La Tauromachie devenue le symbole d'une manipulation de masse.

Ceux d'entre vous qui suivent attentivement et régulièrement les nouvelles taurines n'avez pu passer à côté des nombreuses prises de positions des élus Espagnols faisant de la Tauromachie un point d'ancrage de leur communication populiste.  Durant de longs mois de campagne électorale ibérique des élus de tous les bords mais surtout de Podemos, des indépendantistes et du PSOE ont choisi de jeter en pâture le peuple du toro dans l'arène des élections et des promesses inconséquentes pour l'avenir du pays.  Les annonces contre les tauromachies sont tellement nombreuses qu'il serait indigeste de les lister.  Disons qu'elles ne se limitent pas aux corridas.  Toutes les fêtes populaires autour des toros étant maintenant attaquées.  Le peuple a voté et il est fort probable que le recul des partis précités ait un certain lien avec leurs prises de position contre le peuple des toros.  Leur erreur a eu des conséquences qu'ils n'avaient pas anticipées.  Leur démarche est d'autant plus illusoire qu'une fois la corrida disparue, l'Espagne ferait encore et toujours face à tous les mêmes démons qui meurtrissent actuellement sa société et son économie.   Attaquer la tauromachie est un écran de fumée et les méthodes employées sont inacceptables.

Depuis plusieurs années des Aficionados éclairés ont œuvré dans de nombreux domaines pour informer les citoyens et protéger la tauromachie.  Nous ne cessons d'avancer des arguments comme si la bataille devait se gagner sur le terrain de ceux-ci et nous voyons aussi bien en Espagne qu'en France, que nous sommes souvent inaudibles et que l'étau se resserre sur nos traditions.  Quel est donc ce phénomène qui fait que, malgré des lois, des recours constitutionnels, des argumentations par des personnes honorées et respectées, des manifestations populaires, des Ferias où se réunissent des dizaine de milliers de citoyens, nous soyons continuellement obligés de lutter et nous justifier pour faire valoir ce que  nous sommes, faire respecter nos traditions et nos droits ? Très clairement c'est parce qu'un mouvement de manipulation de masse est en marche ayant pris pour cible la tauromachie. Le peuple taurin est l'objet d'attaques pour le contrôle des âmes et du porte-monnaie  de citoyens naifs, étourdis par des manipulations fondées sur la sensiblerie et un moralisme déguisé.

Jamais dans les médias généralistes n'est-il permis d'entrer dans le débat tauromachique par le biais de  l'historique, de la culture et de la philosophique.  Tous se concentre autour d'une supposée morale  prise à son niveau le plus primaire, instinctif et irrationnel, c'est à dire au niveau des pulsions qui sont les plus aisées à stimuler chez des êtres dont les connaissances en la matière sont limitées.  Une morale dont les sectaires affirment qu'elle devraient s'appliquer urgemment à la tauromachie.  Mais ce que nos concitoyens ne voient pas venir ce sont les effets de ce sectarisme qui a par ailleurs défini une stratégie de chamboulement de la relation homme-animal jusqu'aux limites d'un raisonnement pervers.

Ces méthodes sont exactement ce qui a conduit, en d'autres temps, nos sociétés au racisme, à la xénophobie, à l'homophobie, à la misogynie, à l'antisémitisme, à la discrimination.  Comme lors de ces périodes sectaires, on interdit au peuple du toro de communiquer et d'argumenter  sur ce qu'est le toro de combat et ce qu'est réellement la tauromachie, et on le pourfend d'accusations fallacieuses de torture, de mort d'animal, de maladie mentale, d'intentions malsaines, et autre pour que nous apparaissions comme des démons et ainsi pouvoir faire naître et prospérer un dégoût dans l'esprit de nos concitoyens.  Du clientélisme à l'oeuvre. Pendant que la corrida, avec ses quelques milliers de toros mis à mort, est présentée comme une tradition à exterminer, des millions de poissons agonisent à la vue de tous chaque jour sur nos étals, des dizaines de milliers d'animaux de compagnie sont euthanasiés chaque année dans nos refuges, des centaines de milliers d'animaux meurent agonisant sous les attaques de leurs prédateurs parce qu'ils en sont la proie.  Tout ceci n'empêche pas les animalistes de développer de grands raisonnements bancales sur le bien-être ou la mort animale, pour autant que leur application puisse avoir un effet sur des hommes.  Car vous l'aurez compris le droit des animaux ne s'appliquera jamais pour la gazelle qui agonise et meurt lentement sous les crocs de la lionne, ni pour le bébé gnou déchiqueté par le crocodile dans les rivières d'Afrique.  Seul compte le fait de pouvoir imposer à des êtres humains des contraintes,   prétextant que seule la mort animale aux mains des hommes doit être interdite.

