Le lot de toros d’Alcurrucén était irréprochable de présentation. Quant au comportement, ce fut un mélange de combativité limitée, de mansedumbre affleurante et de forces diminutives. Face à ce pot-pourri, on retiendra la toreria de Diego Urdiales, le sérieux de Fortes et l’entrega de Parejo. La course dut être interrompue pendant 30 minutes après un orage massif tombé au cours de la première faena de Diego Urdiales. Nous avons pu constater à cette occasion l'efficacité du drainage du ruedo.
Après le paseillo, Las Ventas a invité Urdiales à saluer en reconnaissance de son triomphe de San Isidro le 28 mai dernier.
Le premier d’Urdiales, en Nuñez typique, tarde à se confier à la cape. Lors de la mise en suerte, il humilie sur les deux cornes avec une charge retenue. Il pousse fort sous le fer, tête relevée. Urdiales, manifestement intéressé par ses qualités, réalise un quite de mise en suerte par chicuelinas et media fort réussi. La seconde vara est courte. Fortes exécute un quite millimétré par chicuelinas et espaldina durant lequel il trébuche et tombe au sol. Par chance, l’animal est noble. Brindis personnel. Lors des premiers doblones et du toreo de tanteo, le matador est précautionneux. L’animal embiste docile dans les derechazos. Les naturelles dessinées en confiance vont a mas avec temple et profondeur, sans remate final, dans ce qui sera le point d'orgue de la course. Il poursuit ensuite sous une trombe de pluie, cette fois passe par passe, avant de terminer par pinchazo et épée basse. À ce stade, la corrida est interrompue pour cause d’intempéries pendant 30 minutes.
Le second d’Urdiales charge en crabe dans la cape du matador avant de fuir en querencia. Urdiales n’arrive pas à le fixer. Bonne première vara des deux protagonistes. Quite du matador par véroniques a más et demi-véronique, avec temple. Brindis décidé au public. En terrains de sol, Urdiales commence par ayudados por bajo. Citant à droite de loin, il réalise des muletazos par groupes de deux, dont certains sont profonds, avec des trajectoires para dentro. Dans la série suivante, il embarque et conduit les derechazos avec la ceinture, en lenteur. À gauche, c’est l’embestida qui ne s’accouple pas, le bicho arrêtant sa charge en chemin. Le matador insiste, passe par passe, en s'adaptant au défaut de la charge par le ralentissement des fins de muletazos. Malgré le défaut de cette charge, une partie du public accompagne le trasteo d’olés. Profilé loin du toro, Urdiales "pinche" la première entrée a matar. Au second passage, il porte une lame trasera et tendida. Salut.
Fortes, au second de la corrida, dans une piste détrempée, dessine des véroniques templées et deux demi-véroniques qui déclenchent les olés de Las Ventas. Le Núñez s’emploit sous une carioca, puis se dégonfle lors du second passage. Quite par tafalleras de Parejo. Brindis au public. Fortes réalise d’abord des doblones appuyés, terminés par trincherilla et desprecio de olé. Les droitières, bien que brouillonnes, sont citées et tirées sans concession aux techniques défensives. Il est désarmé sur la première naturelle, puis revient pour une série de derechazos serrée et liée. Encore désarmé lors d’un instant d’aguante à droite, il opte à nouveau pour des naturelles, réalisées une par une, alors que la faena baisse en intensité. Le toro est tardo et quelque peu probón. Il charge par moments, tête relevée, ce qui nuit au final à droite. Bernadinas finales dans un trasteo qui est allé a menos. Avis. Pinchazo en couvrant la tête. Puis un autre pinchazo avec course-poursuite à travers le ruedo, sans qu’aucun quite ne réussisse à détourner la charge. Entière caída. Ovation.
Le quinto est massif, avec des charges peu propices au toreo de cape. Sous la pique, le toro est peu combatif. Le trasteo de muleta débute par tanteo par le bas. La charge est fragile et irrégulière à droite, avec des mouvements parasites. Le matador traite les deux cornes avec application et un engagement louable à gauche malgré le calamocheo. En restant dans le terrain du toro à droite, il lie une fois, puis revisite la corne gauche avec engagement mais peu de réussite. Demi lame caída et atravesada. Plusieurs descabellos. Silence.
Christian Parejo, présent en remplacement de Mario Navas, affronte un premier Alcurrucén qu’il passe par delantales et media en avançant. Le toro pousse a menos lors de la première pique. La suivante est brève et médiocre de la part du varilarguero. Quite de Diego Urdiales, dont une véronique et la demi-véronique sont somptueuses. Brindis à Mario Navas. Au centre, Parejo cite de loin pour des derechazos dans lesquels le bicho trébuche. Dans la série suivante, il arrache des muletazos au toro réticent. Il insiste, sans amélioration, et sa muleta surdimensionnée nuit à l'esthétique du travail. Sur la corne gauche, il subit une voltereta dans les terrains de proximité. Le bicho, à ce stade, n’avance plus et le public proteste. Entière en sortant accroché et soulevé violemment, heureusement sans conséquence. Salut avec division.
Le sixième Alcurrucén charge avec violence la cape de Parejo. Face au cheval, le toro évite longuement la rencontre. Puis il charge al relance et pousse sous la pique. La seconde vara est exécutée pour la forme. Parejo dessine des passes terminées par le haut et citées sur jambe fléchie. Avec sa grande muleta, il envoie d’abord le toro por fuera dans les derechazos. L’Alcurrucén devient rapidement parado. Le torero insiste sans solution et le public s’impatiente. Plusieurs pinchazos, avis et descabellos.
René Arneodau