Madrid – Las Ventas – 1er avril 2018 – Jour de gloire pour Álvaro Lorenzo : 3 oreilles et sortie a hombros

Le jour de Pâques est le lancement de la temporada de Las Ventas bien que les regards des aficionados étaient tournés vers la Maestranza de Sevilla en prélude à sa fameuse Feria. Mais aujourd’hui il fallait être à Madrid et assister à une corrida qui marquera sans doute la carrière du jeune torero de Tolède : Álvaro Lorenzo. Celui-ci signait deux faenas qui furent respectivement récompensées par une et deux oreilles et par la sortie par la Grande Porte de la calle Alcalà. Le cartel était composé de David Mora, Daniel Luque et Álvaro Lorenzo pour des Toros de El Torero d’origine Juan Pedro Domecq Diez, Salvador Domecq recevant un tiers de l’élevage familial en 1968. Les toros d’aujourd’hui avaient tous plus de 5 ans, formant un lot de poids moyen de 548 kg, de bonne présentation et belles armures, de trapío les 3ème et 5ème, un manso le 4ème, le reste honorable en bravoure avec peut-être un manque de caste pour que l’ensemble reçoive néanmoins une note au-dessus de la moyenne. Prontos, tenant le coup jusqu’à la fin des faenas, ils permettaient surtout à Álvaro Lorenzo de briller surtout avec le 6ème qui était gratifié de la vuelta al ruedo, sans doute exagérée pour un comportement incomplet aux piques.

Alvaro Lorenzo composait ses faenas par des doblones initiaux, au 3ème, et des statuaires au 6ème, montrant dans les deux cas ses intentions, mesurant bien les temps et terminant respectivement par des bernadinas serrées et des doblones des deux mains (sans l’épée montée) magnifiques de rythme et temple. Entre ses débuts et fins de faenas, les passes classiques se succédaient avec des cites lointains auxquels répondaient ses deux toros. On notait une belle série de naturelles à son premier bien que parfois ce toro, juste de force, ne supportait pas toujours les remates par le bas. Justement un remate en guise de naturelle couronnait une série en un trasteo classique et appliqué.

               

Au dernier, la faena était plus dense, pour des passes de la droite enchaînées dont un derechazo de grande maîtrise et temple, après un cite lointain; des naturelles et un remate « évanoui » (desmayado) et passes de poitrine longues et « templées », le tout dans le même terrain démontrant l’emprise sur l’animal et le sens de la lidia du jeune torero. Pour conclure: deux estocades entières et d’effet rapide, un peu tombées et perdant la muleta. Álvaro Lorenzo avait toréé à la cape avec facilité bien que ses toros n’accompagnaient pas complètement le dessin des véroniques du début. On pourrait regretter toutefois que son toreo de profil enlevait à ses passes la profondeur et la perfection que permettaient ses toros dans leurs charges franches et continues. Malgré cela, il ne faut pas trop mal juger ce jeune torero dont les qualités et  technique devraient s’affirmer dans le futur.

David Mora affrontait un toro qui par moment fléchissait des antérieurs en fins de passes par le bas mais permettait une faena sans trop d’éclat à ce toro noble, de charges faiblardes et sans transmission. Le torero de Borox était bousculé à l’estocade, recevait un coup à la poitrine et échappait à la cogida. Le toro amorcillado tardait à tomber et sonnait un avis. Le 4ème, un imposant colorado ojo de perdiz (bien que le plus léger du lot : 520 kg.) se déclarait manso aux piques et sortait de chaque capotazo ou muletazo pour chercher un terrain désert ou les barrières. Au cours d’une de ses fuites il rencontrait le picador de réserve et là, devant le Tendido 2, recevait une bonne ration en livrant un combat… de manso. David Mora, décidé, le poursuivait pour lui voler avec élégance et astuce des passes de la gauche, vertical et défiant le bicho, ou bien des derechazos liés en redondo pour le garder dans la muleta. Donc des passes isolées, pratiquement collé à la barrière du Tendido 7, David Mora réussissait à tempérer ce toro couard et par surprise lui logeait l’épée jusqu’à la garde. L’oreille était demandé et non concédée mais ce trasteo de ce torero presque vétéran était justement fêté par le public reconnaissant.

Daniel Luque tombait sur les deux toros du lot de moindre qualité mais, lui non plus, ne parvenait à apporter des détails qui auraient pu rehausser une prestation par ailleurs terne, faite de beaucoup de passes mécaniques. Si le 2ème entrait bien dans la muleta il en sortait sans aller au bout de la passe. Quant au 5ème, tantôt arrêté, tantôt chargeant sans « humilier», sans fijeza bien que jusqu’à la fin il avait du ressort, d’où la difficulté de gérer ces irrégularités. Daniel Luque n’était pas non plus très heureux à l’épée.

Dans les cuadrillas, on notait la brega et la pose des banderilles de Sergio Aguilar, reconverti cette saison torero de plata, auquel est promis une belle nouvelle carrière. Ángel Otero saluait aux banderilles au premier. Le toro sorti 3ème était applaudi à l’arrastre et le mouchoir bleu primait le 6ème de la vuelta al ruedo (contestable)

David Mora : un avis et silence ; tour de piste. Daniel Luque : silence aux deux. Álvaro Lorenzo : un oreille et deux oreilles, sortie a hombros.

Georges Marcillac

Photos: Javier Arroyo - aplausos.com

 

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Jiménez Fortes : La sincérité comme étendard.

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Comme vous l'aurez lu dans les chroniques de la corrida de dimanche dernier à Madrid, Jimenez Fortes s'est fait remarquer, bien plus à mon sens que le lot de Victorino dont les exemplaires sont en train de devenir nobles et … Continuer la lecture

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Madrid – Las Ventas – 25 mars 2018 – Les toros de Victorino déçoivent mais Saúl Jiménez Fortes sort grandi de sa prestation.