Durant la Feria de San Isidro 2016 j'ai voulu voir de mes propres yeux l'exposition "Les autres Tauromachies" invitée à se produire, par la Maire de Madrid affiliée à Podemos, à la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando rue Alcalá, en plein centre de Madrid.   Georges Marcillac avait révélé en son temps cette mascarade.  Je m'attendais au pire et j'ai été servi.  Pour ceux qui ne le savent pas cette exposition était totalement anti-taurine. L'entrée y était gratuite et curieusement lorsque j'y suis allé il n'y avait que 7 personnes, moi y compris.  On y voyait les images habituelles des anti-corrida, sorties de leur contexte, ayant pour but de choquer les visiteurs qui n'auraitent aucune connaissance de la corrida. Aux mensonges habituels s'ajoutait pourtant une démarche qui m'est apparue intolérable. En effet une des présentations était un texte manuscrit contenu dans deux cadres, accrochés de part et d'autre d'une photo/dessin de torero (Javier Cortes) dont le capote de paseo apparaissait dégoulinant de sang.  Dans le texte il était perpétré une insinuation gratuite et diffamatoire assimilant le torero à un psychopathe.  Ceci étant considéré, incroyablement, comme de l'Art par les exposants, le musée et les autorités locales.

Une insulte qui ne serait pas tolérée dans d'autres circonstances.

Une insulte qui ne serait pas tolérée dans d'autres circonstances.

En tant qu'aficionado je me suis senti  insulté par cette agression.  En effet une telle diffamation rejaillit sur tous les aficionados et taurinos, présents ou passés qui aimons la tauromachie.

Si ce qui se déroule contre la tauromachie  était pratiqué dans n'importe quel autre domaine, cela conduirait à des réactions outrées et à des interdictions.   On ferait cesser immédiatement les agressions inacceptables dont nous sommes, aujourd'hui l'objet.   Imaginez-vous un instant qu'un musée de renom accepterait d'exposer une soit-disant exposition d'art qui présenterait l'image d'un homosexuel, d'une femme, d'un noir, d'un arabe, d'un juif en l'encadrant d'un texte accusateur et diffamatoire,  le traitant de "psychopathe" ?  J'ose espérer qu'il serait immédiatement retiré et sanctionné.

J'accuse nos sociétés  de laisser de tels agissements se produire contre nous, le peuple du toro, et en tolérant qu'on se réfère à nous en des termes diffamatoires et insultants.  La tauromachie, parce qu'elle vient de loin et qu'elle trouve ses racines aux origines de l'humanité, parce qu'elle vénère un animal dont elle assure la survie, parce qu'elle en adule l'unicité dans le règne animal, doit être appréhendée dans son "tout" en nous permettant de décrire la complexité et la richesse de notre tradition tout en nous protégeant du mensonge, des discriminations, des procès d'intentions.

