tarde encore pour répondre à la seconde ration. Ensuite, il s’emploie sous le peto. Escribano réalise un tiers de banderilles avec un premier cuarteo à cornes passées, un second plus réuni avec le toro venant au pas et un quiebro cité assis sur l’estribo réalisé dans un certain désordre. Brindis au compagnon de cartel. Les doblones de début de trasteo sont appuyés et profonds. Suivent des derechazos en tirant des lignes al hilo. À gauche Escribano laisse la muleta devant, sous le museau, et trépigne dans l’entre passe. Le bicho qui n’est pas dominé, le met en difficulté à l’occasion, particulièrement lors des retournements sur les deux pitons. Une dernière tanda droitière donne un semblant de lié. Épée trasera et desprendida. Avis.
Escribano va de nouveau a puerta gayola pour recevoir le cinquième Victorino. L'attente est longue, trop longue, mais la larga cambiada est réussie. Le public proteste fortement le manque de trapio du toro. L’animal s’endort contre le peto par deux fois. Le matador se charge du second tiers dans une ambiance électrique. Un premier cuarteo est posé à corne passée, les deux suivants sont des échecs. Une quatrième tentative est guère meilleure. La faena débute par tanteo. Ensuite à droite la muleta termine haute en sortie de muletazos et le torero est sur la défensive. Idem à gauche. Désarmé lors d'une nouvelle tentative, Escribano abrège. Entière trasera et basse. Bronca finale et bronca au toro.
Le premier de Borja Jiménez remate au burladero en mettant les reins. Le toro appuie aussi dans la cape et met le matador sur la défensive. À ce stade les deux cornes sont astilladas. Le public a protesté le manque de trapio dès l’entrée en piste. Le bicho pousse contre le peto avec entrain. Bien piqué par Vicente González l’animal pousse en brave lors du deuxième passage. Brindis au public. Borja Jiménez exécute des doblones terminés par le haut, puis par le bas. À droite il reste fuera de cacho et lie une série en gardant ses distances. La suivante, bien que mieux centrée, est désordonnée. À gauche la seconde naturelle révèle une embestida somptueuse que le torero ne parvient pas à reproduire lors de la première série sur cette corne. La meilleure tanda est la seconde à gauche. Musique. La suite, toujours à gauche, est appliquée le corps tendu. Après un bref passage infructueux à droite, Jiménez termine à gauche, dans les cornes, en arrachant des naturelles une par une. Entière basse et tendida avec avis. Pétition non majoritaire. Palmas au toro et vuelta pour le matador.
Le second de Borja saute et lance les pattes en avant dans la cape. Bonne pique de Tito Sandoval, et bon combat du toro en vara. La seconde pique est brève. Le deuxième tiers est changé avec seulement deux banderilles posées. Borja Jiménez torée rapidement à gauche après tanteo duquel ressort deux naturelles verticales et profondes. Les suivantes reviennent à des cites corps penché al hilo et traçant des lignes. Pourquoi n’a-t-il pas continué ? Les pechos sont cités à bout de bras. La musique joue. Les derechazos sont quelconques. Deux séries à gauche reviennent à de meilleures intentions ce qui vaut au matador des olés malgré un concept de profondeur variable. Une dernière série à gauche enchaîne des muletazos disparates. Pinchazo et demi épée delantera et desprendida. Descabello. Palmas au toro et vuelta pour Jiménez.
Lorsque sort le sixième Victorino, la déception des tendidos est déjà grande. Le toro est bajo et calamochea dans la cape du torero. Il pousse sous la première vara et retourne en poussant avec alegría. Ivan Garcia salut au second tiers. Brindis au public. Le tanteo voit le toro flancher à deux reprises. À droite il lui en coûte d'avancer. À gauche il trébuche. Jiménez garde la muleta a mi hauteur et le trasteo est soso. Pourtant le toro est fixe sur la muleta et très noble. Peut-être fallait-il se confier dès le début dans une faena courte et exposée ? Le matador essaye de faire cela en fin de faena, mais l'ambiance et la charge n’y sont plus. Deux pinchazos, un metisaca et une demi lame terminent le trasteo.
René Arneodau