La deuxième novillada de la Feria d'Automne affichait Álvaro Serrano, le novillero de Navas del Rey, seul pour affronter six novillos de six ganaderías différentes. On se souvient de sa sortie a hombros par la Grande Porte de Las Ventas lors de la dernière San Isidro et cette novillada prétendait le récompenser de ce succès retentissant. Il était invité à saluer sous l’ovation après le paseillo. À cette occasion, il était accompagné de deux sobresalientes, Aitor Fernández et Héctor Roberto.
Il est bon de rappeler que seuls six novilleros se sont annoncés pour un « seul contre six » dans l’histoire de Las Ventas. Depuis Juan Antonio Alcoba "Macareno" en 1968, jusqu’à Álvaro Serrano aujourd’hui.
Les six novillos étaient impeccablement présentés, devant un public qui remplissait les tendidos et se montrait favorablement disposé. Tout semblait annoncer un triomphe. Au troisième novillo, une grave cornada infligée à Álvaro Serrano a bouleversé le déroulement du festejo. Les sobresalientes ont tenté, sans succès, de pallier le vide créé par cette malencontreuse blessure.
Le premier novillo de Domingo Hernández est hondo et peu armé. Il charge sur l’extérieur de la cape, sans que Álvaro Serrano soit en mesure d’ajuster ses lances de cape, les toques de la bamba envoyant le novillo au loin. C’est lors de la deuxième tentative qu’il améliore les véroniques, le delantal ainsi que la demi- véronique et la revolera de remate. Le novillo donne des coups de tête lors de la première puya, trasera. Le novillero exécute un quite décidé par tafalleras et caleserinas. Un picotazo complète le tiers. Serrano réalise un second quite au centre par des véroniques volontaires, dont certaines sont bougées. Brindis au ciel (grand-père décédé au printemps, cette année). Le tanteo est mené avec détermination face à un calamocheo gênant. À droite, le novillero lie des séries qui imposent des trajectoires a más, surtout lors de la seconde. À gauche, il doit se reprendre à plusieurs reprises, quelques naturelles étant profondes. Le novillero a tendance à terminer ses séries soit par une passe par le haut avant le remate, soit par un retrait, les pieds joints, avant le remate. Ce fut le cas dans la série droitière dessinée avant de récupérer l’épée de matar. Les ayudados de fin de trasteo, avec pase del desprecio et trincherillas, sont, comme l’ensemble de la prestation, réalisés avec détermination, mais non sans imperfections. Entière atravesada et desprendida qui ressort seule. Forte pétition d’oreille et salut.
Le novillo de Fuente Ymbro a le trapío d’un toro d'âge. Les premières charges sont retenues et incertaines. Le torero hésite à se confier. Piqué trasero, le toro révèle sa mansedumbre. La seconde pique est prise al relance, alors que le toro est à peine sorti de la première. Placé loin, le bicho retourne au cheval sans conviction. Serrano entre en quite par navarras de bon goût, quite bien choisi pour cet animal. Brindis personnel. Les doblones initiaux orientent la trajectoire vers l’extérieur. Le calamocheo marqué du novillo met le novillero sur la défensive à droite. À gauche, il plante les pieds et tire des naturelles profondes, mais le toro se décompose et "rompt" plusieurs fois le combat au cours des deux séries sur cette corne. Serrano insiste à gauche, passe par passe, avec une attitude supérieure à celle de son opposant. Plusieurs pinchazos, le torero couvrant la tête sans utiliser la main gauche pour faire "humilier" le novillo. Une lame horizontale. Deux descabellos. Silence.
Le novillo du Conde de Mayalde est sérieux. Álvaro Serrano exécute un farol de rodillas puis se fait enfermer par des charges courtes dirigées vers l’intérieur lors des véroniques. Face au cheval, l’animal reçoit une puya, trasera rectifiée, puis pousse brièvement avant de fuir vers la querencia. La brega de Serrano est laborieuse. Lors de la seconde pique, le conde-de-mayalde confirme son fond de mansedumbre. Quite du novillero par faroles invertidos et larga afarolada enjoués. Serrano débute par ayudados por alto et por bajo alternés, terminés par trincherillas et desprecio de ¡olé!. Sur la droite, il fait le pari de dominer une charge compliquée. La cogida survient sur une passe de poitrine alors que le torero fait preuve d’une entrega notable. Il est transporté à l’infirmerie, atteint d’une cornada grave à la jambe droite. Le premier sobresaliente, Aitor Fernández, porte un coup d’épée précautionneux.
Le novillo de Luis González Conde échoit au second sobresaliente, Héctor Roberto. Il est montado, aleonado, corniapretado. Le torero réalise une entrée en matière par de nombreuses véroniques bien plantées et une demi-véronique de remate. Sous la pique, le bicho est bien piqué et pousse brièvement. Placé loin, il retourne en contournant le poitrail de la monture. Quite d’Aitor Fernández par véroniques tendues et mécaniques. Brindis à la porte de l’infirmerie. Le tanteo est posé et élégant. Roberto réalise des séries sur les deux cornes avec calme malgré la pression des circonstances. Survient un desarme, et tout change. La charge devient courte et le torero perd de son assurance. À droite, il garde la muleta en arrière et reprend confiance lors de deux naturelles au cours d’une série dans l’ensemble mobile. Quelques ayudados por bajo précèdent un bajonazo en metisaca, le torero couvrant la tête avec la muleta. Suit une entière trasera et caída réalisée dans le même style. Salut.
Le novillo de Montealto, un tío, est reçu par Aitor Fernández avec précaution et fébrilité. Le novillo charge au pas. Il tarde à révéler ses intentions et les charges sont retenues. Il se révèle manso lorsqu’il refuse la confrontation aux piques Finalement, à proximité du peto, il charge et pousse la monture, qui s’effondre au moment de la rupture de contact. Piqué au réserve, sous une bronca majuscule (le cheval titulaire était relevé), le bicho pousse a menos. Víctor del Pozo est ovationné au second tiers. Brindis à la porte de l’infirmerie. Les premiers muletazos par le bas révèlent une charge intense mais noble. Le novillero l’entreprend à droite avec des placements et des trajectoires défensifs. On sent qu’il hésite et tâtonne. À gauche, la charge est retenue et le torero abandonne. Un nouveau passage à droite confirme les limites du novillero, qui n’a pas été en mesure de saisir l’opportunité offerte par les charges nobles du montealto. Demi-lame atravesada. Une autre, identique, est trasera. Descabellos. Silence.
Le novillo de Julio de la Puerta, un jabonero, acapachado, montre les pointes. Il déborde quelque peu Héctor Roberto dans les véroniques de réception. Le novillo pousse sous une carioca. Il charge de loin pour une seconde pique, mais hésite rapidement à poursuivre l’épreuve. Brindis au public? Au centre, Roberto cite pour un triple péndulo, avec la muleta accrochée. La première série droitière va a más et est ovationnée, tant la charge est intense. Volteado, le novillero poursuit à gauche en terrains trop proches, étouffant la charge. Il poursuit à droite sans l’assurance nécessaire pour dominer une charge qui va a menos. Le trasteo se décompose. Multiples pinchazos en prenant le large, un avis et un descabello. Silence.
René Arneodau