Dans cette manipulation de masse il faut bien définir les forces en présence.  Il y a d'une part les accusateurs animalistes dont les motivations sont multiples et disparates et dont l'idéologie sous-jacente est un sophisme.  Seul compte pour eux les méthodes permettant d'obtenir des résultats "sonnants et trébuchants".  D'autre part il y a nos concitoyens qui sont victimes de la manipulation des premiers.  Ces concitoyens sont les mêmes dont les votes sont convoités par les politiques,  alliés objectifs des animalistes, ou le porte-monnaie lorgné par les associations qui ne veulent pas se laisser damer le pion dans la récupération des fruits des actions extrèmes.  Ceci explique les incroyables alliances qui naissent pour faire de la tauromachie une cible.  Les animalistes arrivent à recueillir l'appui des politiques et d'associations protectrices des animaux qui craignent de voir capter leur financement auprès des propriétaires d'animaux de compagnie attisés par les animalistes dans leurs attaques sur la tauromachie.  Las amis des animaux ne se rendent pas compte que les arguments avancés contre la tauromachie aujourd'hui feront d'eux les cibles  de demain.  C'est ce que j'ai voulu expliquer dans mon article intitulé Haro sur le toro et l'animal de compagnie.   Il suffit pour cela de constater comment la pseudo artiste auteur des diffamations pré-citées à l'Académie de Beaux-Arts de Madrid  publie, sans retenue, sur sa page facebook ses convictions  :  “En estos momentos, en lo que dura esta rueda de prensa, están muriendo de una manera violenta miles de animales en España. En las perreras, en la calle, en los mataderos, en las granjas de explotación, en el campo, por el terrorismo de la caza... Por eso estamos aquí”       Y sont visés les animaux domestiques, les animaux que nous mangeons, la chasse, l'élevage...  Nous sommes face à un extrémisme qui se sert, à couvert, d'un ordre moral pour à terme museler jusqu'à ceux qui  auront été leurs alliés et leurs financiers sur le chemin.  On peut y lire aussi que Rajoy ne mérite pas qu'on lui donne un coup de poing mais qu'on lui donne le feu  démontrant ainsi, s'il en était besoin, la violence de leurs intentions.  En attaquant par alliance la tauromachie sur le fondement d'arguments à l'apparence morale mes concitoyens "amis" des animaux de compagnie sont en train de mettre en place le processus même qui les emportera eux et leurs animaux domestiques qu'on leur interdira un jour prochain de posséder.

Il faut être clair, les mouvements animalistes ne savent rien des Toros de Combat et ne veulent rien savoir de cette animal.  Ils ne veulent surtout pas que leurs alliés, nos concitoyens, en acquièrent quelque connaissance que ce soit afin de pouvoir continuer à mentir et diffamer.  Ils n'ont rien à faire de la survie de ce noble animal et de ses particularités.  Ils veulent changer les fondements des rapports entre l'homme et l'animal non pas pour permettre aux animaux de prospérer mais pour mieux dominer et manipuler les hommes.  C'est le processus d'interdiction et de contrôle des hommes qui les fascine.

La nature, elle, connait le principe d'équilibre entre l'homme et les espèces animales, équilibre qui a permis aux deux de survivre ensemble pendant des millénaires.  La nature connait aussi le lien étroit entre la mort et la vie tel qu'il existe par exemple dans les rapports entre les prédateurs et leurs proies et dans le cycle normal de la nature.  Sur notre planète des animaux naissent et vivent,  longtemps ou pas, pour satisfaire les besoins de survie d'autres animaux qui les tueront et les mangeront.   Les animaux meurent même en dehors  de l'intervention des hommes, parfois violemment.  Ce que font les anti-corridas c'est projeter sur la tauromachie et ses acteurs des sentiments vils et viciés qui seuls vivent dans leur âme et leur servent à mieux contrôler les émotions de ceux à qui ils sont destinés.  Ils voudraient que les citoyens qui jusqu'à présent ne s'en étaient pas préoccupés, voient la tauromachie comme un acte démoniaque alors même que nous sommes des millions à travers le monde à admirer et à vénérer  le toro de combat.  Nous sommes des hommes et des femmes de tous âges, de toutes races, de toutes religions, de toutes professions, de toutes orientations sexuelles, de tout niveau d'éducation et de tout niveau social, des inconnus et des illustres, issus de générations présentes et passées, nous vivons tous avec une même passion le Toro. Après des siècles de tradition au sein de nos sociétés, nous serions tous soudainement devenus des pervers, des incultes, des ignorants a jeter, dans un acte d'oubli, en pâture à des justiciers et bourreaux auto-proclamés. Il s'agit ni plus, ni moins que d'un incroyable mouvement "négationniste" cherchant à effacer une histoire et une culture remontant jusqu'à nos premiers ancêtres.

