Le premier Nuñez del Cuvillo bien présenté est le prototype de ce que devrait être le toro de Séville. Musclé, bas et bien armé. Le lot a donné un jeu irrégulier mais mobile qui aurait dû permettre à la terna de couper des oreilles. Daniel Luque à son premier a fait un effort reconnu par le public. José María Manzanares et Alejandro Talavante sont restés conventionnels, s'appuyant sur des techniques défensives qui ne leur ont pas permis de profiter de charges valides.
José María Manzanares est confronté à un premier de Nuñez del Cuvillo qui envoie ses pattes avant dans la cape, trébuche ou abandonne le combat. Le manso sort seul et
rapidement de deux piques qui s’en trouvent écourtées. Quite de A.Talavante par chicuelinas poussives et larga de fin de série. La faena de JMM est engagée par un tanteo élégant en avançant vers les tercios. À droite, le vent gêne le matador qui lie, tendu, deux séries mécaniques. Sur la corne gauche, avec un placement orthodoxe, il lie des naturelles méritoires faute d’être artistiques. Un passage droitier en concept plus marginal donne une série liée et obtient les applaudissements du public. Dans la série suivante le toro se "dégonfle" et le matador "chasse les mouches" près des barrières. Entière trasera et atravesada. Quelques applaudissements au toro et silence pour J.M. Manzanares.
Le second de JMM charge avec vivacité la brega du matador mais patine aussi à l’occasion. Cheval et toro font une fuite en avant lors de leur première rencontre, la seconde avec carioca. Le tanteo de JMM est suivi d’un double passage à droite en séries courtes et marginales. Sur la corne opposée, le trasteo est laborieux et le vent n’aide pas. Une tanda liée à droite ravit les tendidos malgré la technique employée. Tout ce qui suit est en trop et impatiente le public. Épée entière trasera et desprendida.
Le premier de Alejandro Talavante est distrait et probón alors que la cape vole au gré du vent. Le nuñez-del-cuvillo fait un combat au cheval en parallèle au peto, avec une faiblesse de pattes notable. La seconde pique est brève. Quite de Daniel Luque par chicuelinas et larga, cette dernière exécutée après changement de main, le tout en gérant les circonstances ci-dessus mentionnées. A. Talavante s’avance aux tercios et dessine des passes aidées sur jambe fléchie, suivies de naturelles dans cette position, terminant debout. Il poursuit sur les deux cornes face à une charge lente, noble et obéissante du toro. Musique. Cette charge, supérieure, manque cependant d’émotion que le torero ne parvient pas à compenser, restant dans un style froid et peu engagé. Le public applaudit néanmoins. A. Talavante termine certains muletazos avec la toile légèrement relevée, ce qui retire de la profondeur aux passes, à l’identique des trajectoires, en ligne, majoritaires. Quelques naturelles terminent le trasteo avant un estoconazo. Une oreille. Palmas au toro.
Le cinquième charge, à la cape, deux faroles, puis les véroniques de AT dans un passage brouillon. Le toro s’emploie sous une bonne première pique. À la seconde, le bicho abandonne l'effort. Quite de Daniel Luque par delantales et demi-véronique, avec une certaine brusquerie. La faena de Talavante commence aux tercios par doblones et passes droitières, le tout bien engagé. Au centre, les derechazos sont réalisés sans peser sur la charge. Le bicho va a menos dans la seconde série. Talavante prend la gauche et ne domine en rien les charges qui sont de qualité. Présentant la muleta là où il devrait se placer, le matador tire des lignes. Une série à gauche connecte avec le public. La charge à droite est à ce stade décomposée et le torero recueille des applaudissements avec le remate de la main gauche. Le matador arrache quelques nouveaux applaudissements avec son final gaucher superficiel en deux séries lorsque sonne l’avis. Entière trasera et desprendida précédée d'un pinchazo. Saluts timides.
Les véroniques de Daniel Luque, à son premier, lavado de cara, sont poussées, brusques, sur la corne gauche à cause du vent. Face à l’épreuve du fer le cuvillo hésite d’abord, puis pousse, a menos, longuement en deux rations de piques bien portées. Les banderilleros Juan Contreras et Jesús Arruga, mis à l’épreuve par un animal pensif, saluent après avoir été poursuivis vers les tablas. Daniel Luque démarre son trasteo face à un animal qui gratte le sol et trébuche en avançant au pas. Avec aguante, le matador montre son habituelle fermeté. Le vent gêne mais Luque enroule à droite sans perdre de terrain. La charge du toro est molle. Luque fait l’effort de placement sans abuser des cites por fuera dans un trasteo sérieux, surtout du côté gauche. Un arrimón final, sans bouger, convainc la Maestranza. Des mondeñinas serrées précèdent une épée trasera, contraire, verticale et atravesada portée avec engagement. Oreille. Quelques palmas au toro.
Daniel Luque fait face à un dernier toro léger et armé long, qui bondit dans les lances en forme de brega. Le bicho combat tête relevée sous les piques et sort de la seconde rencontre suelto, tout en donnant un coup de sabot au peto... La charge du cuvillo est vive au second tiers. Antonio Manuel Punta salue. Brindis au public. Luque commence par des pases ayudados por alto suivis du pase del desprecio et trincherilla. Le premier passage à gauche est désordonné sans contrôle des trajectoires. À droite, le torero mélange les placements mais n’obtient pas une série compacte. Dans la suivante, la sensation est que le toro prend le dessus sur le torero. De nouveau sur la corne gauche, les naturelles, dessinées une par une, sont accrochées. Un passage avec un semblant d’arrimón ne peut masquer l’échec. Entière trasera, caída et tendida avec avis.
René Arneodau
Photos : lancesmaestranza.com