En ce dimanche des Rameaux la plaza de Las Ventas ouvrait ses portes pour la deuxième année de la empresa Plaza 1 avec une corrida de Victorino Martín, en hommage à son créateur, décédé en octobre dernier. Le lleno des gradins de soleil traduisaient le besoin des spectateurs d’un hypothétique rayon de l’astre solaire pour tempérer le froid hivernal qui régnait sur la capitale. Les autres tendidos étaient plus clairsemés pour une entrée totale de 14.500 spectateurs. Les matadors Manuel Jesús « el Cid », Pepe Mora et Saúl Jiménez Fortes, désormais “Fortes” ??, tout seul, complétaient le cartel. Tout au long de l’après-midi, le vent omniprésent gênait le maniement des capotes et muletas et compliquait les faenas en plus des difficultés inhérentes aux toros de cet encaste.

Les toros de Victorino sont toujours une attraction et les quatre premiers cárdenos représentaient le type de cet encaste emblématique, moins, les deux derniers presque noirs. C’est pourquoi, lorsque ces toros ne répondent pas à l’attente des aficionados, la déception l’emporte.  Néanmoins leurs comportements respectifs méritaient, ce jour, des appréciations nuancées. Les deux premiers, de plus 5 ans, n’offraient  pratiquement aucune option de faena. Le 3ème, plus mobile et moins coriace, révélait la maturité et la fermeté du torero de Málaga «Fortes», le 4ème passait sans transmission, le 5ème fut le seul à ne pas «humilier» - caractéristique des victorinos –, le 6ème de moindre présentation et quelque velléité de mansedumbre, renversait néanmoins la cavalerie à la première rencontre. Ils affichaient un poids moyen de 534 kg, bien armés, cornivueltos, veleto le 5ème. Le 1er présentait une cornada à l’arrière-train gauche, ce qui valait les premières protestations du public et la bronca au président.

Saúl Jiménez Fortes coupait une oreille au 3ème, dont la mobilité et longue charge permettaient un bon capoteo au début et une faena de muleta, complète, composée de bonnes séries des deux mains, entachées de quelques accrochages en fins de passes (le vent ?). Il est vrai que le toro avançait le museau dans le sable, lentement sans trop de force et rendait possible un toreo au ralenti, le temple,  dans des passages courts parfaitement gérés par le torero, ce qui n’était guère facile compte tenu des conditions du toro et des sautes de vent. On relevait deux naturelles excellentes malheureusement, le toro très «humilié» marchait sur la muleta et provoquait un desarme. Une estocade desprendida concluait cette première faena inégale, l’oreille était demandée et concédée.

                        

La deuxième faena, au 6ème, donnait quelque espoir dans une première série de naturelles mais le toro modifiait et raccourcissait sa charge dès la série suivante. Désormais, il ne supportait que deux passes et s’arrêtait. Un détail : José Antonio Carretero dans un seul capotazo avait montré la qualité de charge du toro à gauche et la faena de « Fortes » se déroulait presque exclusivement sur ce côté avec les interruptions citées plus haut. Les pinchazos se succédaient à la mort et sonnait un avis.

Manuel Jesús « El Cid » tombait sur un os, le 1er, faible de surcroît, probón et sans charge par la suite. Une estocade contraire et deux descabellos. Au 4ème, l’effort était méritoire devant un toro sans trop de force – une chute des antérieurs, une costalada (chute de côté) - ni caste, qui lui permettait de toréer exclusivement de la droite, au ralenti, certes, mais sans la transmission ni l’émotion qui auraient réchauffé les aficionados transis. « El Cid » s’offait même le luxe d’un desplante… déplacé! avant de placer un pinchazo et une estocade verticale.

Pepe Moral n’était pas mieux loti. Ces deux toros ne servaient qu’à montrer combien le sévillan voulait répéter ses performances à Las Ventas. Avec métier, sur les jambes, il tentait de faire passer son premier, qui lançait des hachazos dans cape d’abord pour continuer dans la muleta, avec des retours courts lorsqu’il daignait charger… Jolis doblones longs et « templés » au début, mais ce fut tout. Laborieux à la mort. Le 5ème, qui n’ « humiliait » pas, des demi-charges, sans se livrer, plutôt se défendant, ne se prêtait à aucune série de passes ni de la droite ni de la gauche. A la mort, difficile due au port de tête de l’animal, Pepe Moral tuait de deux pinchazos et d’une demi-estocade.

Manuel Jesús « El Cid » : silence ; un avis et silence. « Fortes » : un oreille ; ovation. Pepe Moral : silence : un avis et silence. José Antonio Carretero saluait après deux paires de banderilles au 3ème. Les toros de Victorino portaient une divisa noire en signe de deuil.

Georges Marcillac

 

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Feria de Olivenza - 2-3-4 mars 2018 - Les autres.... (II)

La Feria 2018 était composée de cinq corridas dont une novillada d’ouverture le vendredi 2 mars. Au cartel, cinq novilleros et une novillera, María del Mar Santos de Badajoz qui, d’ailleurs, par ancienneté ouvrait la novillada de El Freixo, élevage de «El Juli» au moins présent à Olivenza par l’intermédiaire de ses novillos. Ces derniers étaient crédités d’une bonne note car leur comportement varié rendait ce premier spectacle très intéressant et qui l’aurait été encore plus si les novilleros avaient pu mieux s’exprimer gênés dans leurs évolutions par un vent violent tourbillonnant dans le ruedo. Maria del Mar affrontait un novillo costaud qu’elle toréait avec détermination et vaillance. A la mise à mort, elle se jetait sur le garrot du novillo, restait sur la face et la cogida inévitable se produisait suivie d’une bonne rouste au sol. Fortement contusionnée, elle était conduite à l’infirmerie et ensuite à un hôpital de Badajoz. Le portugais Joâo Silva « Juanito », malgré la pluie et le vent, toréait à la cape et à la muleta variant les suertes, ferme dans sa position, la muleta basse pour forcer le bon novillo et éviter l’effet du vent. Il tuait d’un pinchazo et d’une estocade entière, écoutant un avis… et recevait une oreille méritée. Ce novillero en progrès est à suivre dans la saison qui commence. Antonio Catalán « Toñete » coupait aussi une oreille ainsi que Marcos Pérez, chacun à leur novillo, sans atteindre des sommets. Le premier forçait la figure, compas largement ouvert, signait une bonne série de naturelles et pour finir des luquesinas avant de porter un pinchazo et une entière assorties d’un avis ; le deuxième toréait à distance, sans transmission un novillo qui avait provoqué une chute monumentale de la cavalerie, pour une faena qui lui valait une oreille par la quantité plus que par la qualité. Alfonso Cadaval passait, avec le vent, sans peine ni gloire et Alejandro Adame, le troisième de la fratrie taurine mexicaine, dont c’était la première novillada piquée, ne semblait pas très à l’aise, toréait avec le pico, un novillo trop compliqué pour un tel début. Mal à la mise à mort. Un avis.

