La troisième et dernière novillada de la feria voyait le succès de Julio Méndez, novillero de Arenas de San Pedro (Ávila), qui se présentait à Madrid après une brillante première année dans la catégorie de novilladas avec picadors. Il retenait l'attention d'un public nombreux et se distinguait de ses compagnons de cartel pour affronter un lot de novillos de Conde de Mayalde, de très inégale présentaion et dont le troisième fut honoré de la vuelta al ruedo. Rafael Finat, dernier Comte de Mayalde propriétaire de l'élevage, a proposé une novillada intéressante offrant des options de triomphe aux novilleros Emiliano Osornio, le Mexicain, qui a dessiné des muletazos somptueux à son second sans lier, parce qu’il n’a pas occupé les terrains qui brûlent, Pedro Montaldo, d'un concept de toreo vertical et "templé", mais qui a oublié d'attaquer ses adversaires pour provoquer des émotions et, finalement Julio Méndez qui a coupé deux oreilles avec des choix de terrains marginaux mais aussi en dessinant des trajectoires de l'extérieur vers l’intérieur agrémentées de cambios qui surprennaient le public.
Le premier conde-de-mayalde d’Emiliano Osornio est ouvert de cornes, playero. Il entre sans conviction dans la cape du Mexicain qui se voit obligé de bregar. Le novillo pousse sur les reins lors de l’épreuve du fer. Piqué au milieu du dos, au second passage, l’animal fuit puis retourne pour une pique tout aussi déficiente. Le second tiers est conduit dans un désordre incompatible avec les lieux. Les doblones du début de faena semblent indiquer que le torero a l’intention de dominer la fougue du novillo. Lors des premiers derechazos rien ne semble clair. La charge est brusque avec derrotes. Emiliano Osornio doute et le novillo donne des signes de rajarse. À gauche, la charge est irrégulière, une fois courte, une autre fois longue. En tout état de cause elle n’est pas dominée par le torero, en trois séries. Pinchazo et entière. Palmas au novillo et quelques sifflets pour le novillero.
Le Mexicain reçoit son second Mayalde avec des véroniques faciles, "templées", données en avançant et terminées par demi-véronique lointaine et revolera. Le novillo combat par à coups à la première pique, et a menos lors de la seconde. La lidia est encore mal menée au second tiers. Les premiers ayudados sont donnés au rythme de la charge, avec des trajectoires par le bas et en courbe. Les derechazos liés voient le novillo ralentir en deuxième partie de muletazo, ce qui retire de l’intensité à la prestation. Dans les naturelles, le Mexicain se replace entre les passes pour provoquer la charge au lieu de chercher à provoquer la répétition en sortie de passe. Les derechazos suivants sont entre deux eaux, quelques-uns liés avant de revenir à des muletazos exécutés un par un. Un dernier passage à gauche ne modifie en rien le concept et donne des naturelles profondes faute d'être liées. Épée atravesada et une autre trasera et caída. Avis et deux descabellos. Applaudissements au novillo et salut pour Osornio.
Pedro Montaldo reçoit les premières charges d’un novillo armé long et large qui va et vient sans intention de combattre. L’épreuve des piques est d’abord sévère, avec un novillo qui reste en parallèle au peto, en poussant sur une corne. Lors de la seconde pique, il pousse sous une carioca. Quite de Julio Méndez par gaoneras engagées qui réveillent l’intérêt des tendidos. Pedro Montaldo "cite" aux tercios pour des muletazos d’entame aisés et fades. Suivent des naturelles non liées mais dont une ou deux font illusion. Mis en danger, le novillero passe à droite et donne l'impression de tâtonner. La charge est indécise et le novillero fait un retour à gauche avec zéro résultat. Il abandonne. Pinchazo et entière efficace.
La charge du cinquième est entre distraite et répétitive ce qui permet au novillero de Guadalajara de produire quelques véroniques. Le novillo charge de loin et fait faire la toupie à la cavalerie. La seconde charge est plus classique, le novillo poussant a menos. Quite de Julio Méndez par chicuelinas et remate, d’ensemble lointain. Le second tiers se déroule encore dans le désordre. Dans une attitude indolente qui le dessert, la faena de Montaldo démarre par toreo droitier par le haut et par le bas, La serie suivante, toujours à droite est un toreo vertical, minimaliste, dont les trajectoires sont vagues. Les séries sont trop courtes pour intéresser. À gauche, le torero est plus en attente que proactif. La faena n’a jamais décollé. Épée portée en évitant la tête et lame défectueuse. Palmas au novillo.
Julio Méndez qui a marqué les esprits lors de son quite au second novillo de la course, n’arrive pas à intéresser le novillo qui freine lors de chaque charge à la cape. Il le passe néanmoins avec douceur dans chaque capotazo, comme pour le convaincre de charger. Le novillo se comporte d’abord en manso, en contournant le cheval puis en poussant longuement sur le cheval appuyé aux planches. La seconde pique est beaucoup moins intense. La lidia au second tiers est une catastrophe. Emiliano Osornio n’est pas en place, le banderillero Jesús Talaván passe sans poser, le peón de la brega est désarmé. Brindis au public. Le début par doblones, puis à genoux à droite avec cambio dans le dos, annonce la couleur. Il y a un novillero en piste. Julio Méndez "cite" de loin au centre, muleta à droite pour une série relâchée et intense. La suivante est tout aussi dominatrice terminée par le pase del desprecio et la passe de poitrine. À gauche, la même recette a le même effet en deux séries, la seconde légèrement a menos. Le novillero montre engagement, dominio, une muleta qui embarque et qui guide la charge avec les vuelos jusqu'à la fin des muletazos. De nombreuses passes sont données depuis une position fuera de cacho, mais aussi en tenant son terrain. Un final droitier culmine avec un desplante du novillero dominateur. Le remate de faena est réalisé par bernadinas dans une engagement et une exposition totale, le public est debout. Espadazo, caído en sautant et en montant sur le bicho. Pétition des deux oreilles et de vuelta al ruedo au novillo, les deux oreilles demandées sont accordées.
Julio Méndez va recevoir son second a puerta gayola, agenouillé loin des toriles, pour une larga cambiada en se jetant à terre. Suivent une nouvelle larga cambiada à genoux le long des tablas, des véroniques et vuelta de campana du novillo toro et des chicuelinas de recours. Le novillo pousse sous la première pique et brièvement à la seconde. Quite d'Emiliano Osornio par chicuelina, véroniques et demie. Brindis personnel. Aux tercios, Julio Méndez "cite" de loin pour estatuarios, cambio et passe de poitrine. La charge est molle. Au centre, le novillero exécute une série courte à droite sans peser sur la charge. Il donne a chaque fois de l’espace au novillo. Une nouvelle tanda, courte, sans dominio, brille plus lors des remates. À gauche un seul muletazo, l’avant dernier, s’impose au novillo. La suite à droite est plus spectaculaire que significative. Le toreo est en ligne avec final en cambio dans le dos spectaculaire et passe de poitrine en rond. La charge est maintenant éteinte et le novillero insiste nonobstant sur les deux cornes en réussissant à aspirer les dernières embestidas à droite. Pinchazo en sautant et entière caída.
| Emiliano Osornio: silence; saluts. Pedro Montaldo: silence aux deux. Julio Méndez: un avis et deux oreilles; silence. Sortie de Julio Méndez par la Grande Porte. 21.594 entrées payantes. |
René Arneaudo




