Le jour de Pâques est le lancement de la temporada de Las Ventas bien que les regards des aficionados étaient tournés vers la Maestranza de Sevilla en prélude à sa fameuse Feria. Mais aujourd’hui il fallait être à Madrid et assister à une corrida qui marquera sans doute la carrière du jeune torero de Tolède : Álvaro Lorenzo. Celui-ci signait deux faenas qui furent respectivement récompensées par une et deux oreilles et par la sortie par la Grande Porte de la calle Alcalà. Le cartel était composé de David Mora, Daniel Luque et Álvaro Lorenzo pour des Toros de El Torero d’origine Juan Pedro Domecq Diez, Salvador Domecq recevant un tiers de l’élevage familial en 1968. Les toros d’aujourd’hui avaient tous plus de 5 ans, formant un lot de poids moyen de 548 kg, de bonne présentation et belles armures, de trapío les 3ème et 5ème, un manso le 4ème, le reste honorable en bravoure avec peut-être un manque de caste pour que l’ensemble reçoive néanmoins une note au-dessus de la moyenne. Prontos, tenant le coup jusqu’à la fin des faenas, ils permettaient surtout à Álvaro Lorenzo de briller surtout avec le 6ème qui était gratifié de la vuelta al ruedo, sans doute exagérée pour un comportement incomplet aux piques.
Alvaro Lorenzo composait ses faenas par des doblones initiaux, au 3ème, et des statuaires au 6ème, montrant dans les deux cas ses intentions, mesurant bien les temps et terminant respectivement par des bernadinas serrées et des doblones des deux mains (sans l’épée montée) magnifiques de rythme et temple. Entre ses débuts et fins de faenas, les passes classiques se succédaient avec des cites lointains auxquels répondaient ses deux toros. On notait une belle série de naturelles à son premier bien que parfois ce toro, juste de force, ne supportait pas toujours les remates par le bas. Justement un remate en guise de naturelle couronnait une série en un trasteo classique et appliqué.

Au dernier, la faena était plus dense, pour des passes de la droite enchaînées dont un derechazo de grande maîtrise et temple, après un cite lointain; des naturelles et un remate « évanoui » (desmayado) et passes de poitrine longues et « templées », le tout dans le même terrain démontrant l’emprise sur l’animal et le sens de la lidia du jeune torero. Pour conclure: deux estocades entières et d’effet rapide, un peu tombées et perdant la muleta. Álvaro Lorenzo avait toréé à la cape avec facilité bien que ses toros n’accompagnaient pas complètement le dessin des véroniques du début. On pourrait regretter toutefois que son toreo de profil enlevait à ses passes la profondeur et la perfection que permettaient ses toros dans leurs charges franches et continues. Malgré cela, il ne faut pas trop mal juger ce jeune torero dont les qualités et technique devraient s’affirmer dans le futur.
David Mora affrontait un toro qui par moment fléchissait des antérieurs en fins de passes par le bas mais permettait une faena sans trop d’éclat à ce toro noble, de charges faiblardes et sans transmission. Le torero de Borox était bousculé à l’estocade, recevait un coup à la poitrine et échappait à la cogida. Le toro amorcillado tardait à tomber et sonnait un avis.
Le 4ème, un imposant colorado ojo de perdiz (bien que le plus léger du lot : 520 kg.) se déclarait manso aux piques et sortait de chaque capotazo ou muletazo pour chercher un terrain désert ou les barrières. Au cours d’une de ses fuites il rencontrait le picador de réserve et là, devant le Tendido 2, recevait une bonne ration en livrant un combat… de manso. David Mora, décidé, le poursuivait pour lui voler avec élégance et astuce des passes de la gauche, vertical et défiant le bicho, ou bien des derechazos liés en redondo pour le garder dans la muleta. Donc des passes isolées, pratiquement collé à la barrière du Tendido 7, David Mora réussissait à tempérer ce toro couard et par surprise lui logeait l’épée jusqu’à la garde. L’oreille était demandé et non concédée mais ce trasteo de ce torero presque vétéran était justement fêté par le public reconnaissant.