Les quatre corridas suivantes, deux matinales et deux l’après-midi, réunissaient des toros d’origine JP Domecq tels ceux de El Tajo(5) et La Reina(1) (de l’élevage de José Miguel « Joselito), de Garcigrande (2 +1) et Domingo Hernández (4+1), de Victoriano del Río et de Zalduendo. Deux toros de Victorino Martín faisaient exception l’après-midi de dimanche lors du mano a mano Antonio Ferrera / Ginés Marín. Olivenza est une place de 3ème catégorie où se présentent en début de saison les figuras et ganaderías de première. Il serait bon que la bienveillance du public et le laxisme de la présidence ne viennent faire perdre le cachet de cette feria et en chasser les aficionados. La suerte de varas est escamotée, les picadors font la carioca, les banderilles sont placées à la sauvette – deux paires semble être la norme – tout ceci aux ordres des matadors! Que font les ganaderos? qui élèvent des animaux qui ne pourraient pas tenir des faenas trop longues et souvent monotones, suivant le même schéma ? Les zalduendos se traînaient, les garcigrande/domingo-hernández donnaient le change par leur durabilité à la muleta, mansitos et nobles, les victoriano-del-río pas très costauds mais nobles, les pensionnaires de « Joselito » de trapío convenable. Tous évidemment d’encornures commodes.

Ginés Marín, lui aussi de la région, et Andrés Roca Rey peuvent être crédités d’un accessit pour leurs prestations. Ginés Marín, faisait un doublé dans cette feria et chaque fois dans deux affiches purement extremeñas. Il se mesurait à Miguel Ángel Perera et Alejandro Talavante le samedi (en remplaçant «El Juli») et à Antonio Ferrera le dimanche. Il coupait au total trois oreilles, les deux premières à un domingo-hernández, suelto, qu’il sût garder dans la muleta les pieds rivés au sol, sous la pluie, liant les redondos. Les passes d’entrée à genoux et les bernadinas de fin de faena donnaient un sens au trasteo du jeune torero, téméraire et classique à la fois. L’estocade finale lui permettait de triompher à l’unisson de ses compagnons de cartel. L’oreille coupée au garcigrande, faiblard et distrait, du dernier jour confirmait une fois de plus la variété du toreo de Ginés Marín qui entamait sa faena par des passes hautes, de costadillo, de poitrine, le tout lié, et concluait par des mondeñinas et une estocade a recibir ! L’autre jeune loup, Andrés Roca Rey, lui aussi coupait des oreilles, notamment celle à son deuxième de Victoriano del Río de charges courtes, résultat d’un labeur sérieux et varié  mais qui ne créait plus la surprise : les passes circulaires, enchaînées ne soulèvaient pas (ou plus) l’enthousiasme, les passes fondamentales étaient bien dessinées mais absentes de duende. Pourtant la passe changée dans le dos, doublée, et la passe de poitrine, le tout lié au centre de la piste, lançaient une faena à son premier, les luquesinas très serrées étaient tout juste fêtées malgré la démonstration d’une parfaite maîtrise de ces passes ajustées. Néanmoins, l’oreille était demandée et accordée après un avis. Miguel Ángel Perera sortait lui aussi a hombros pour un triomphe sans éclat, après deux faenas selon son style, imposant sa loi à des toros qui de toute manière terminaient près des planches sans doute rendus à la muleta ou bien déclinant le combat et révèlant ainsi leur mansedumbre latente.

Luis David Adame était pris en portant l’estocade à son premier et recevait un coup de corne de à l’aisselle gauche et partait à l’infirmerie après un tour de piste et l’oreille conquise plutôt pour sa cogida et la mort rapide de toro de El Tajo. Le jeune mexicain restait ferme devant un toro qui  perdait sa fougue initiale pour terminer presque arrêté mais conduit par une muleta convaincante. Du fait de la blessure de son jeune compagnon, Juan José Padilla devait toréer trois toros auxquels il administrait tout son répertoire, à la cape, aux banderilles et à la muleta, toujours avec fougue, souvent avec science mais aussi sans retenue lorsqu’il voulait forcer le succès.

                        

En guise d’adieux, le «Pirate», tel qu’en lui-même, repartait d’Olivenza en arborant le drapeau de la flibuste après avoir coupé trois oreilles dont deux au 6ème. José Garrido, un autre extremeño, sous la pluie battante et dans le bourbier, toréait à son habitude, volontaire, accéléré dans ses passes, souvent à genoux mais sans la qualité que l’on attend d’un torero qui eut des débuts prometteurs. La deuxième oreille était demandée après une faena exécutée au centre du ruedo à un toro noble qui méritait peut-être mieux mais on accordera à José Garrido des circonstances atténuantes car les conditions climatiques se prêtaient plutôt à un exercice de patinage artistique qu’a un toreo de même caractéristique.

Georges Marcillac

Photos: Joâo Silva pour aplausos.com

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Feria de Olivenza – 2-3-4 mars 2018 – Les triomphateurs (I)

La coquette ville frontalière d’Extremadura, Olivenza, tantôt espagnole, tantôt  portugaise au cours de l’histoire de la peninsule ibérique, célèbre chaque année sa Feria taurine les premiers jours de mars.  La climatologie joue un grand rôle sur le déroulement des habituelles novilladas et corridas mais ne décourage nullement les aficionados venus d’Espagne, Portugal et … de France qui ont bravé, cette année encore, la pluie, le vent et le froid  attirés par des cartels prometteurs. En ce début de temporada les principales figuras  étaient présentes et seule l’absence de Julián López « El Juli » annoncé deux fois, mais forfait à cause de sa blessure de Bogotá du 25 février, non guérie, réduisait l’intérêt de la feria et les jolies arènes ne recueillaient pas l’affluence espérée, surtout après la revente – légale – des billets de la corrida du dimanche après-midi.

