Madrid 12 octobre 2026 – 8ème et dernière de la Feria d’Automne – On attendait Morante de la Puebla et on découvrait Aarón Palacio le jour de sa confirmation d’alternative.

En ce jour de La Hispanidad, jour férié en Espagne, Las Ventas clôturait la feria d’automne et la saison taurine à Madrid par une corrida où réapparaissait Morante de la Pueble après son émouvante et fausse retirada de l’an passé à la même date. Est-ce l’appât du gain et des offres mirobolantes et trébuchantes ou un égarement sincère et émotionnel rapidement effacé qui le fit reprendre l’épée dès le dimanche de Pâques à Séville, cette année, et somme toute – c’est le cas de le dire – entreprendre une nouvelle saison taurine complète? Toujours est-il que son absence à la San Isidro mais sa présence en ce 12 octobre à Madrid provoquaient une élévation du nombre des abonnés à cette feria d’automne jusqu’à atteindre le maximum de 21.876 soit plus de 90% de la capacité de Las Ventas.  C'était ainsi la garantie de voir le “génie” de La Puebla. Bonne affaire pour Plaza 1… et pour Morante, on s’en doute. Mais revenons à nos toros et plus précisemment à cette corrida qui réunissait José Antonio Morante Camacho “Morante de la Puebla”, le Mexicain Héctor Gutiérrez, récent vainqueur de la Copa Chenel, et le jeune Aarón Palacio qui devait confirmer son alternative prise à Nîmes le 20 septembre 2025. L’attractivité de cartel était complétée avec des toros des élevages réputés de Garcigrande et de Nuñez del Cuvillo, toros habituellement réservés aux figuras… Aujourd’hui, ces toros n’avaient aucune idée de l’importance de la fête car ils furent les acteurs insignifiants et peu coopératifs du spectacle et la fête que l’on attendait – un nouveau no hay billetes – n’avait pas lieu. En effet, à l’exception de l’excellent premier de Garcigrande, les cinq autres traînaient leur corps massif – 5ème et 6ème – et leur physique limite –  les autres - pour convertir la corrida en un fiasco nuancé pour bon nombre d’aficionados dont la majorité faisait la comparaison avec la vraie corrida vécue la veille. Des bruits divers avaient accompagné le trasteo de Morante, systématiquement en sa qualité de figura mais aussi en souvenir du fameux happening de l’an passé…

Aarón Palacio toréait en premier  selon le rituel de la confirmation d’alternative, un toro de Garcigrande auquel il prodiguait aussi bien à la cape qu’à la muleta un grand nombre de passes, la plupart parfaitement exécutées. C’est surtout sur la droite que le jeune aragonais toréait avec facilité, des derechazos profonds et la passe de poitrine. C’était moins bien sur la gauche, le toro se serrait de ce côté, sans malice, et Aarón terminait la série en souffrant un achuchón.  Il se sortait de problèmes créés par un toro qui se déplaçait moins bien, se retournait. Il excellait en fin de faena par des passes aidées par le bas, jambe fléchie, un molinete invertido et la passe de poitrine, le tout en continuité. Avant de porter l’estocade, on reconaissait la suite de trois passes liées, le tres en uno, c’est dire la variété de répertoire de ce garçon.  Malheureusement, tout le bien que l’on pouvait penser de la faena s’évanouissait pour les pinchazos qui précédaient une estocade contraire, lorsque sonnait un avis. Le 6ème, un toro de Nuñez del Cuvillo de 595 kg., juste cinq ans, ne permettait rien, sans jus, sans transmission malgré le bon toreo, de trois-quarts, pour des naturelles qui n’éveillaient aucune réaction du public… L’estocade tendida, atravesada en terminait avec cette faena et de cette corrida de déception et frustration.

                              

Morante de la Puebla tentait de toréer à la véronique le deuxième de Garcigrande.  Des olés fusaient sans raison à chaque passe même lorsque la cape était accrochée, sur la gauche… À la muleta, le toro qui était allé trois fois au cheval, sans raison non plus, n’avait que des charges courtes qui ne plurent pas à Morante qui allait chercher l’épée de matar pour se débarasser habilement de l’animal. Le 4ème, sifflé à sa sortie du toril - à juste titre -  recevait des capotazos avec enganchones. La brega de Fernando del Toro était la bienvenue pour montrer une certaine qualité de charge du toro après une suerte de varas de laquelle il sortait repuchándose, à reculons. La faena débutait par des ayudados por alto, très toreros, au fil des barrières. La naturelle et la passe de poitrine en remate de cette longue série, auguraient au moins ce que les aficionados attendaient… Il fallait déchanter car si Morante égrenait de bonnes naturelles, courtes, ce n’était qu’après des accrochages de muleta ou des replacements pour reprendre la série ainsi interrompue. Une série de naturelles serrées, dans une attitude et geste inimitables, marquait le sommet de la faena et de l’actuación du maestro. Et ce fut tout! Un metisaca et une demi-estocade tendida. Un avis.

                               

Héctor Gutiérrez, Mexicain d’Aguascalientes était déclaré vainqueur de la Copa Chenel 2026 en juillet dernier. Cela lui valait d’être au cartel d’aujourd’hui. En réalité, il était un inconnu pour le grand public et le toreo classique, dépuré, un peu froid, qu’il exhibait, ne soulevait que quelques ovations. Lorsque il tuait d’une seule estocade, delantera, la pétition d’oreille était trop timide pour convaincre le président de sortir le mouchoir. Pourtant la faena que l’hidrocalido avait développé méritait une récompense. La vuelta, à la limite, n’était même pas demandée. L’élégant tanteo, un trincherazo, les cites et tout un ensemble de suertes bien exécutées représentait une technique bien appliquée, avec sobriété, sans grands effets théatraux qui auraient peut-être mieux convaincu le public (qui attendait Morante au prochain toro). Les bonnes charges du premier nuñez-de-cuvillo., noble et obéissant, permettaient la longueur des passes où excellaient des naturelles.  Des bernadinas, une capeina et la naturelle de remate, dans le même terrain, marquaient la fin d'une faena méritoire et de bon niveau. Le 5ème, un toro insipide, sans entrega, quasiment pas piqué, ne se réveillait que dans une séríe de naturelles qu’il prenait avec nervosité. Héctor Gutiérrez ne pouvait rien pour sortir le public de sa torpeur. Estocade caidilla.

                           

Morante de la Puebla: silence; un avis et división d’opinion (palmas y pitos). Héctor Gutiérrez: saluts: silence. Aarón Palacio: un avis et saluts; un avis et silence. En ce jour de l’Hispanité, la Marche Royale, hymne national espagnol était joué au terme du paseíllo. 23.964 places vendues, no-hay-billetes.

Georges Marcillac

Ce contenu a été publié dans Georges Marcillac Escritos, Madrid. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.