Cette corrida dominicale, en dépit du no-hay-billetes était attendue par les aficionados pour la présence des matadors Saúl Jiménez "Fortes", David de Miranda triomphateur de la Feria d'Avril de Séville et Víctor Hernández, la vedette montante, face aux toros de la famille Lozano. Toros du fer d'Alcurrucén, d'un lot tout en nuance avec des exemplaires bien présentés, d'autres pas autant, de cinq ans d'âge et avec des comportements irréguliers, les meilleurs ayant de bons moments mais perdant leur entrain en cours de combat. Toutefois un moment important et lumineux de cette corrida est à mettre à l'actif de David de Miranda et Víctor Hernández qui entraient en compétition dans quatre quites au 2ème, le premier répondant au second en deux occasions. David de Miranda a coupé une oreille pour une prestation qui aurait pu être meilleure. La terna de toreros, aux conceptions très différentes, et qui étaient attendus, n’a pas justifié les espoirs des aficionados.
Le premier d'Alcurrucén pour "Fortes" est bas et rondelet. Il charge avec réserve dans la cape avec des pauses pensives. Lors du premier passage aux piques, il pousse allant a menos. La seconde pique est purement formelle. David de Miranda réalise un quite par des saltilleras, une gaonera et une revolera. Le toro n’a cessé de gratter le sol depuis son entrée en piste. Brindis au public. Les doblones et le bref toreo droitier manquent d’intensité. Les derechazos "cités" dans l'espace du toro, souffrent d’une charge sans final où le toro tire un derrote. Dans la série suivante, Fortes "oblige" le toro par le bas et parvient à corriger le derrote antérieur. À gauche, ce qu’il manque en intensité à la charge, Fortes le compense par des naturelles lentes et profondes passant au ras de la taleguilla, muleta légèrement en retrait. De nouveau, derechazos depuis un placement très exigeant ne transmettent malheureusement pas au public. Avis. Pinchazo et épée basse. Descabellos. Sifflets au toro.
Le second de "Fortes" est reçu par des véroniques, lentes et "templées", données en gagnant du terrain. La charge est noble et longue. Le bicho s’emploie à mi- hauteur sous la première puya. La mise en suerte de Fortes, par tafalleras, est originale. Le toro retourne au cheval de loin et pousse brièvement. Fortes lance sa faena par doblones et toreo debout. Les deux séries à droite sont liées et efficaces. À gauche, les naturelles pures, avec des toques subtils, font monter d’un ton le trasteo, particulièrement dans la première des deux séries. Le toro ne répète pas toujours. Le passage droitier suivant est d’un total engagement dans les cites avec passe de poitrine, genou en terre. Malgré la baisse de régime du bicho, Fortes tire une dernière série droitière tout aussi pure dans le concept. Pinchazo, épée croisée dans le flanc, pinchazo, avis et autre épée cruzada. Deux descabellos. Palmas y pitos au toro.
David de Miranda reçoit avec difficulté son premier adversaire, un autre toro gras et spectaculairement armé, cornipaso de la corne droite. Parfois le toro galope de loin, souvent il s'arrête. L’épreuve des piques est désordonnée au premier passage. Au second le bicho sort seul. Víctor Hernández réalise des saltilleras à un toro distrait, sortant loin de la suerte, qui charge néanmoins à distance à chaque cite. David de Miranda répond par chicuelinas brusques et larga de remate. Un autre quite de VíctorHernández (qui a demandé la permission à De Miranda) est réalisé par tafalleras et brionesa. De Miranda, à son tour, répond par gaoneras ajustées mais brouillones. "au public. De Miranda "cite" aux tercios par estatutarios donnés un par un d’abord puis enchainés et terminés par le pase del desprecio et pase de pecho de olé !. Le toro charge avec intensité dans les derechazos liés. De Miranda reste fuera de cacho dans la serie suivante et en paye le prix étant mis en danger. Dans la série suivante, les passes s’enchaînent sans profondeur, en ligne. À gauche, des toques por fuera et les accrochages de muleta accompagnent les premières naturelles. Les suivantes, données par le bas, sont nettement meilleures. Une autre série, pieds joints, est moins intense mais depuis une position engagée. Le dernier passage gaucher gère la baisse de rythme du toro par un arrimón, dans les cornes, qui fait son effet. Les bernadinas sont on ne peut plus serrées. Epée entière trasera et caída en couvrant la tête du toro. Pétition majoritaire et oreille que critiqueront les puristes....