Les gens des campagnes d'Espagne ont pris la mesure de l'intolérable dont les ramifications vont et iront au delà de la tauromachie.  Ils ont manifesté à Madrid dans le calme, avec sérénité, et avec force, il y a quelques semaines, pour dire assez aux interdictions inspirées par les extrémistes et leurs alliés politiques de tous bords. Alors que le peuple du toro ne s'était pas joint à leur manifestation, ils nous ont, avec énormément de bon sens, inclus dans leur action. (Voir une video reportage sur cette manifestation ici)

IMG_8773 smallCes paysans et éleveurs, ces gens du monde rural, savent avec leur bon sens que les animaux vivent dans un équilibre avec les hommes, depuis tous temps,  avec leur existence garantie par des intérêts réciproques et millénaires.  Aujourd'hui les animalistes vendent l’illusion d'un ordre chamboulé dans lequel l'animal, qui ne parle pas et ne pense pas, se découvre un porte-parole autoproclamé, l'Animaliste, qui décidera pour lui ce qui lui convient  et surtout ce qu'il faut autoriser ou interdire aux humains de faire en son nom. Comme ce monde rural en a montré le chemin en nous incluant dans leur démarche (voir le texte de la banderole sur l'image ci-dessous) Il est temps de nous unir avec eux pour défendre notre style de vie humaniste et empêcher les extrémistes d'imposer, subrepticement, un nouvel ordre moral dont ils veulent que la disparition de la tauromachie soit le symbole.

René Philippe Arneodau.

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Théâtre classique et corrida de toros

Le théâtre antique grec par Aristote et le théâtre classique de fin du XVIIème siècle établissaient les règles qu’appliqueraient les dramaturges français, Corneille et Racine dans les tragédies ou Molière, qui prenait certaines libertés avec ces règles dans ses comédies, ainsi que les néoclassiques en Espagne du XVIIIème.

Les règles de ce théâtre classique sont bien connues, elles reposent sur l’unité de temps, l’unité de lieu et l’unité d’action résumées dans l’Art Poétique de Boileau par ces vers :

« Qu'en un jour, qu'en un lieu, un seul fait accompli
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli" 

La règle des trois unités trouve son illustration la plus complète dans la corrida de toros car elle réunit à elle seule toutes les autres règles ou coutumes dont le spectacle s’est nourri tout au long de son histoire avec la constante et répétée utilisation du chiffre trois.

Gravure originale de Jerónimo Uribe Clarín Los Toros en el teatro de Valentín Azcune - 2016.

Gravure originale de Jerónimo Uribe Clarín
Los Toros en el Teatro de Valentín Azcune - 2016.

La corrida de toros est un drame classique, certains diront à juste titre une tragédie car la mort est toujours présente, comme dans la tragédie grecque ou française, avec la seule différence que cette mort, celle du toro est visible et quasi inéluctable, celle du torero est latente en raison de sa possible inexpérience, des risques pris face à la dangerosité de l’animal, ou de quelque élément impondérable souvent indépendant des deux acteurs présents en piste. Le sacrifice du toro grandit le matador, par sa bravoure le toro élève au rang de héros le torero qui a su le combattre et, à la fin, le dominer. Toutes ces vérités et contradictions à la fois rappellent les affres des héros mythologiques des tragédies de nos études classiques à l´heure de choisir leur victime alors qu’un lien intime les unit. Non seulement dans la forme mais aussi dans le fond la corrida est un drame, tragique parfois, dont le spectateur est le témoin direct prenant parti à part égale, respectueux, pour le matador ou le toro selon le combat qu’ils auront livré.