Daniel Luque tombait sur les deux toros du lot de moindre qualité mais, lui non plus, ne parvenait à apporter des détails qui auraient pu rehausser une prestation par ailleurs terne, faite de beaucoup de passes mécaniques. Si le 2ème entrait bien dans la muleta il en sortait sans aller au bout de la passe. Quant au 5ème, tantôt arrêté, tantôt chargeant sans « humilier», sans fijeza bien que jusqu’à la fin il avait du ressort, d’où la difficulté de gérer ces irrégularités. Daniel Luque n’était pas non plus très heureux à l’épée.
Dans les cuadrillas, on notait la brega et la pose des banderilles de Sergio Aguilar, reconverti cette saison torero de plata, auquel est promis une belle nouvelle carrière. Ángel Otero saluait aux banderilles au premier. Le toro sorti 3ème était applaudi à l’arrastre et le mouchoir bleu primait le 6ème de la vuelta al ruedo (contestable)
David Mora : un avis et silence ; tour de piste. Daniel Luque : silence aux deux. Álvaro Lorenzo : un oreille et deux oreilles, sortie a hombros.
Georges Marcillac
Photos: Javier Arroyo - aplausos.com

En ce dimanche des Rameaux la plaza de Las Ventas ouvrait ses portes pour la deuxième année de la empresa Plaza 1 avec une corrida de Victorino Martín, en hommage à son créateur, décédé en octobre dernier. Le lleno des gradins de soleil traduisaient le besoin des spectateurs d’un hypothétique rayon de l’astre solaire pour tempérer le froid hivernal qui régnait sur la capitale. Les autres tendidos étaient plus clairsemés pour une entrée totale de 14.500 spectateurs. Les matadors Manuel Jesús « el Cid », Pepe Mora et Saúl Jiménez Fortes, désormais “Fortes” ??, tout seul, complétaient le cartel. Tout au long de l’après-midi, le vent omniprésent gênait le maniement des capotes et muletas et compliquait les faenas en plus des difficultés inhérentes aux toros de cet encaste.
le 6ème de moindre présentation et quelque velléité de mansedumbre, renversait néanmoins la cavalerie à la première rencontre. Ils affichaient un poids moyen de 534 kg, bien armés, cornivueltos, veleto le 5ème. Le 1er présentait une cornada à l’arrière-train gauche, ce qui valait les premières protestations du public et la bronca au président.

La Feria 2018 était composée de cinq corridas dont une novillada d’ouverture le vendredi 2 mars. Au cartel, cinq novilleros et une novillera, María del Mar Santos de Badajoz qui, d’ailleurs, par ancienneté ouvrait la novillada de El Freixo, élevage de «El Juli» au moins présent à Olivenza par l’intermédiaire de ses novillos. Ces derniers étaient crédités d’une bonne note car leur comportement varié rendait ce premier spectacle très intéressant et qui l’aurait été encore plus si les novilleros avaient pu mieux s’exprimer gênés dans leurs évolutions par un vent violent tourbillonnant dans le ruedo. Maria del Mar affrontait un novillo costaud qu’elle toréait avec détermination et vaillance. A la mise à mort, elle se jetait sur le garrot du novillo, restait sur la face et la cogida inévitable se produisait suivie d’une bonne rouste au sol. Fortement contusionnée, elle était conduite à l’infirmerie et ensuite à un hôpital de Badajoz. Le portugais Joâo Silva « Juanito », malgré la pluie et le vent, toréait à la cape et à la muleta variant les suertes, ferme dans sa position, la muleta basse pour forcer le bon novillo et éviter l’effet du vent. Il tuait d’un pinchazo et d’une estocade entière, écoutant un avis… et recevait une oreille méritée. Ce novillero en progrès est à suivre dans la saison qui commence. Antonio Catalán « Toñete » coupait aussi une oreille ainsi que Marcos Pérez, chacun à leur novillo, sans atteindre des sommets. Le premier forçait la figure, compas largement ouvert, signait une bonne série de naturelles et pour finir des luquesinas avant de porter un pinchazo et une entière assorties d’un avis ; le deuxième toréait à distance, sans transmission un novillo qui avait provoqué une chute monumentale de la cavalerie, pour une faena qui lui valait une oreille par la quantité plus que par la qualité. Alfonso Cadaval passait, avec le vent, sans peine ni gloire et Alejandro Adame, le troisième de la fratrie taurine mexicaine, dont c’était la première novillada piquée, ne semblait pas très à l’aise, toréait avec le pico, un novillo trop compliqué pour un tel début. Mal à la mise à mort. Un avis.