Le cinquième accepte trois lances de De Miranda puis s'éclipse. Le matador doit aller chercher le manso au centre et bregar. L’animal est reticent, mais place la tête dans la cape avec profondeur lorsqu'il charge. Le toro pousse en discontinu au premier voyage au cheval. Il se fait prier pour la seconde pique, puis sort seul. Le toro met Víctor Hernández en difficulté pour la mise en suerte lorsqu’il veut entrer en quite. Il réalise finalement des medio faroles et caleserinas. Víctor del Pozo réalise deux poses de banderilles supérieures, fort exposées, pour lesquelles il salue. Le toro est tardo mais répète une fois qu’il demarre. De Miranda lie des doblones suivi de droitières dans un même terrain, "cités" al hilo ou fuera de cacho, mais toujours avec des trajectoires de fuera para dentro. Le passage a gauche est court et abandonné pour revenir à droite où une série profonde est proposée. Retour à gauche où le toro ne répète plus et le torero doit forcer les toques. À ce stade, c’est un arrimón à droite que réalise le torero, à toro arrêté. Les mondéñinas en arrimón complètent la faena. Pinchazo et entière avec avis. Salut avec division.
Le premier de Víctor Hernández met le frein à main dans la cape et fuit vers la querencia. Le toreo de cape se limite à une brega. Le bicho boite des pattes arrières et ne s’emploie pas sous le fer. Chicuelinas de Fortes, millimétrées à gauche, terminées par une revolera. Grande paire de banderilles de Marcos Prieto qui passe inaperçue dans le vacarme de protestation pour la boiterie du toro. Les estatuarios manquent d’intensités car la charge est affectée. Les droitières "citées" al hilo ou fuera de cacho n’ont aucune profondeur. À gauche, le bicho avance au pas ce qui rend les naturelles fades. Hernández insiste sur les deux cornes et la faena s'enlise dans la fadeur. Entière trasera et desprendida. Sifflets au toro.
Le dernier d'Alcurrucén charge sans classe dans les véroniques brusques de Vícyor Hernández. Le toro sort rapidement et seul de la première puya. Il pousse sur une corne et donne des coups de tête au second passage. Yelco Álvarez salue au second tiers. Brindis au public. Hernández débute par doblones qui font tituber le toro. À droite, le matador tire des lignes droites, sauf dans l’avant dernier muletazo et lors de la passe de poitrine qui sont en courbe. La série suivante est tout en ligne. À droite encore, le principe des lignes droites reste le même comme dans le final à gauche. Lors des naturelles suivantes, le toro n’"humilie" pas et le torero doit arracher les passes. Un passage à droite montre que le concept du toreo en ligne est bien ancré chez le torero. Vient un arrimón muleta dans la main gauche. Quelques naturelles accrochées précèdent une entière trasera, desprendida et tendida. Deux avis et descabello.
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"Fortes": un avis et silence aux deux. David de Miranda: un avis et une oreille; un avis et silence. Víctor Hernández: silence; deux avis et silence. Successivement Víctor del Pozo, Marcos Prieto et Yelco Álvarez des cuadrillas respectives de David de Miranda et Víctor Hernández (les deux derniers) saluaient aux banderilles au 4ème, 3ème et 6ème. no-hay-billetes: 22.964 spectateurs. |
René Arneodau