Justement à cause de l’inclémence du temps et des problèmes de logistique, les chroniques habituelles se résumeront en un palmarès et relation des faits les plus marquants de cette première feria 2018.

Enrique Ponce et la magie d’un maître.

En tête et au-dessus de tous les acteurs de la corrida du dimanche matin 4 mars et même de toute la feria, on doit placer Enrique Ponce qui, une fois de plus, par la magie de son art, parvenait à mettre tout le monde d’accord devant son deuxième toro de Victoriano del Río en administrant une faena qui ressuscitait un animal terciado, invalide avant et après un picotazo insignifiant («toro impropre à la lidia, le mouchoir vert s’impose», selon mes notes). Malgré les protestations, le maître prenait l’affaire en main: des pauses, des caresses de muleta convaincantes, une gestuelle harmonieuse et technique faisaient oublier les carences physiques du toro qui, miraculeusement aimanté par la muleta, montrait des qualités de charges, « humilié », extrayant de ses entrailles une noblesse et une énergie insoupçonnées. À la fin de la faena, Enrique Ponce se payait le luxe de ses poncinas réservées aux toros braves et résistants. Un changement de main énorme de temple et d’élégance soulevait le public conquis. Une estocade un peu tombée et les deux oreilles étaient accordées sous les acclamations unanimes. A son premier, le maître de Chiva coupait une oreille pour une jolie faena à un autre victoriano-del-río, celui-ci répétitif dans ses charges. Ce trophée valait pour la démonstration d’un magistère qui paraît n’avoir plus de limites ni comparaison.

Alejandro Talavante,  naturel et ses naturelles.

Devant des toros de Garcigrande qui se déplaçaient bien après la mono-pique habituelle et dosée avant de chercher les planches, Alejandro Talavante se promenait littéralement avec aisance, relâché dans ses gestes, même les plus risqués dont une arrucina millémétrique à son premier auquel il coupait une oreille après une courte faena.

                                

La deuxième faena était plus complète avec une entrée en matière par d’excellentes naturelles où le temple et le lié se jouaient des rafales de vent qui pouvaient détourner le toro de la muleta. Le mando et le naturel, caractérisaient les séries des deux mains, surtout la gauche, dans des naturelles, encore, liées, rythmées et élégantes. Du grand Talavante. Les remates, le regard perdu en direction du public, ciselaient cette faena technique et dominatrice avant de mettre à mort avec décision et efficacité. Il coupait deux oreilles. Malgré le vent, Alejandro Talavante n’avait pas négligé son toreo de cape, ce qui était tout à son honneur et une déclaration d’intention pour la suite.

La journée d’Antonio Ferrera.

Par suite de la défection de Julián López « El Juli » le dimanche après-midi, Antonio Ferrera le remplaçait alors qu’il était aussi au cartel le matin. Dans un autre registre, témoin du succès d’Enrique Ponce, et sous le soleil revenu… pas pour longtemps, le torero de Badajoz recevait son premier de Victoriano del Río par de belles véroniques cadencées, accompagnées par un mouvement de ceinture et récidivait après la pique avant de laisser à sa cuadrilla le soin d’assurer le deuxième tiers (il ne plantait les banderilles à aucun de ses toros…) La faena qui suivait était tout un assortiment de passes exécutées avec goût, bien orientées avec pour finir une série de naturelles marchées vers le toro alliant à la fois maîtrise et grâce. Venaient ensuite d’autres, naturelles aidées (le vent…), et l’improvisation d’un pase circular de la gauche. Deux oreilles étaient fortement demandées et concédées après une estocade un peu en arrière, radicale, le torero recevant un coup de plat de corne au passage. Tout le métier, le pundonor d’Antonio Ferrera éclataient dans le combat, le corps-à-corps, livré, l’après-midi, face à un toro de Victorino Martín de nom «Mojarrillo » de 535 kg.  mobile, andarín, imposant le respect et surtout développant une sensation de risque réel que le torero sût affronter avec les armes propres du toreo ancien: esquives, demies passes volées, passes de pitón a pitón avant la mise à mort ternie par une succession de pinchazos et deux avis. Le victorino était allé bravement au cheval pour une seule pique, insuffisante sans doute, assortie de la carioca, il vendait cher sa vie jusqu’à la fin.

C’est donc ce trio de tête qui marquera sans doute cette Feria 2018 avec trois toreros dans la plénitude de leur profession et de leur art. Leur apparente facilité, leur science comblaient d’aise les aficionados et alimentaient évidemment les conversations des aficionados qui ne manquaient pas de faire des comparaisons avec les vedettes montantes ou stagnantes... des dernières cuvées.

Georges Marcillac

Photos: Joao Silva pour aplausos.com

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Madrid – Vistalegre - 18 février 2018 – Intéressante novillada de “El Parralejo”. Les novilleros coupent une oreille chacun.

Pour la deuxième corrida de la Feria d’Hiver de Madrid étaient à l’affiche trois novilleros dont une jeune torera, Rocío Romero, de Cordoue, qui faisait son début avec picadors. Le choix des novillos de « El Parralejo » par l’empresa Tauroemoción était des plus judicieux car ce fer – d’origine Jandilla et Fuente Ymbro - jouit d’une réputation certaine malgré ses seuls dix ans d’existence et création de la ganadería. La cordouane avait pour partenaires au cartel Antonio Catalán «Toñete» (2ème au classement 2017 avec 30 novilladas) et Ángel Téllez, une valeur montante avec seulement 16 novilladas piquées à son actif depuis fin mai 2017.

