Madrid 9 octobre 2026 –5ème de la Feria d’Automne – Israel Guirao coupe une oreille et gagne la finale du XIV Camino Hacia Las Ventas.

Israel Guirao

Les tendidos de Las Ventas étaient couverts aux deux tiers pour cette novillada sans picador, finale du certamen « Chemin vers Las Ventas ». Les erales de Guadajira, homogènes en présentation, donnèrent un jeu utile, manquant généralement de bravoure. Des trois finalistes, Joaquín Manzur, Mexicain, élève du CITAR (*), Israel Guirao de Valencia, élève de l'Ecole Taurine de Navas del Rey (Madrid) et Marco Peláez, Mexicain, de l'Ecole Taurine de Colmenar Viejo (Madrid),  on retiendra la prestation mature et sérieuse d'Israel Guirao à son second, et les détails de Marco Peláez à son premier.

(*) Centro Internacional de Tauromaquia y Alto Rendimiento (Guadalajra)

Joaquín Manzur

Le premier novillo de Joaquín Manzur, cornidelantero, met la tête dans la cape avec entrega plus que classe, accroche la toile, reste distrait et abanto, surtout lorsqu'il sort du côté droit. Le novillero ne le fixe pas. Israel Guirao réalise un quite par gaoneras, accrochée la première, puis rattrape la prestation par un demi-farol, l’ensemble volontaire. Manzur répond par saltilleras et brionesa. La charge du novillo est lancinante, en bascule avant-arrière. Brindis au public du Mexicain qui démarre, genoux en terre, par ayudados por alto fébriles. Au centre, les derechazos, décentrés dès le cite, sont marqués par la marginalité de la position et les lignes droites de la muleta. La seconde série est un peu plus réunie, sans toutefois cargar la suerte. Le même concept guide les naturelles qui ne déclenchent aucune émotion sur les tendidos lors de deux séries. Toujours fuera de cacho et citant avec le pico, le torero revient sur la corne droite dans un ensemble trop fade pour Madrid. Les manoletinas "citées" à genoux sont le point haut du trasteo. Entière trasera, contraire et tendida. Avis. Descabello. Silence.

Le second de  Joaquñin Manzur est accueilli par des véroniques appliquées plus qu’artistiques. Quite de Guirao par gaonera, medio farol et caleserina. Manzur tente des gaoneras à genoux qui s'avèrent compliquées à réaliser. Brindis au public. L’entame du trasteo sur les deux mains est précautionneuse. Manzur "cite" de loin à droite et tire des derechazos, compas ouvert, corps penché en avant, peu du goût de la plaza. Les naturelles sont accélérées sans dominio. Le novillo bouge la tête en la gardant relevée. Le concept du jeune torero est trop marginal pour transmettre en ces lieux. Entière tendida. Avis. Palmas au novillo. Silence.

Israel Guirao

Israel Guirao affronte un premier novillo ouvert de pointes, bas sur pattes et harmonieux. Les véroniques sont pausées, avec mando, avec un ajustement efficace des distances. Marco Peláez exécute un quite par véroniques esthétiques et "templées" auquel répond Guirao par chicuelinas serrées. Brindis personnel. Au centre, Guirao "cite" pour un péndulo et derechazos en se retirant ostensiblement de l’axe de la charge. Les naturelles, croisées dans le cite, se poursuivent sur la défensive et avec desarme. Les suivantes sont "citées" de face ou de trois-quarts en allongeant la charge en ligne. La faena va a más sur la corne droite avec une baisse de régime du novillo. Le novillero "cite" de loin pour redonner de l’allant à la charge et dessine des droitières en se retirant de l’axe de charge sur les retours. Les trajectoires sont dessinées para dentro. Des naturelles, une par une et engagées, sont suivies d’un arrimón à droite alternant derechazos, circulares et pase del desprecio. Des manoletinas précèdent deux avis, deux metisacas en mauvaise place, des pinchazos et une demi-lame défectueuse. Le bicho se couche juste avant le troisième avis. Silence.

Israel Guirao accueille son second par larga cambiada de rodillas suivie de véroniques "templées" que, de toute évidence, il maîtrise. Quite par chicuelinas, mains hautes, de Peláez. Brindis au public. Aux tercios, Guirao torée avec temple et termine par la "passe du mépris" . Tout est réalisé avec douceur et facilité. Pas de toreo défensif, mais à ce stade peu d’émotion. C’est dans les naturelles que viennent les meilleurs moments, main basse, faisant passer les cornes proche des chevilles. La suite à droite enroule avec dominio la charge docile du novillo. Le final gaucher baisse de ton. Bernadinas et ortinas enthousiasment les tendidos au meilleur moment particulièrement au moment où le novillero inclut à son remate une arrucina enchaînée à un changement de main et passe de poitrine sui generis. Estoconazo. Palmas au novillo et oreille.

Marco Peláez

Le troisième novillo pour Marco Peláez est d’abord abanto, puis il charge tête haute dans la cape du torero d’Apizaco. Peláez est néanmoins efficace cape en main. Manzur "cite" au centre pour un quite par gaoneras électriques. Peláez, quant à lui, réussit le même quite avec un remate par caleserina puis larga cambiada salvatrice à genou alors que le bicho lui a fait un croche-pied qui l’a envoyé à terre. Jesus Robledo "Tito" et "Niño de Aravaca" saluent au second tiers. Brindis de Peláez au public. Le novillo sautille dans les premiers muletazos alternés sur les deux cornes. Le Mexicain montre un bon concept tant dans le placement que lors des naturelles, malgré le calamocheo et la tête haute de l’opposant. À droite, la prestation est laborieuse car le novillo est sur la retenue. Avec un ajustement du placement, le novillero lie des derechazos méritoires en deux tandas qui plaisent aux tendidos. Les naturelles suivantes, une par une, sont appliquées en se croisant entre les passes. Entière caída en montant sur le garot. Avis et plusieurs descabellos. Salut mérité.

La novillada se termine avec Marco Peláez a puerta gayola pour un farol bien soutenu lorsque le bicho vient au pas. Suivent des lances sans continuité. Manzur entre en quite par tafalleras, medio farol, caleserina etrevolera. Peláez est quant à lui mis en difficulté lors de sa tentative par véroniques. La faena débute par doblones peu appuyés. Le novillo est distrait et calamocheo dans la muleta. Dans les derechazos, le bicho tire vers la querencia des barrières ce qui empêche toute ligazón. La suite confirme son manque de combativité malgré l’insistance du Mexicain. À gauche, le novillo se retourne dans les chevilles. Rien n’y fait, le trasteo est impossible. La lidia s'imposait. Metisaca et entière trasera et caída. Silence.

René-Philippe Arneodau

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