L’unité de temps est totalement appliquée dans la corrida. Le drame est présent dès la sortie du toro des chiqueros et atteint son final, son paroxysme, dirons-nous, au coup d’épée au terme de la lidia qui dure environ une vingtaine de minutes. Le temps, même, est chronométré par le président de la course car celui de la faena de muleta est limité à 10 minutes, un avis est donné éventuellement comme signal de la mise à mort du toro qui, si elle n’est pas consommée dans ce temps, doit l’être dans une limite additionnelle de cinq minutes marquée par les clarines pour les avis successifs de trois et deux minutes après le premier. Ces trois avis sont inéluctables pour celui qui n’aura pu accomplir le geste final et rituel de matador. Ne dit-on pas que la mise à mort est « l’heure de vérité » ? Vérité pour le torero qui doit se jeter sur les cornes, vérité pour le toro qui livre son dernier assaut et donne sa vie pour que d’autres de son espèce lui survivent et perpétuent la race et le spectacle. Le temps est donc important pour la durée et conclusion de la faena. Par contre, pendant la faena, il est une notion liée au temps qui ne peut être mesurée. C’est lorsque torero artiste « arrête le temps » par la magie du temple, dans un mouvement intemporel de la muleta qui absorbe le toro et transcende le torero. Torero et toro sont soudés dans une même étreinte même si celle-ci ne dure qu’une fraction de seconde, peut-être reprise dans l’instant suivant créant ainsi une oeuvre qu’aucun artiste ne pourra jamais reproduire. Ce temps marqué par le temple, aussi bref soit-il, est éternel.

Dans le théâtre classique, la règle de l’unité de temps prétend mettre le spectateur en situation d’être le témoin d’un fait réel. La corrida de toros remplit parfaitement cette condition car devant le spectateur se déroule un drame, unique, non pas seulement par sa mise en scène ou exceptionnalité mais surtout par sa fugacité, drame perdu ou gravé à jamais dans la mémoire de l’aficionado. Devant ses yeux, dans le cercle fermé du ruedo, se déroule le drame auquel il participe par ses réactions ou même ses décisions pour l’attribution des trophées ou encore sa réprobation par la bronca.

La seconde règle du théâtre classique, l’unité de lieu, est satisfaite car l’arène, sa forme réduite au ruedo concentre et réunit dans un même espace et décor les acteurs présents en permanence, chacun dans son rôle et prestation, observés du début jusqu’à la fin. Dans cet espace particulier existent toutefois plusieurs lieux où l’action se déroule selon les différentes séquences de la lidia et caractéristiques imprévisibles du toro : les tercios. De la sorte, n’existe pas dans la corrida la rigidité du décor unique de la scène du théâtre antique ou celle du XVIIème siècle. Des lignes invisibles divisent la piste en zones propres à chaque séquence : les medios, les tercios et les tablas. La suerte de varas, celle des banderilles, presque invariablement se déroulent selon le même processus et le même terrain seulement conditionnés par le comportement et position du toro qui est l’acteur pour lequel n’est prévu, et pour cause, aucun rôle et déplacement sur la scène-ruedo. On remarquera que là aussi le chiffre trois est présent. La querencia est le lieu où le toro manso a tendance à se réfugier, c’est le lieu que le torero doit découvrir et s’en accommoder pour parfaire sa lidia. Le centre - los medios - est le lieu idéal où la bravoure du toro et la vaillance du torero sont confrontées, où se concentre l’attention du public, où la corrida atteint les sommets que, dans le théâtre antique, les chœurs chanteraient à la fois la gloire du torero et celle du toro. Si l’unité de lieu existe elle n’est pas immuable, elle vit en accord avec l’évolution du toro et de sa lidia, pour cela la corrida implique aussi le spectateur-aficionado qui doit en connaître les règles et apprécier le jeu des acteurs - toreros-toros - dans leur rôle et interprétation.

L’unité d’action est le troisième commandement du théâtre classique. L’entrée des acteurs,  l’ordre, la préséance qui préside le paseillo, les costumes de lumières, le harnachement des chevaux des picadors et des mules d’arrastre, la musique, toute cette mise en scène fastueuse, d’un autre âge, allègre aussi, est l’ouverture, néanmoins solennelle, du spectacle qui, rapidement va se transformer en une représentation dont les actes sont parfaitement établis selon un rituel précis et minutés, exempts de livret ni scenario pré-écrits. Les toreros prennent position en fonction de leur rôle et le toro peut faire son entrée. Celle-ci est théâtrale, de la porte du toril sort l’animal, imposant, cornes en l’air, ébloui par les feux solaires, inspectant la scène pour devenir aussitôt un nouvel acteur dont on ne connaît pas encore le « texte » pour lui donner la réplique. Ici, plus évidente et calculée, la « règle de trois » s’impose et les tercios sont les actes autour desquels s’articule tout ce qui va advenir dans le ruedo. Le tercio de varas, celui de banderilles préparent et conditionnent le troisième, la faena de muleta et sa conclusion, la mise à mort. Ce dernier acte, lui-même est régit par le chiffre trois car la faena se compose, se structure dirait-on aujourd’hui, d’une introduction ou exposition qui sont les passes de tanteo du matador qui doit tester, jauger le toro pour l’exécution et application des fondamentaux. Les passes naturelles et derechazos constituent la base et le centre de l’œuvre torera, l’intrigue et le « dialogue » avec le toro, pour finalement conduire au dénouement par les adornos ou passes de châtiment avant la mise à mort qui en est le point culminant et fatidique.