Les novillos avaient un poids affiché autour de 500 kg - ils en paraissaient moins, surtout le premier – néanmoins de corpulence bien proportionnée avec des cornes pas trop agressives. Ils eurent des comportements divers avec une pointe de bravoure la plupart et de mansedumbre le 5ème, qui tirait vers les planches ; plusieurs allaient au cheval al relance, sans une mise en suerte correcte pour des piques pas toujours bien placées, et pour cause. Justement le 2ème protestait sous la pique et, même, désarmait le piquero ; le 4ème poussait fort et restait longtemps dans le peto ; le 6ème effectuait deux vueltas de campana mais tenait le coup sans trop se ressentir de cet exercice impromptu. Malgré tout, du fait de la variété des caractères en piste cela permettait de mieux juger ou apprécier les aptitudes et attitudes des novilleros.

Antonio Catalán «Toñete» était sans doute le mieux préparé et son assurance en piste le montrait mais justement sa facilité et son placement enlevaient l’émotion qu’il aurait pu communiquer en se jetant un peu plus dans la bataille. Bataille que ne provoquaient pas non plus ses deux novillos, le premier noble et insipide permettait des pauses et des poses qui ne s’imposaient pas. Au 4ème, un novillo suelto que «Toñete» gardait intelligemment dans la cape par delantales et le conduisait suavement, en tanteo, jusqu’au centre de la piste en début de faena. Le novillo s’ «ouvrait» et permettait au novillero de s’exprimer par des passes de joli style, dans une une série de naturelles et trincherilla, et plus près du tercio, avec de nouvelles naturelles liées et doblones avant la mise à mort pour une estocade entière, tombée, qui roulait le novillo. L’oreille était accordée.

Ángel Téllez avait une attitude de novillero, actif et varié à la cape dans des quites, entreprenant à la muleta et ne laissant aucun répit à ses deux novillos. Son premier était accueilli par de bonnes véroniques, meilleures du côté droit car sur la gauche le novillo «pesait» comme il fera également dans un quite par saltilleras avec un desarme pour une revolera à gauche. La faena débutait à genoux au centre du ruedo pour une charge allègre du novillo qui «protestait» dans la muleta mais, celle-ci tenue basse, maîtrisait cette difficulté. Des naturelles très serrés, on s’en doutait, liées à un farol et passe de poitrine. Une autre série avec la finition par molinete et passe de poitrine. Le tout sans perdre un seul pas, lié dans un mouchoir. Les charges étaient plus courtes et la faena «faite». Les bernadinas étaient exécutées sans broncher, avec une cogida - sans dommage - comme suite à une distraction du … torero. La mise à mort était ratée, assortie d’un avis et sans trophée, sinon une longue ovation. Au 5ème, pour forcer le succès perdu au 2ème , il fallait retenir le novillo, mansurrón, qui recherchait les planches. Ceci nous valait d’applaudir le banderillero Juan Navazo pour une paire al sesgo por fuera, une suerte peu pratiquée mais qui donnait tout son sens à la lidia tant des membres de la cuadrilla que celle du matador ensuite. Un quite par chicuelinas stylisées ultra-serrées confirmait la volonté d’Ángel Téllez de gagner une oreille comme ses compagnons de cartel qui l’avaient précédé. Pour cela il fallait éloigner le novillo de sa querencia. En une série de naturelle y parvenait, une à une, mais bien «templées», suivie d’une autre série de la droite, la muleta collée au museau du novillo jouant à plaisir du poignet. Bonne gestion des terrains et du placement. Une oreille était la récompense après un pinchazo et une estocade entière poussée à fond.

Rocío Romero montrait deux facettes de sa personnalité au cours de cette novillada de présentation avec picadors. Des novillos costauds pour la jeune fille qui ne rompait une seule fois et qui eut de bien beaux gestes, meilleurs à la muleta qu’à la cape. Elle signait sa première faena par une estocade entière qui lui valait une oreille, de sympathie, car à la muleta Rocío avait toréé très décollée, accompagnant à distance les charges nobles de son premier utrero, surtout sur la corne droite. A gauche, c’était mieux. Au 6ème, moins nerveuse, Rocío Romero dessinait de belles passes de tanteo avant de prendre la muleta à gauche pour de bonnes  naturelles « templées » et terminait sur la droite, relâchée, se plaisant dans des derechazos courts mais bien données au noble novillo. Tout se gâtait à la mise à mort pour un pinchazo et une infinité de descabellos, sauvée in extremis avant le troisième avis. Malgré cette lacune à l’épée, Rocío Romero partait sous les applaudissements, ayant rempli dignement son accès à la catégorie des matadors de novillos.

Antonio Catalán « Toñete » : un avis et saluts ; une oreille. Ángel Téllez : un avis et applaudissements ; une oreille. Rocío Romero : une oreille ; deux avis et applaudissements.

Georges Marcillac

Photos : Javier Arroyo - Aplausos

 

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Madrid – Vistalegre – 17 février 2018 - Toros de Victorino Martín, un peu justes – Une oreille pour Emilio de Justo et Curro Díaz.

La corrida était annoncée comme un hommage à Victorino Martín Garcés, ganadero exemplaire et maintenant historique, décédé en octobre, l’an passé. Après le paseo, une minute de silence était observée et un poème élégiaque dit, (mauvaise sonorisation du «palais» de Vistalegre) à  la gloire du brujo de Galapagar (esp : sorcier. Dit par sympathie et admiration pour l’oeuvre d’éleveur accomplie). Une peinture, portrait du créateur de la prestigieuse ganadería, œuvre de Mónica Gimeno, était remise à Victorino Martín Jr. et à sa fille, Pilar.

La corrida pouvait commencer devant une assistance qui couvrait la moitié de l’arène. Corrida qui, en ce début de saison, était juste de présentation – on est dans une place de deuxième catégorie – mais de hechuras propres à l’encaste, de cornes pas exagérées et de poids avoisinant les 500 kg. les pensionnaires de Las Tiesas  eurent un comportement semblable, «encastés» par les difficultés qu’ils présentaient, avec des charges courtes, retours rapides, et … quelques faiblesses. Une seule pique pour châtiment sauf les 3ème et 6ème , mis en valeur par Emilio de Justo, par volonté propre, en deux piques, habitué à cette pratique honorable apprise de ses passages en France la saison dernière.