Les passes d’entrée à genoux et les bernadinas de fin de faena donnaient un sens au trasteo du jeune torero, téméraire et classique à la fois. L’estocade finale lui permettait de triompher à l’unisson de ses compagnons de cartel. L’oreille coupée au garcigrande, faiblard et distrait, du dernier jour confirmait une fois de plus la variété du toreo de Ginés Marín qui entamait sa faena par des passes hautes, de costadillo, de poitrine, le tout lié, et concluait par des mondeñinas et une estocade a recibir ! L’autre jeune loup, Andrés Roca Rey, lui aussi coupait des oreilles, notamment celle à son deuxième de Victoriano del Río de charges courtes, résultat d’un labeur sérieux et varié mais qui ne créait plus la surprise : les passes circulaires, enchaînées ne soulèvaient pas (ou plus) l’enthousiasme, les passes fondamentales étaient bien dessinées mais absentes de duende. Pourtant la passe changée dans le dos, doublée, et la passe de poitrine, le tout lié au centre de la piste, lançaient une faena à son premier, les luquesinas très serrées étaient tout juste fêtées malgré la démonstration d’une parfaite maîtrise de ces passes ajustées.
Néanmoins, l’oreille était demandée et accordée après un avis. Miguel Ángel Perera sortait lui aussi a hombros pour un triomphe sans éclat, après deux faenas selon son style, imposant sa loi à des toros qui de toute manière terminaient près des planches sans doute rendus à la muleta ou bien déclinant le combat et révèlant ainsi leur mansedumbre latente.

À la fin de la faena, Enrique Ponce se payait le luxe de ses poncinas réservées aux toros braves et résistants. Un changement de main énorme de temple et d’élégance soulevait le public conquis. Une estocade un peu tombée et les deux oreilles étaient accordées sous les acclamations unanimes. A son premier, le maître de Chiva coupait une oreille pour une jolie faena à un autre victoriano-del-río, celui-ci répétitif dans ses charges. Ce trophée valait pour la démonstration d’un magistère qui paraît n’avoir plus de limites ni comparaison.

La faena qui suivait était tout un assortiment de passes exécutées avec goût, bien orientées avec pour finir une série de naturelles marchées vers le toro alliant à la fois maîtrise et grâce. Venaient ensuite d’autres, naturelles aidées (le vent…), et l’improvisation d’un pase circular de la gauche. Deux oreilles étaient fortement demandées et concédées après une estocade un peu en arrière, radicale, le torero recevant un coup de plat de corne au passage. Tout le métier, le pundonor d’Antonio Ferrera éclataient dans le combat, le corps-à-corps, livré, l’après-midi, face à un toro de Victorino Martín de nom «Mojarrillo » de 535 kg. mobile, andarín, imposant le respect et surtout développant une sensation de risque réel que le torero sût affronter avec les armes propres du toreo ancien: esquives, demies passes volées, passes de pitón a pitón avant la mise à mort ternie par une succession de pinchazos et deux avis. Le victorino était allé bravement au cheval pour une seule pique, insuffisante sans doute, assortie de la carioca, il vendait cher sa vie jusqu’à la fin.
Pour la deuxième corrida de la Feria d’Hiver de Madrid étaient à l’affiche trois novilleros dont une jeune torera, Rocío Romero, de Cordoue, qui faisait son début avec picadors. Le choix des novillos de « El Parralejo » par l’empresa Tauroemoción était des plus judicieux car ce fer – d’origine Jandilla et Fuente Ymbro - jouit d’une réputation certaine malgré ses seuls dix ans d’existence et création de la ganadería. La cordouane avait pour partenaires au cartel Antonio Catalán «Toñete» (2ème au classement 2017 avec 30 novilladas) et Ángel Téllez, une valeur montante avec seulement 16 novilladas piquées à son actif depuis fin mai 2017.
Au 4ème, un novillo suelto que «Toñete» gardait intelligemment dans la cape par delantales et le conduisait suavement, en tanteo, jusqu’au centre de la piste en début de faena. Le novillo s’ «ouvrait» et permettait au novillero de s’exprimer par des passes de joli style, dans une une série de naturelles et trincherilla, et plus près du tercio, avec de nouvelles naturelles liées et doblones avant la mise à mort pour une estocade entière, tombée, qui roulait le novillo. L’oreille était accordée.
