L’avant dernière corrida de la Feria d’Avril à Séville se déroulait sous une pluie intermittente et devant des arènes remplies tout juste au trois-quarts. Les toros de Fuente Ymbro, irréguliers de présence et de comportements, offraient néanmoins aux matadors andalous du cartel l’occasion de mettre en évidence quelques facettes de leur torería sans triompher… Seul David Fandila « El Fandi » coupait une oreille au sixième et l’intransigeance et sévérité du président empêchait Juan José Padilla de recevoir ce même trophée. Manuel Jesús « El Cid » repartait bredouille. Sans doute, il fut le moins bien servi du lot pour briller.
Deux toros de Fuente Ymbro pouvaient être crédités d’une bonne note, tels les 1er et 6ème, le 3ème développait casta ou plutôt genio et ne permettait pas de faena. Le 1er par une charge rythmée, sans à-coups, meilleur sur la corne droite, plus réservé sur la gauche n’était pas mis totalement à profit par J.J. Padilla. Le 6ème plus vif, sans fixité d’entrée à la cape mais de bonne course dans les quites et aux banderilles, plus long de charge sur la droite, baissait un quelque peu sur la fin de faena avec l’excuse d’avoir été mis à contribution par « El Fandi » dans les tercios précédents. Le 2ème, le seul cinqueño du lot, mettait à l’épreuve « El Cid » par l’irrégularité et le « piquant » de ses charges, le 4ème faible et rajado sur la fin et le 5ème , distrait et pas clair dans la muleta de « El Cid » n’apportaient rien de bon ni pour le ganadero et encore moins pour les matadors. Dans l’ensemble, les suertes de varas ne détonnaient pas de la tendance observée durant cette feria, piques traseras, les deuxièmes « règlementaires » n’étaient jamais appuyées et il n’y eut vraiment pas de combat au cheval.
L’après-midi de David Fandila « El Fandi » était la plus complète, la plus sérieuse. Il recherchait et forçait le succès finalement obtenu au 6ème. Très varié aux banderilles, c’est avec ce toro qu’il déployait ses facultés physiques et son sens du spectacle : il plantait trois paires de rehiletes, une de la moviola, la suivante al sesgo por dentro et l’autre por fuera. Il avait animé un quite par zapopinas et demi-véronique à genoux au centre de la piste. La faena était entamée de nouveau au centre, para un cite lointain, pour des passes en rond à genoux. Debout, « El Fandi » dessinait des derechazos, a gusto et, à gauche, il avançait la muleta pour allonger la charge du toro qui n’avançait pas avec la même vivacité qu’à droite. Il terminait la faena par ayudado por alto, naturelle de remate par le bas et molinete. Le torero de Granada dominait la situation et se montrait sous le jour d’un torero sûr de lui, de recours techniques et gestes artistiques … Une estocade entière, estoconazo, un peu en arrière valait une oreille largement fêtée par le public, un peu mouillé mais heureux.

A son premier « El Fandi » avait résolu avec métier les difficultés que présentait ce toro de charge courte et rebelle, presque tobillero, colérique même lorsqu’il arrivait à accrocher la muleta. Une estocade desprendida achevait l’animal que El Fandi avait torée à la cape d’entrée par des véroniques bien dessinées – une demi-véronique à genoux en remate, accrochée – et des chicuelinas marchées pour conduire le toro au cheval le tout suivi d’un tercio de banderilles explosif.
Juan José Padilla ne parvenait pas à « incendier » comme à son habitude le public de Séville tout acquis au Pirata. La petite faena au bon premier montrait un Padilla en dessous de ses capacités de lidiador - pas nécessaires avec ce toro – recherchant des effets spectaculaires alors qu’il suffisait de toréer long, pausé et profiter de la charge rythmée et répétée du toro pour dessiner les derechazos et des naturelles classiques. La faena initiée à genoux près des tablas et terminée par des doblones confirmaient la qualité de ce toro qui recevait une estocade très en arrière. Cela justifiait, sans doute, la décision du président de ne pas accorder l’oreille malgré une demande majoritaire ! Au 4ème, pauvre de hechuras, il n’y avait pas grand-chose à faire car ce toro ne montrait aucune envie d’entrer dans le leurre, restait court et terminait les passes en faisant mine d’aller vers les planches, rattrapé in extremis à chaque fois sans continuité donc et… sans intérêt ni pour le public ni le torero désabusé et contrit de son avant-dernière prestation à la Maestranza. On le sait : Juan José Padilla a décidé de se retirer à la fin de la saison. Il sera à Séville pour la San Miguel pour ses adieux…
Manuel Jesús « El Cid », sans doute le moins bien servi au sorteo, commençait bien ses deux faenas. A son premier, le cinqueño, de belle présentation, sur la droite, à la muleta, il canalisait les charges vives de ce toro qui transmettait émotion mais qui doutait dans les naturelles.
Après cela, le comportement du toro changeait pour ne plus répéter les charges du début. « El Cid » prenait l’épée pour un pinchazo et une estocade verticale entière. La réception du 5ème par véroniques améliorées en qualité et terrain, donnait quelque espoir, vite déçu car le toro sans fixité, distrait, chargeant dans toutes les directions – difficile brega ? - « sans humiliation » à la muleta, ne permettait que des demi-passes. A la voix, « El Cid » incitait la charge de ce toro irrégulier dans le leurre et, découragé, terminait par un court macheteo avant de placer un pinchazo hondo ou demi-lame en sortant de la suerte et allongeant le bras.