Emilio de Justo, torero de Cáceres, fort de ses succès dans le Sud-Ouest et à Illescas (Toledo) avec des victorinos, était à juste titre à sa place dans ce cartel de Madrid, sans doute appuyé par Victorino Martín Jr. chez qui il «tiente» et connaisseur de ses toros. Il remplissait son contrat en coupant une oreille au 3ème à la suite d’une faena volontaire et vaillante devant un animal qu’il fallait combattre en profitant de ses caractéristiques, pas favorables à des passes artistiques, court dans des charges inachevées par des retours à mi-hauteur que le torero dominait, la muleta toujours en position pour éviter l’accrochage. Faena vibrante appréciée par le public qui portait le torero dans son combat. Une estocade en se jetant sur le garrot, en bonne place. Une oreille amplement méritée. A la cape, il entreprenait ses toros peu enclins à bien suivre le leurre. De la même tonalité était l’attitude d’Emilio de Justo au 6ème, «consentant» les charges d’un toro qui protestait dans la muleta, la tête haute. Une estocade tombée mettait fin à cette faena saluée par une ovation.

Curro Díaz, chef de cartel, avait ses partisans pour voir en lui le torero artiste - qu’il est-  et qui profitait de cette prédisposition des aficionados pour ne pas forcer son talent au premier victorino. Sans doute aiguillonné par le succès d’Emilio de Justo,  il ravissait, avec classe et grâce, toréant à l’ancienne, toujours en mouvement, le 4ème, le plus fort du lot de 548  kg. Il liait et distillait des passes des deux mains,  profitant d’une charge suave d’un toro qui avait tendance à aller vers les planches. Curro sût se mettre à bonne distance sans brusquer un toro pas trop docile - deux coladas à gauche – qui visiblement n’aimait pas les cites rapprochés. Des changements de main, des remates opportuns et brillants et une estocade basse  d’effet rapide valaient une oreille largement sollicitée. Applaudissements du toro à l’arrastre. Le président, pas encore rodé à son rôle, faisait sonner précipitamment un changement de tercio alors que le  torero estimait nécessaire une deuxième pique. Au 1er, Curro Díaz avait montré des détails de torería pas suffisants pour animer un toro, court de charge, juste de force et bravoure. Pour sa  faena et l’estocade desprendida et effective, il recevait une ovation et saluait au tercio.

Daniel Luque fut le moins bien servi : il était impossible de faire  passer le 6ème et il n’y eut pas de faena. Ce toro était sifflé à l’arrastre. Le second donnait des signes qualité dans la cape du torero de Gerena (Sevilla) toujours à l’aise dans les véroniques de réception. Ce toro, brave à la pique, attentif à tout ce qui se passait dans le rond, se déplaçait avec classe durant le tercio de banderilles où brillait Raúl Contreras qui devait saluer à l’invitation du public. Il fallait déchanter car le toro changeait de comportement aussitôt après. On notait une seule série de derechazos où Daniel Luque «templait» une charge qui allait vite se dégrader, le bicho la tête haute à la sortie des muletazos, sans trop de forces non plus. L’estocade entière et l’hémorragie buccale qui suivait, faisaient oublier les bons passages de la faena et le torero se retirait sans avoir accompli la faena espérée.

Curro Díaz : saluts et une oreille. Daniel Luque : saluts et silence. Emilio de Justo : un avis et une oreille ; saluts.

Georges Marcillac

Photos: Javier Arroyo - Aplausos.

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Valdemorillo – 11 février 2018 – 3ème et dernière de Feria – Alternative et Puerta Grande pour «Juan Miguel». Miguel de Pablo fait sensation.

Un corrida de toros de la ganadería de Guadalmena (origine J.P Domecq via Nuñez del Cuvillo) mettait le point final à la Feria de la Candelaria de Valdemorillo 2018. Comme la veille, La Candelaria était le cadre d’une alternative : celle de Juan Miguel Benito qui, après une assez longue carrière dans les rangs des novilleros, passait à la catégorie supérieure des matadores de toros des mains d’Alberto Lamelas avec pour témoin Miguel de Pablo. Le public de Valdemorillo, renforcé de nombreux aficionados de Madrid et des partisans des deux toreros colmenareños - Juan Miguel est natif de Colmenar de Oreja,  et Miguel de Pablo de Colmenar Viejo - pueblos de  Madrid -  forçait par sa demande l’attribution d’une oreille au toricantano au terme de ses deux faenas. Miguel de Pablo, lui, recevait une oreille du 5ème.

Les produits de Guadalmena, de présentations irrégulières, des cornes «douteuses» pour les deux premiers, permettaient aux toreros de s’exprimer : les 1er, 3ème et 5ème offraient des possibilités intéressantes, les 2ème et 4ème plus compliqués demandaient une lidia et des qualités de toreo que ne sût pas leur appliquer Alberto Lamelas. La mono-pique était de rigueur et Israel De Pedro de la cuadrilla de Juan Miguel recevait néanmoins le prix du meilleur picador de la feria.

«Juan Miguel», qui délaisse son nom de famille sur les affiches, recevait un excellent toro pour son alternative ; un toro qui donnait des signes de faiblesse dès ses premiers galops sur la piste, sous la pique et durant le tercio de banderilles, pour ensuite les faire oublier lors de la faena de muleta bien commencée, intelligemment, par des passes suaves qui révélaient ainsi le bon fond de l’animal. Les premières séries de la droite et de naturelles, rythmées et «templées» étaient du meilleur aloi, malgré un toreo un peu décollé sur la droite, heureusement un peu plus serré sur la gauche. La faena allait a menos,  sans la bonne «entente» homme-toro (esp. acoplamiento) du début avec des scories et un mauvais geste tel que celui de jeter épée et muleta dans un desplante saugrenu. Après un pinchazo et une estocade entière, la forte demande du public pour l’oreille était exaucée… Le sixième, le toro le plus lourd du lot - 500 kg. – ne permettait pas de rééditer la même faena pausée du premier car, au contraire, il montrait un style peu agréable, sautant dans les capotazos de réception et donnant des coups de tête dans la muleta. Malgré l’intention de baisser la muleta en début de faena, l’effort était vain mais «Juan Miguel» dominait la situation. Donc une faena avec des hauts et des bas pour conclure par une estocade entière desprendida et trasera. Sonnait un avis lorsque le toro tombait. Une oreille !!