La faena débutait à genoux au centre du ruedo pour une charge allègre du novillo qui «protestait» dans la muleta mais, celle-ci tenue basse, maîtrisait cette difficulté. Des naturelles très serrés, on s’en doutait, liées à un farol et passe de poitrine. Une autre série avec la finition par molinete et passe de poitrine. Le tout sans perdre un seul pas, lié dans un mouchoir. Les charges étaient plus courtes et la faena «faite». Les bernadinas étaient exécutées sans broncher, avec une cogida - sans dommage - comme suite à une distraction du … torero. La mise à mort était ratée, assortie d’un avis et sans trophée, sinon une longue ovation. Au 5ème, pour forcer le succès perdu au 2ème , il fallait retenir le novillo, mansurrón, qui recherchait les planches. Ceci nous valait d’applaudir le banderillero Juan Navazo pour une paire al sesgo por fuera, une suerte peu pratiquée mais qui donnait tout son sens à la lidia tant des membres de la cuadrilla que celle du matador ensuite. Un quite par chicuelinas stylisées ultra-serrées confirmait la volonté d’Ángel Téllez de gagner une oreille comme ses compagnons de cartel qui l’avaient précédé. Pour cela il fallait éloigner le novillo de sa querencia. En une série de naturelle y parvenait, une à une, mais bien «templées», suivie d’une autre série de la droite, la muleta collée au museau du novillo jouant à plaisir du poignet. Bonne gestion des terrains et du placement. Une oreille était la récompense après un pinchazo et une estocade entière poussée à fond.
Au 6ème, moins nerveuse, Rocío Romero dessinait de belles passes de tanteo avant de prendre la muleta à gauche pour de bonnes naturelles « templées » et terminait sur la droite, relâchée, se plaisant dans des derechazos courts mais bien données au noble novillo. Tout se gâtait à la mise à mort pour un pinchazo et une infinité de descabellos, sauvée in extremis avant le troisième avis. Malgré cette lacune à l’épée, Rocío Romero partait sous les applaudissements, ayant rempli dignement son accès à la catégorie des matadors de novillos.
La corrida était annoncée comme un hommage à Victorino Martín Garcés, ganadero exemplaire et maintenant historique, décédé en octobre, l’an passé. Après le paseo, une minute de silence était observée et un poème élégiaque dit, (mauvaise sonorisation du «palais» de Vistalegre) à la gloire du brujo de Galapagar (esp : sorcier. Dit par sympathie et admiration pour l’oeuvre d’éleveur accomplie). Une peinture, portrait du créateur de la prestigieuse ganadería, œuvre de Mónica Gimeno, était remise à Victorino Martín Jr. et à sa fille, Pilar.
Il remplissait son contrat en coupant une oreille au 3ème à la suite d’une faena volontaire et vaillante devant un animal qu’il fallait combattre en profitant de ses caractéristiques, pas favorables à des passes artistiques, court dans des charges inachevées par des retours à mi-hauteur que le torero dominait, la muleta toujours en position pour éviter l’accrochage. Faena vibrante appréciée par le public qui portait le torero dans son combat. Une estocade en se jetant sur le garrot, en bonne place. Une oreille amplement méritée. A la cape, il entreprenait ses toros peu enclins à bien suivre le leurre. De la même tonalité était l’attitude d’Emilio de Justo au 6ème, «consentant» les charges d’un toro qui protestait dans la muleta, la tête haute. Une estocade tombée mettait fin à cette faena saluée par une ovation.
Curro sût se mettre à bonne distance sans brusquer un toro pas trop docile - deux coladas à gauche – qui visiblement n’aimait pas les cites rapprochés. Des changements de main, des remates opportuns et brillants et une estocade basse d’effet rapide valaient une oreille largement sollicitée. Applaudissements du toro à l’arrastre. Le président, pas encore rodé à son rôle, faisait sonner précipitamment un changement de tercio alors que le torero estimait nécessaire une deuxième pique. Au 1er, Curro Díaz avait montré des détails de torería pas suffisants pour animer un toro, court de charge, juste de force et bravoure. Pour sa faena et l’estocade desprendida et effective, il recevait une ovation et saluait au tercio.