Juan José Padilla : Un vuelta ; silence. “El Cid”: silence aux deux. “El Fandi” : silence et une oreille. Applaudissements aux 1er et 6ème à l’arrastre.
Georges Marcillac


















Tout est douceur comme la charge du Garcigrande qui répond également de loin, sans hésitation. Juli duplique à gauche sans les excès habituels. En fin de faena, de retour dans son style contemporain, il met en valeur l'extraordinaire embestida du toro. Le public demande l'indulto. Juli insiste, accompagné de la musique, pour convaincre la présidence. Indulto accordé. Deux oreilles symboliques et vuelta avec le ganadero dans une parfait hommage à son ganadero de père récemment décédé.
En cette après-midi printanière - enfin! – se déroulait la corrida de Victorino Martín, attendue, avec des toreros connaisseurs de cet élevage légendaire qui sortaient avec la devise noire en signe de deuil comme chacun le sait. Corrida bien présentée, homogène de hechuras typiques de cet encaste avec peut-être un seul iota pour le 3ème , plutôt basto, cárdeno oscuro, les autres cárdenos aussi mais plus caractéristiques de la robe albaserrada. Le poids moyen du lot était de 545 kg avec +/- 20 kg de différence. Dans l’ensemble les pensionnaires de Las Tiesas allaient au cheval pour un châtiment dosé, en tout cas pas excessif, avec à la sortie des signes de faiblesse. Le 5ème semblait être le mieux apte à entrer dans les capes et la muleta, se déplaçait d’une course régulière et franche durant le tiers de banderilles mais ne tenait pas la distance à la faena de muleta. Antonio Ferrera, Manuel Escribano et Daniel Luque étaient les préposés à affronter les victorinos, des spécialistes par ailleurs, mais sans option, en ce jour, de remporter le succès escompté.
En réalité la vuelta récompensait la réception a porta gayola, qui d’ailleurs aurait pu mal se terminer, le toro se « croisant » dans la cape, le torero évitant la cogida, les deux largas cambiadas à genoux et les véroniques vibrantes qui suivaient ainsi que la paire de banderilles clouées dans un quiebro hasardeux au fil des barrières. La faena au 2ème qui ne baissait pas la tête dans la muleta, se résumait à de bonnes passes lentes au début pour se terminer par des demi passes, même un desarme, le toro se retournant sans derrote mais empêchant la finition des passes. Efficacité à l’épée.
Au 6ème, avec patience et métier il parvenait à diriger la charge dans un trasteo bougé au début pour ensuite, le toro fixé, lier des passes de la droite... accompagnées de la musique ! Sur la corne gauche c’était moins bien, le toro chargeait la tête «arriba del palillo» (expression qui signifie que le toro chargeait sans baisser la tête, les cornes à hauteur de l’estaquillador qui soutient la muleta). Le toro capitulait…. Daniel Luque se distinguait, à son habitude, à la cape, par contre, il n’était pas dans un bon jour à l'épée, multipliant pinchazos avant de la placer pas toujours en bonne position…
Avec le ciel dégagé après tant de menaces de pluie, avec le premier cartel de figuras, la corrida pouvait s’annoncer bien meilleure que définitivement elle fut. Elle durait presque trois heures après le changement de deux toros - les 3ème et 6ème - d’un lot de deux fers de même origine Juan Pedro Domecq et Jandilla, ceux d’Olga Jiménez et García Jiménez, de la propriété de la «Casa Matilla». En tête du paseillo, Miguel Ángel Perera pour son unique présence à l’affiche de la Feria cette année et Alejandro Talavante qui accompagnaient Andrés Roca Rey très attendu après son succès à la Maestranza, le jour de Pâques. Par leurs présentations et comportements, les toros de la Peña de Francia (Salamanque) ruinaient les espoirs de Miguel Ángel Perera de bien figurer et Andrés Roca Rey, pas mieux loti, voyaient ses deux toros titulaires renvoyés aux corrales et remplacés par un toro d’Olga Jiménez (3ème) et un autre de Torrestrella (6ème). Les tercios de piques, pour la plupart, étaient escamotés, réduits à un simulacre, des picotazos, malgré la chute de la cavalerie enregistrée au 5ème, un toro de 585 kg qui partait de loin, impactait et envoyait cheval et picador au sol.
Curro Javier de la cuadrilla d’Alejandro Talavante était accroché, déséquilibré au sortir d’une paire de banderilles et repris au sol sans dommage apparent, taleguilla déchirée. Paco Algaba était victime d’un derrote au bras gauche alors qu’il s’apprêtait à «puntiller» le 6ème. Javier Ambel, de la cuadrilla de Perera, Juan José Domínguez, de celle d’Andrés Roca Rey, saluaient après la pose des banderilles ainsi que Curro Javier malgré sa cogida.
Le second sans fijeza aux banderilles, de charge courte dans la cape sans trop «humilier», semblait s’améliorer lors des passes de tanteo d’Alejandro Talavante. Peu à peu, en «perdant» des pas pour engager la charge et faire baisser la tête du toro, il faisait en sorte que les dernières séries de naturelles étaient mieux réunies, certaines pieds joints. Malgré cela, le toro gênait le torero dans les finitions, les remates, en donnant de la corne. La mise à mort gâchait en partie le bon trasteo d’Alejandro Talavante, perdant subitement confiance et se jetant de côté pour deux pinchazos et une estocade basse.