Miguel de Pablo fut un obscur novillero et son titre de matador – alternative en 2014 – ne lui permettait pas d’engager une meilleure carrière. Toutefois un grand changement s’est produit dans sa forme de toréer, de rechercher le «temple» dans la muleta, d’exhiber un sens et une expression artistiques insoupçonnés, en un mot de toréer avec douceur même lorsque le toro ne semble s’y prêter. Un répertoire à la cape, varié et artistique, précédait sa première faena, à un très bon toro, de robe jabonero sucio,  répétitif dans des charges «humiliées». Cette faena  était bien construite : tanteo, passes fondamentales, adornos d’un goût exquis, malheureusement terminée par un affreux pinchazo en guise de bajonazo qui tuait le brave guadalmena.

                  

Au 5ème, diraient les mauvaises langues, une sardine, l’intérêt était moindre car les passes à mi-hauteur évitaient, du moins au début, la chute du bicho mais le remède ayant fait son effet, ce risque de chute disparaissait pour ne montrer une nouvelle fois que de bons gestes de torero de Miguel de Pablo qui tuait efficacement cette fois-ci et recevait une oreille qu’il aurait dû couper à son premier.

Alberto Lamelas, sympathique torero qui a glané quelques succès en France malgré un nombre réduit de contrats pour des corridas réputées «dures», ne pouvait à Valdemorillo entamer une nouvelle saison par une prestation satisfaisante. Peu aidé par ses opposants, malheureux à la cape (porta gayola ratée) et à la muleta (un péndulo bougé), il ne pouvait pas dominer son premier, mansurrón, acculé aux planches qu’il fallait sortir de ce terrain, topón dans la muleta. Un pinchazo hondo suffisait à la mise à mort. Le 4ème accusait une certaine faiblesse au début, se reprenait dans la muleta avec une bonne corne gauche mal exploitée. Alberto était débordé, les accrochages de muleta n’arrangeaient rien au comportement brusque du toro auquel il portait un trois-quarts de lame et écoutait un avis.

Des cuadrillas, José Antonio Carretero saluait après deux bonnes paires de banderilles au 3ème. Roberto Martín « Jarocho » était crédité d’une bonne brega.

Albeto Lamelas : silence ; un avis et silence. Miguel de Pablo : ovation et saluts ; une oreille. « Juan Miguel » : une oreille ; un avis et une oreille. Sortie a hombros. Les 1er et 3ème guadalmenas étaient applaudis à l’arrastre.

Georges Marcillac

Photos de Javier Arroyo - Aplausos.

 

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Valdemorillo - 10 février 2018 - 2ème de Feria - Miguel Ángel León: deux oreilles le jour de son alternative.

Une semaine s’est écoulée depuis le début de la Feria de Valdemorillo avec la novillada de dimanche dernier et cette fin de semaine, en deuxième partie, sera le tour des corridas de toros avec deux évènements peu habituels : deux alternatives. La première ce samedi, celle de Miguel Ángel León, un torero sévillan, de Gerena, qui prétendait à se faire remarquer en ce début de saison pour sortir pratiquement de l’anonymat et poursuivre une carrière au futur incertain en cette période de pénurie de contrats pour beaucoup de novilleros et de matadors de toros du montón. Son objectif était en partie atteint car il coupait une oreille à chacun de ses toros et aurait dû en recevoir deux à son toro d’alternative. Les toros étaient de Monte La Ermita (origine Torrestrella), de présentation honnête pour une place de 3ème catégorie, sans doute irréguliers de poids - non affichés… - et de comportements divers, du brave premier au manso 6ème, ne tenant pas tous la distance malgré le dosage de la mono-pique, parfois une seule égratignure.

C’est donc le toricantano Miguel Ángel León qui tirait le meilleur parti du premier toro, un joli berrendo en colorado, bien fait, le plus léger du lot mais le plus brave. Les trastos lui étaient cédés par Luis Antonio Gaspar « Paulita » en présence de Pedro Gutierrez « El Capea ». Après le brindis de rigueur à la famille, la faena était entamée à genoux, au centre du ruedo pour plusieurs derechazos en redondo que le toro répétait avec entrain. Les charges «humiliées» sur la gauche faisaient merveilles mais l’usage du pico ternissait le labeur du jeune matador. La bravoure du toro était telle qu’à la troisième passe à droite, M. A. León se faisait déborder. Malgré cela on remarquait aussi bien à droite qu’à gauche des passes de bonne facture et «templées», çà et là au milieu d’une série… Les passes circulaires inversées confirmaient la qualité du toro qui suivait jusqu’à fin la muleta dans un seul déplacement continu. En conclusion de cette faena méritoire Miguel Ángel León portait une demi-estocade, un peu en arrière, qui suffisait pour que soit demandée l’oreille, accordée par le président qui recevait une bronca pour ne pas répondre à la demande de la deuxième. Le 6ème était un toro important par sa présentation, en poids, hechuras et cornes bien plantées, qui sortait du toril d’un joli galop pour entrer avec fougue dans les premières véroniques, le torero chargeant la suerte et gagnant du terrain à chaque lance. Las, dès le tercio de banderilles, il était évident que le toro prenait goût près des planches et la faena n’était faite que d’une multitude de passes pour retenir le manso dans la muleta, le torero se jetant dans la bataille pour compléter le succès obtenu à son premier. Une demi-estocade perdant la muleta. Un avis… et une oreille était concédée.

«Paulita» tombait sur deux toros, l’un rebrincado – charge irrégulière dans la muleta – l’autre quasiment arrêté, juste pour montrer son métier à défaut du toreo artistique qui est habituellement sa marque. Malgré la difficulté, il toréait à mi-hauteur son premier opposant, construisant une faena sérieuse et technique sans effet sur le public. Il n’y avait rien à faire de notable avec le 4ème, court de charge et sans jus. Brièveté et habileté avec l’épée.