Un corrida de toros de la ganadería de Guadalmena (origine J.P Domecq via Nuñez del Cuvillo) mettait le point final à la Feria de la Candelaria de Valdemorillo 2018. Comme la veille, La Candelaria était le cadre d’une alternative : celle de Juan Miguel Benito qui, après une assez longue carrière dans les rangs des novilleros, passait à la catégorie supérieure des matadores de toros des mains d’Alberto Lamelas avec pour témoin Miguel de Pablo. Le public de Valdemorillo, renforcé de nombreux aficionados de Madrid et des partisans des deux toreros colmenareños - Juan Miguel est natif de Colmenar de Oreja, et Miguel de Pablo de Colmenar Viejo - pueblos de Madrid - forçait par sa demande l’attribution d’une oreille au toricantano au terme de ses deux faenas. Miguel de Pablo, lui, recevait une oreille du 5ème.
Les premières séries de la droite et de naturelles, rythmées et «templées» étaient du meilleur aloi, malgré un toreo un peu décollé sur la droite, heureusement un peu plus serré sur la gauche. La faena allait a menos, sans la bonne «entente» homme-toro (esp. acoplamiento) du début avec des scories et un mauvais geste tel que celui de jeter épée et muleta dans un desplante saugrenu. Après un pinchazo et une estocade entière, la forte demande du public pour l’oreille était exaucée… Le sixième, le toro le plus lourd du lot - 500 kg. – ne permettait pas de rééditer la même faena pausée du premier car, au contraire, il montrait un style peu agréable, sautant dans les capotazos de réception et donnant des coups de tête dans la muleta. Malgré l’intention de baisser la muleta en début de faena, l’effort était vain mais «Juan Miguel» dominait la situation. Donc une faena avec des hauts et des bas pour conclure par une estocade entière desprendida et trasera. Sonnait un avis lorsque le toro tombait. Une oreille !!

Une semaine s’est écoulée depuis le début de la Feria de Valdemorillo avec la novillada de dimanche dernier et cette fin de semaine, en deuxième partie, sera le tour des corridas de toros avec deux évènements peu habituels : deux alternatives. La première ce samedi, celle de Miguel Ángel León, un torero sévillan, de Gerena, qui prétendait à se faire remarquer en ce début de saison pour sortir pratiquement de l’anonymat et poursuivre une carrière au futur incertain en cette période de pénurie de contrats pour beaucoup de novilleros et de matadors de toros du montón. Son objectif était en partie atteint car il coupait une oreille à chacun de ses toros et aurait dû en recevoir deux à son toro d’alternative. Les toros étaient de Monte La Ermita (origine Torrestrella), de présentation honnête pour une place de 3ème catégorie, sans doute irréguliers de poids - non affichés… - et de comportements divers, du brave premier au manso 6ème, ne tenant pas tous la distance malgré le dosage de la mono-pique, parfois une seule égratignure.
Les passes circulaires inversées confirmaient la qualité du toro qui suivait jusqu’à fin la muleta dans un seul déplacement continu. En conclusion de cette faena méritoire Miguel Ángel León portait une demi-estocade, un peu en arrière, qui suffisait pour que soit demandée l’oreille, accordée par le président qui recevait une bronca pour ne pas répondre à la demande de la deuxième. Le 6ème était un toro important par sa présentation, en poids, hechuras et cornes bien plantées, qui sortait du toril d’un joli galop pour entrer avec fougue dans les premières véroniques, le torero chargeant la suerte et gagnant du terrain à chaque lance. Las, dès le tercio de banderilles, il était évident que le toro prenait goût près des planches et la faena n’était faite que d’une multitude de passes pour retenir le manso dans la muleta, le torero se jetant dans la bataille pour compléter le succès obtenu à son premier. Une demi-estocade perdant la muleta. Un avis… et une oreille était concédée.
«Paulita» tombait sur deux toros, l’un rebrincado – charge irrégulière dans la muleta – l’autre quasiment arrêté, juste pour montrer son métier à défaut du toreo artistique qui est habituellement sa marque. Malgré la difficulté, il toréait à mi-hauteur son premier opposant, construisant une faena sérieuse et technique sans effet sur le public. Il n’y avait rien à faire de notable avec le 4ème, court de charge et sans jus. Brièveté et habileté avec l’épée.

