Le mano a mano de la corrida d’aujourd’hui était la juste récompense pour les deux matadors et leurs sorties a hombros lors de la dernière San Isidro devant des toros d’Adolfo Martín et Victorino Martín respectivement. Les prestationa d’Antonio Ferrera et de “Román” étaient couronnées d’un triomphe majuscule en cette avant dernière corrida de la Feris d’Automne. Ils se surpassaient dans un toreo parfois barroque mais pur de l’Extremeño et dans celui du Valenciano, empreint de vaillance et abnégation. Depuis 2022, on n’avait pas assisté à deux sorties a hombros concomitantes à Las Ventas. Les toros d’Adolfo Martín montraient les difficultés caractéristiques de leur encaste, certains rapidemment avisés, pas trop vaillants sous les piques, le 5ème allait trois fois, au cheval, il était bien piqué…; suivait le 6ème “Revoltoso-34” qui produisait les meilleures embestidas pour assurer le succès de “Román”. Tous cinqueños. Les cuadrillas, de luxe, furent aussi les protagonistes notables de cette corrida, la meilleure de la temporada à Las Ventas.
Antonio Ferrera toréait, d’entrée, un toro exagérément cornivuelto qui répétait dans la cape verte, de “chiffe molle”, meilleure la charge à droite qu’à gauche, pour le moins claire. Après un passage sans histoire au cheval, ce toro raccourcissait sa charge de telle sorte qu’Antonio Ferrera devait le toréer sur les jambes, esquivant ses retours par le bas. Une estocade caidilla, atravesada, passant bien la corne droite, après un pinchazo. Le troisième de non “Aviador”, nom célèbre de plusieurs toros d’Adolfo Martín, cornipaso, se promenait autour de l’arène, barbeando, fuyant la cape d’Antonio Ferrera pour enfin être entrepris au centre du ruedo. Il allait al relance au cheval pour la première pique et ne s’”employait” guère contre le peto. Il grattait le sol, aussi durant le deuxième tiers. À la muleta, le toro ne se déplaçait pas, il n’”humiliait” pas et ne semblait pas être très sûr sur ses pattes… jusqu’à être mis dans la muleta pour des naturelles méritoires exécutées en mouvement, sur les jambes. La surprise venait aussitôt après, AF se débarrassait de l’épée ayuda et il instrumentait, vertical, des passes "templées, de la droite, suivies de séries de naturelles courtes, pieds joints, dans ce style particulier à la fois de vivacité dans le geste et abandon en fins de passes, sans obligatoirement l'habituelle passe de poitrine. Un muletazo par le bas en remate et AF s'éloignait du toro, de quelques pas, faussement désinvolte, triomphant quand même! Une merveille! Avec l’épée de muerte, il prenait de la distance et, muleta sur l’épaule, il s’avançait vers le toro et en mouvement, il portait une estocade verticale en bonne place. L’oreille était de rigueur! Le 5ème, un toro cárdeno, long de corps, était reçu par des véroniques bougées mais maitrisées. Après le brindis au public, Antonio Ferrera entamait la faena par des doblones pour de belles charges du toro., sur la droite Au centre, la première série était bougée, lorsque, juste après, les naturelles étaient dessinées pieds joints. A partir de cet instant, la faena se déroulait sous les olés et ovations, dans une succession de naturelles, tantôt à droite et tantôt à gauche, courtes dans leurs trajectoires sans “humilier” le toro, toujours dominées avec torería. Des remates par molinete, passe de poitrine pieds joints, tout une gestuelle de naturel et arrogance à la fois, L’estocade a recibir, soutenant une longue charge, fut le sommet de cette importante faena, émouvante dans sa réalisation et surtout efficace pour son emplacement et résultat. Il y eut pétition de la deuxième oreille. On avait aussi remarqueé le dynamisme d’Antonio Ferrera au cours de plusieurs quites, capotazos par le haut à la sortie des piques, un par rogerinas, un autre par chicuelinas, un aussi par faroles… toujours avec son capote aussi original dans sa couleur que par son indéfinissable texture.

“Román” Collado devait affronter trois toros qui apportaient, chacun à sa manière et dose de dangeurosité, qui retenaient l’attension et la tension du public. Son premier était protesté à la sortie du toril, hechuras justes et poids de 506 kg,, il montrait peu de codicia. jettant ses pattes avant dans la cape, ainsi qu'un comportement irrégulier sous les piques, mettant les reins pour ensuite ne pas combattre contre le peto. À la muleta, ce toro avait tendance à se serrer sur le côté gauche. Au début, le toro doutait et Román restait ferme, avec aguante et réussissat une bonne série de la droite, Sur la gauche, il en allait de même, avec en plus le défaut de se serrer de ce côté. Le toro devenait “avisé”. Estocade trasera, desprendida. Fernando Sánchez se montrait adroit au premier coup de puntilla Oreille non accordée malgré la pétition. Malgré tout, le public forçait la vuelta al ruedo. Le 4ème présentait de meilleures hechuras et armures, acucharado et veleto. Il inspectait les barrières, barbeando. Dans les capotazos de brega, il passait bien sur la droite, pas autant sur la gauche, d’une charge “templée” également au sortir des piques. Â la muleta, les premiers muletazos de la gauche n’étaient pas parfaits, la passe de poitrine meilleure. Tardo le toro, il relevait la tête en fins de passes. Román restait ferme face à ce toro peu commode, qui gardait la tête à mi-hauteur, qui grattait le sol, s’arrêtait aussi… Sur un derechazo survenait la cogida et surtout au sol, le toro portait des coups de cornes dans le bas dos… Román reprenait le combat et devait batailler avant d'enchaîner des naturelles se croisant, risquant une nouvelle cogida. Sur la droite, les passes étaient liées au prix d’un mouvement constant car le toro présentait un risque latent des deux cornes… Au moment où Román se profilait pour la mise à mort, sonnait un avis inopportun! L’estocade était portée avec décision, la jambe droite esquivant de peu la corne droite. Pétition d’oreille pour le risque encouru, l’émotion de la cogida et l’efficacité de l’épée. Le 6ème montrait une charge de long tracé dans la cape, se réduisant à mesure des véroniques de réception comme plus tard dans la muleta. Les doblones confirmaient la qualité des charges et, à l’entame de la faena, Román optait pour des naturellees “citées” à distance, “templées” bien que récriminées pour un défaut de position que Román corrigeait aussi bien dans les séries suivantes de naturelles et de derechazos. Toutefois, ce n’était pas aussi facile qu’il n’y paraissait car, les charges se réduisant, Román devait mesurer le temps et la distance de l’embroque. En position jambes semi-fléchies, des ayudados por bajo et la passe de poitrine donnaient un certain caractère artistique et de maîtrise à cette faena couronnée d'une estocade verticale, desprendida. Le toro tardait à se coucher. La main, le bras de Román ne tremblaient pas pour un unique descabello. L’oreille était unanimement sollicitée et accordée.

| Antonio Ferrera: silence; un avis et une oreille; un oreille et pétition de la seconde. “Román”: une vuelta al ruedo; un avis et une oreille; une oreille. Des cuadrillas se distingaient aux banderilles et saluaient Iván García et Pascual Mellinas au 1er, Ángel Otero de même au 5ème. Les toros sortis 5ème et 6ème était applaudis à l’arrastre. No-hay-Billetes. Les deux matadors avaient été invités à répondre à l’ovation au terme du paseíllo. |
Georges Marcillac