Au théâtre tout est fiction, en los toros tout est réel. L’unité d’action, curieusement comme un présage de ce qu’est la corrida de toros depuis son avènement à la fin du XIIIème siècle, est aussi nommée unité de péril, celui-ci latent qui maintient l’attention du spectateur. Le péril, le danger sont inhérents à la corrida. La faena de muleta est le face-à-face des deux héros, leur dialogue intense avec tour-à-tour l’ascendant de l’un sur l’autre, pour qu’enfin le torero sorte vainqueur de ce combat, non pas oratoire, mais bien réel et physique.

Boileau dans son Art Poétique ne dit-il pas :

« Que dans tous vos discours la passion émue
Aille chercher le cœur, l'échauffe et le remue. »

Là, le spectateur, l’aficionado vit lui-même l’action, c’est la catharsis des grandes faenas, l’émotion contenue et finalement exprimée, les olés et ovations, les cris d’effroi lors de la cogida, la pétition des trophées après le succès du matador, l’ovation finale au toro brave emporté par l’arrastre.

La corrida dans tous ses ressorts surpasse de loin la tragédie classique. Les vertus telles que le courage, l’abnégation, le dépassement de soi, l’honneur même, vertus étrangères de la vie moderne, à l’homme de la rue, sont au contraire celles que montre le torero dans son combat avec le toro. Le spectateur, l’aficionado en est le témoin direct et  se projette, l’espace d’un instant, dans l’action même et admire le héros qui a vaincu la peur, le danger, la mort, et sort auréolé de sa vaillance et de la beauté créée.

Si la corrida de toros, sur le plan purement formel, peut-être comparée à une œuvre du théâtre classique, elle est, nous l’avons vu, plus que cela : c’est le spectacle unique, en direct, du drame de la vie et la mort.  Le sacrifice du toro va au-delà de sa mort. Le rituel qui la précède et l’accompagne met le public en situation de vivre ces moments avec intensité, de s’identifier avec le héros-matador ou  héros-toro selon le comportement de l’un ou de l’autre et de manifester son émotion comme un autre personnage du drame. Par ailleurs, de nos jours, si la faena de muleta est le centre du drame, elle devrait s’inspirer de l’ordre par lequel la tragédie classique s’est construite, la règle de trois toujours présente autant dans la forme que dans le fond, le parar, templar, mandar, bien sûr, mais aussi ce qui devrait être l’ensemble d’une oeuvre bien structurée. Dans la mesure du possible - le toreo n’est pas une science exacte - les impératifs techniques et esthétiques du toreo moderne justifieraient les trois temps de la faena, les passes de tanteo ou de châtiment pour « ajuster » le toro au tempo que veut lui imposer le torero, le centre de la faena et les séries de suertes fondamentales avec remates et adornos artistiques, les passes pour cadrer le toro et l’estocade comme sommet et final de l’œuvre tauromachique. La corrida, spectacle anachronique pour certains, blâmé par d’autres, reste néanmoins le seul au monde où se mêlent l’art, la passion, dans une liturgie tragique, une fête aussi, un drame imprévu, drame de l’homme et son destin fatidique vaincu momentanément pour un éternel recommencement.

Georges Marcillac

Publié dans EDIT O PINION, Georges Marcillac Escritos | Laisser un commentaire

Madrid 05 juin 2016 – 29ème de San Isidro – Des toros et des hommes.

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