Il est difficile, sans être très ou trop sévère, de qualifier les deux prestations de « El Capea ». Son placement devant les toros est des plus classiques, souvent de trois-quarts, toréant avec un certain style mais n’arrivant pas à «passer la rampe», sans enthousiasme apparent pour faire ressortir son bon toreo et les qualités du sobrero sorti 5ème - de Guadalmena. Néanmoins, il coupait une oreille, sans doute parce que la faena avait été complète à un toro brave et noble, qui ne demandait qu’à être «cité» à bonne distance - pas toujours comprise par le torero -, d’une très bonne corne gauche pas suffisamment exploitée… enfin un labeur qui laissait les aficionados pantois devant une telle inconsistance. Sa première faena avait bien commencé par des passes hautes, à genoux gagnant du terrain jusqu’au centre du ruedo. Le toro réduisait sa charge sur la fin et recevait un pinchazo hondo, « El Capea » écopant, lui, deux avis aux multiples descabellos.

«Paulita». Silence aux deux. « El Capea » : deux avis et silence ; une oreille. Miguel Ángel León : une oreille à chacun de ses toros. Sortie a hombros. Bien aux banderilles: Manolo de los Reyes de la cuadrilla de «Paulita» et Ángel Luis Carmona qui saluait au sixième.

Georges Marcillac

Photos: Cultoro.com

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Valdemorillo - 4 février 2018 - 1ère de Feria – Frileux début.

Avant le paseo, les trois novilleros - Photo Mundotoro

C’est sous la neige que s’est déroulée la première corrida de la Feria de San Blas de Valdemorillo. Un froid polaire avait malgré tout attiré pas mal de spectateurs de Madrid complétant ainsi l’assistance habituelle des habitants de ce village de l’extrême sud de la Sierra de Guadarrama. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Candelaria – ainsi se nomme la plaza de toros – est une arène couverte qui nous préservait ainsi des intempéries de ce début de février et nous permettait d’assister presque au chaud à l’ouverture de la saison taurine, en l’occurrence une novillada prometteuse avec des novillos de Montealto, de bonne réputation à Madrid, et un cartel de jeunes novilleros : Antonio Catalán «Toñete», Alejandro Gardel et Ángel Téllez, tous trois avec moins d’un an en novillada piquée. Malheureusement, les novillos de bonne présentation -  les 5ème et 6ème avaient quasiment le poids et hechuras de toros d’âge - ne remplissaient pas leur contrat ou plutôt celui de leur propriétaire Agustín Montes. Le premier, playero de cornes, trapu et de moindre poids que ses congénères, se battait bien sous la pique pour ensuite s’ «endormir» sous le caparaçon et sortir distrait d’un unique contact avec la cavalerie. A la première paire de banderilles, ratée, le banderillero Agustín Serrano, était poursuivi et cueilli au vol, une mauvaise chute après un «soleil» le laissait inconscient au sol. Emporté à l’infirmerie, il était ensuite évacué vers un hôpital proche. Le second, de même style d’encornure, se décidait avec violence à charger dans la cape d’Alejandro Gardel mais après la première pique et une esquisse de quite par chicuelinas ses charges se réduisaient. Le 3ème, un joli exemplaire de novillo, court sur pattes, sortait aussi vivement du toril pour ensuite entrer dans la cape d’Ángel Téllez sans trop de brio et permettait un quite par gaoneras après une seule pique.

Naturelle de "Toñete"

Le 4ème, un jabonero sucio, n’était pas aussi «joli» que le précédent, il en imposait toutefois autant par son pelage que par sa taille. Il entrait court dans la cape de «Toñete», se retournait vivement et «pesait» un peu sur la droite. Après la pique, il se réservait et offrait quelques difficultés aux banderilles mais le banderillero local, «Tito» Robledo, devait saluer après deux paires valeureuses. Le 5ème était sardo de cape, de cornes épointées?, de 480 kg, n’avait pas un comportement exemplaire aux deux premiers tiers, et arrivait à la faena de muleta pratiquement arrêté… Le dernier, castaño de robe, l’allure d’un toro adulte, ne s’employait pas dans la cape d’Ángel Téllez et entrait trois fois au cheval - le réserve – pour en sortir aussitôt malgré une carioca et un châtiment répété sans doute exagéré. Son manque de fixité, charge erratique et désordonnée décontenançait une cuadrilla «prudente» clouant les banderilles, une à une a la media vuelta (sans se laisser voir et clouant par l’arrière du novillo)

La description des premiers tiers des six novillos ne laissait augurer rien de vraiment bon, novillos qui, dès le debut, montraient un manque de caste et de fond. Le plus mal loti fut Ángel Téllez car il ne pouvait rien tirer de ses deux opposants sans jus et sans caste, deux novillos qui s’arrêtaient, le dernier topón. Bien plus chanceux ou bien plus expérimenté - ce qui est le cas - «Toñete» toréait sans trop de continuité son premier novillo, distrait et peu coopérant dans des charges incomplètes. Il profitait de la mobilité du 4ème pour tracer des passes longues de la droite, une série liée, et des naturelles irrégulières dans leur forme et placement, le novillo finissant par s’arrêter. Des passes aidées par le haut - ayudados por alto – donnaient la seule note artistique de la soirée, avant un pinchazo et une estocade entière qui valaient à «Toñete» une oreille…

Passe de poitrine d'Alejandro Gardel

Alejandro Gardel entreprenait sa faena au cinquième, par des passes hautes gagnant du terrain vers le centre du ruedo et, par la suite, se cantonnait dans des séries de passes isolées, d’assez bonne facture sur la gauche mais sans le lié, que semblait demander le novillo si la muleta lui avait été présentée en continuité après chaque passe. Un trois-quarts de lame suffisait pour que lui soit concédée une oreille après cette faena mal interprétée. A son premier, après des doblones peu nécessaires, la faena de muleta se composait de passes une à une, le novillo restant court sur ses charges. Mise à mort laborieuse avec un grand nombre de descabellos.

Antonio Catalán « Toñete » : Saluts et une oreille. Alejandro Gardel: un avis et sifflets ; une oreille. Ángel Téllez : silence aux deux.

Georges Marcillac

Photos: Javier Arroyo - Aplausos.

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