On pourrait ajouter au titre de la chronique la présence du Madrilène José Ignacio Uceda Leal à cette corrida pour la célébration, à un jour près, des trente ans de son alternative. À cette occasion, il revêtait un costume blanc et argent comme celui de son passage à matador de toros à Madrid le 3 octobre 1996. Pour cela il avait souhaité affronter des toros de Victorino Martín pour donner plus de poids à cette célébration avec l’appui du public madrilène qui l’accompagna tout au long de sa carrière. On le sait, une corrida de toros qui se voudrait un évènement notable, même mémorable en hommage à une personnalité, en souvenir d’une éphéméride, ne dépend finalement que du “bon vouloir” des toros à participer à la fête. Malheureusement les faits sont là et les aficionados peuvent en témoigner, les toros sont très souvent des trouble-fêtes. Aujourd’hui, d’une certaine manière, José Ignacio Uceda Pérez dit “Uceda leal” fut victime de cette néfaste circonstance et le résultat de sa prestation à Las Ventas ne correspondait sûrement pas à ses expectatives. À celle des aficionados non plus.
Les toros de Victorino Martín, les trois premiers plutôt d’apparence vareados, les tois derniers plus cuajados, tous répondaient au phénotype de la maison, c’est-à-dire de l’encaste Albaserrada, de pelage cárdeno, d'armures développées, large ouvertes, cornipasos ou cornivueltos, approchant les cinq ans. Au comportement, les trois premiers permettaient des faenas, les trois derniers décourageaient leurs matadors pour les complications qu’ils présentaient, le cinquième faisant le bonheur des aficionados “toristas” pour sa présence, sa puissance, son agressivité et résistance, malgré une suerte de varas que l’on aurait souhaitée plus orthodoxe et ordonnée.(photo ci-contre)
Le premier victorino sautait dans la cape d’Uceda Leal pour ensuite charger "humilié"sur la gauche. Il s’arrêtait à la sortie des piques et réservait ses charges au deuxième tiers pour les deux premières paires de banderilles des omniprésents Ivan García et Fernando Sánchez. Le déplacement mínimum de ce toro dans la muleta était assorti d’un derrote en fins de passes ou bien d’un retour vif à mi-hauteur. Ces complications obligeaient Uceda Leal à “rompre” au passage du toro aussi bien de la gauche que de la droite. Une estocade verticale, caídilla, portée à distance réduite selon le style du Madrilène, suffisait. L’attitude fébrile, peu assurée d’Uceda Leal face au 4ème, était visible dès les premiers capotazos en brega vers le centre du ruedo… Le toro était quasiment mis sous le cheval pour être piqué exagégément au deuxième contact. Le manque de confiance d’Uceda Leal se manifestait dès les premiers muletazos alors que, en “perdant “ quelques pas, le toro semblait entrer correctement par inertie dans la muleta… A gauche, imposible!, le toro se couvrait de ce côté là. Au moment de porter un pinchazo, Uceda Leal était soulevé par la corne droite par l’entre-jambe. Frayeur! Estocade bien placée pour finir.

Après les premiers capotazos près des barrières, Paco Ureña conduisait le toro sorti deuxième vers le centre du ruedo, par des passes suaves, “templant” la charge alternativement à droite et à gauche. Après la première pique, il était évident que le toro était juste de forces, caractéristique confirmée après la deuxième et aux banderilles. La faena de Paco Ureña était marquée de sa capacité d’avoir pris la mesure de la limite des forces du toro en lui servant des passes suaves, de la droite. C’est après un changement de mais, donc sur la gauche que Paco Ureña dessinait des naturelles, le toro fléchissant à la troisième. La suite se composait encore de naturelles, lentes, d’irrégulières factures mais sincères. Une série de derechazos soulevait l’ovation et olés, Paco Ureña dominant bien la situation avec aguante lorsque le toro avait douté avant de charger. Une dernière tanda de la droite et passe de poitrine assortie d’un avis concluait la faena avant que furent portés un pinchazo suivi d’une estocade trasera, un peu tombée. Revenait à Paco Ureña, le 5ème toro, précédemment cité, un toro combatif dans la cape,ainsi que sous le cheval qu’il soulevait après une forte et violente charge bien encaissée par le picador “Richi”. L’ovation du public tournait à la bronca pour la deuxième rencontre sans préparation à distance, public frustré de la suerte de varas comme les canons l’exigent. Le toro conservait son agressivité aux banderilles, le troisième de la cuadrilla Álvaro López “Azuquita” perdait pied devant de toro après avoir planté une paire de banderilles, de sobaquillo… Il n’y eut pas de faena… La panique s’était installée dans le ruedo et, après quelques coups de chiffon, Paco Ureña prenait l’épée de matar pour une demi-estocade atravesada. Le public avait pris parti pour le toro et le torero recevait une bronca.

Borja Jiménez, comme ses compagnons de cartel l’avaient fait, amenait à la cape le toro sorti 3ème, le plus léger du lot avec 519 kg, au centre du ruedo. Ce toro montrait une belle course et charge continue après les piques et lors de la brega de Juan Carlos Rey. Borja “brindait” la mort de son toro à Uceda Leal, joli geste au vétéran matador du quartier madrilène d’Usera. Le début de faena par doblones et la passe de poitrine doublée après un vistoso changement de main confirmait la bonne condition du toro. La première série de la droite n’était pas parfaite, Borja Jiménez ne s’étant pas adapté à la charge du toro. A gauche, c’était meilleur, des sautes de vent gênaient le trasteo du torero d’Espartinas (Séville), et les naturelles courtes, le buste penché, ne recevaient qu’une faible approbation du public. D’autres naturelles en “perdant” quelques pas, étaient mieux accueillies… Une estocade magistrale… de la part de Borja Jiménez piètre matador cette saison… concluait cette faena et méritait une forte ovation. L’oreille était demandée par une grande majorité du public et accordée. Le 6ème, en mouvement continu, déconcertait les hommes de Borja Jiménez, sauf Juan Carlos Rey qui plantait deux paires de banderilles, poursuivi jusqu’aux tablas. Aux piques, le toro était allé presque au pas vers le cheval et “Tito” Sandoval n’avait aucune difficulté pour placer la puya. Le toro ne s’était pas battu sous la seconde… Le mouvement continuel du toro, maintenant au pas, sans “humilier” et les cornes chercheuses, n’inspiraient pas confiance à Borja Jiménez qui prenait aussitôt l’épée pour un pinchazo et une épée entière, dans le désordre et commentaires de public troublé par cette fin surprise.

| Uceda Leal: silence; saluts (qui avaient l’air d’adieux….) Paco Ureña: un avis et saluts: bronca. Borja Jiménez: une oreille, silence. Un nouveau no-hay-billetes malgré quelques vides aux andanadas. Temps nuageux et fraîcheur automnale. |
Georges Marcillac
Photos Plaza 1