Madrid 24 septembre 2023 – La corrida concours met en valeur Gómez del Pilar et un toro de Pedraza de Yeltes.

Une corrida concours est par définition une corrida où se mesurent des toros de différents élevages ayant pour but de primer le toro qui réunit les qualités de présentation, de bravoure avec en exergue son comportement à l’épreuve des piques. C’est aussi, sans jeu de mot, un concours de circonstances difficiles de concilier pour qu’un toro satisfasse l’éleveur pour le choix d’un toro de garantie - reata, trapío et hechuras – son comportement le jour J, sa lidia et les capacités du matador pour mettre en valeur toutes ces qualités sans compter l’opinion du public souverain pour accorder le prix. C’est dire combien il est risqué, pour l’organisateur, de présenter une affiche qui réunisse des toros de ganaderías de prestige et des toreros prêts ou préparés à les combattre et quasiment imposible de répondre à la lettre à la conformité du règlement ainsi qu’aux exigences du public de Las Ventas.

Tel était l’ordre de sortie des toros et des toreros pour les combattre:

Il est rappelé que cet ordre est celui régi en fonction de l’ancienneté de l’élevage, donc sans sorteo préliminaire, et chaque matador interviendra, de même, selon son ancienneté (date d’alternative). Au terme de la corrida, le jury composé de critiques taurins, vétérinaires et un représentant de Plaza 1 désignait “Sombrero” de Pedraza de Yeltes comme toro mas bravo del encierro” et accordait le prix de meilleur picador à Antonio Peralta de la cuadrilla de Serafín Marín qui avait piqué le 4ème, de Peñajara.

“Cabañito” de Partido de Resina exhibait les formes, hechuras, et couleur de robe typiques des ex-Pablo Romero. Il courait le long des barrières et, au premier cite à la cape de Serafín Marín, il se penchait vers les tablas du côté droit dans un premier avertissement pour le torero. Pour cela, les premières véroniques, excellentes, sur la corne gauche, et les naturelles de la faena de muleta, du meilleur style, toreo vertical et temple, furent les seules occasions de briller du catalan. En effet, entre temps, le toro avait manifesté quelques faiblesses, trébuchant à maintes reprises, peu piqué!, et protestations du public mouchoir vert en main. La suavité du tanteo n'y faisait rien et les charges de plus en plus courtes déterminaient Serafín à prendre l’épée pour une estocade entière un peu tombée, radicale, précédée de deux pinchazos.

“Triana” de Samuel Flores rappelait l’allure des toros de cet élevage habituel de Las Ventas il y a quelques lointaines années… Des cornes, oui, terciado, sans les protestations du T7?, ce toro lâchait des coups de cornes dans les capes, distrait, il fuyait face au cheval et finalement, au pas, il prenait deux piques arrière et sortait suelto des deux rencontres. Signes de mansedumbre.  À la muleta, ce n’était guere mieux et après quelques passes à mi-hauteur Rubén Pinar abrégeait et portait une estocade contraire, tendida, légèrement croisée. Un descabello.

“Manisero” de Victoriano del Río, cornes ouvertes, ancho de sienes, était fixé à la cape par Noé Gómez del Pilar par des véroniques, “mettant” bien la tête dans le leurre. Sa belle charge au cheval était gâchée par la maladresse du picador, pique trasera, rectifiée dans les deux rencontres. Bronca. Tercio de banderilles compliqué, le toro tendait vers les tablas. Il protestait sans trop de vigueur dans son passage dans la muleta ou en sortait en fin de passe. Le madrilène dominait la situation et en fin de faena il réussissait une très bonne série, laissant la muleta en position pour reprendre le toro qui s’en éloignait et lier des derechazos en redondo et la passe de poitrine compléte. Des pinchazos et avis. Une épée entière un peu tombée.

“Mexicano” de Peñajara (de Casta Jijona  appelation récement ajoutée car d’origine très ancienne d’un élevage fondé au XVIIe siècle par Juan Sánchez Jijón avec des apports postérieurs de sang de JP Domecq, actuellenent en majorité de sang Baltasar Ibán) spectaculaire para sa robe ensabanado, botinero, capirote, de belle encornure, veleto, ne montrait pas ensuite les qualités requises pour une corrida concours. Il grattait le sol et, encore, seules de bonnes véroniques de Serafín Marín agrémentaient les premières charges. Ses élans et sa course vers le cheval à partir de la troisième raie donnaient l’illusion car la puya n’était guère appuyée mais placée convenablement et habilement par le picador. Il y avait seulement le geste d’une troisième pique et le picador était applaudi… Au tercio de banderilles, Marcos Prieto et Diego Valladares saluaient. Après la première série à la muleta, charge descompuesta,  le peñajara vidé, ne chargeait plus. À toro arrêté, l’estocade entière, mettait fin à cette  faena... inexistante.

“Castellano II” de José Escolar n’etait pas très bien accueilli par le public malgré des hechuras propres à son encaste. Il passait irrégulier dans la cape tantôt tête baissée tantôt lançant les pattes en avant. Deux rencontres au cheval, piques placées traseras et la hampe aussitôt levée à la seconde. Il semait la panique au tercio de banderilles, coupant sa trajectoire des deux côtés en six passages pour des poses des bâtons, un à un! Rubén Pinar pouvait seulement dessiner deux bonnes naturelles, toro “humilié” mais tardo avant chaque charge et dépourvu de la casta nécessaire pour avancer. Le comportement discontinu du mauvais escolar obligeait le matador à l’expédier d’un seul pinchazo hondo assorti de deux descabellos.

“Sombrero” de Pedraza de Yeltes se présentait bien dans le style de cet élevage, se déplaçant à bonne allure malgré son poids et volume, portant bien ses cinq ans révolus. Son passage quelconque à la cape de Noé, précédait un bon comportement sous les deux piques règlementaires, chargeant et poussant des reins dans le peto. Le public réclamait un nouvel assaut, oublié ou négligé par le président qui demandait le changement de tercio et recevait une belle bronca. Après les banderilles et un brindis au public, Gómez del Pilar recevait à genoux le toro dans des passes de la droite en redondo et, debout, la passe de poitrine. Profitant de cette belle charge et “citant” à bonne distance, il dessinait une série complète de derechazos. La charge se décomposait dans la série suivante sur la droite et, à gauche, le toro se serrait au corps de Gómez del Pilar qui terminait artistiquement par des naturelles et passes par le bas en trincherillas. Le pedraza baissait de rythme mais acceptait encore la dernière série de la droite bouclée par un molinete et la passe de poitrine liée. L’estocade desprendida, bien portée basculant sur la corne droite necessitait un descabello, décisif. Un avis. Légère pétition d’oreille.

           

Cetre corrida se terminait donc sur un succès relatif pour ce dernier toro sans faire oublier le comportement inaproprié des produits des cinq autres élevages. Ceci montre combien est illusoire, par les temps qui courent, de monter une corrida concours et ainsi s’exposer à des échecs ou résultats mitigés. Même les éleveurs qui prétendent offrir des toros, meilleurs produits représentatifs de leur encaste se trompent ou doivent se résigner à que la chance soit de leur côté le jour du concours.

Serafín Marín: silence aux deux. Rubén Pinar: silence aux deux. Gómez del Pilar: deux avis et saluts; un avis et saluts. De la cuadrilla de Serafín Marín, Marcos Prieto et Diego Valladares saluaient après la pose des banderilles au 4ème.; ovation au picador Antonio Peralta. Seul le toro “Sombrero” fut applaudi à l’arrastreTempérature automnale 24 °C . 8.045 spectateurs.

Georges Marcillac

Photos : Plaza 1

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