Demi-entrée pour voir la corrida de "El Pilar" très disparate et trop juste de présentation. Malgré des poids limités, sauf le premier sobrero, et jeunes en âge pour cinq d'entre eux, ils ont accusé de la faiblesse, tout en montrant de la noblesse. En tout état de cause et bien qu'il m'en coûte de l'écrire, le spectacle de ce jour va donner des arguments à ceux qui ont été enthousiasmés par les deux dernières corridas de Garcigrande et Nuñez del Cuvillo. Dans cette triste ambiance seul José Garrido a tiré son épingle du jeu, à base d'entrega, un peu pueblerina à son second dont il coupa l'oreille. Une corrida de presque trois heures qui mît à l'épreuve les plus endurants d'entre nous.
Le premier exemplaire est haut, fin quelque peu zancudo. Ses retours de charges avec écarts obligent Juan Bautista à rectifier sa position sauf sur deux véroniques d'une grande douceur. L'aldeanueva (les toros de "El Pilar" ont pour origine l'encaste Aldeanueva) pousse au cheval et en sort affecté. Le maestro français distille un quite par chicuelinas et demi-véronique toujours marqué par la douceur, caractéristique tirée de l'embestida. La seconde rencontre au fer est simulée. Le quite d'infirmier de Alberto López Simón envoie le toro au tapis. Juan Bautista débute à mi hauteur et en ligne pour éviter les fléchissements du bicho. Il en résulte un toreo en ligne sur les deux cornes de peu d'intensité, inclus des accrochages de muleta en sortie de passes. Le tout est aimablement applaudi par le public. Le toro est noble, le matador conventionnel. Les enroulements de fin de faena ne sont pas plus en rythme avec l'embestida que le reste du trasteo. Demi-lame en golletazo. Sans reprendre l'épée le Français est longuet au descabello. Silence.
Le second de Juan Bautista est bas et montado. Bien que brusque en sortie, la charge du Pilar est longue et continue. Les véroniques n'en prennent pas la mesure. Avant la pique apparaissent les premiers signes de faiblesse. Mouchoir vert. Le sobrero porte presque cent kilos de plus que ses congénères et est plus dans le type que l'on connait de la ganaderia. Lui aussi accuse une faiblesse dès les capotazos du Français. Le Pilar a du mal à déplacer le cheval d'Alberto Sandoval qui porte deux bonnes piques courtes. La faena débute à gauche, avec difficulté, là où le toro l'attendait au tiers. Les premiers passages droitiers sont conventionnels, froids et en ligne. Le matador semble subir plus qu'imposer. Les séries gauchères le confirment. Pinchazo et demi-lame en arrière. Silence.
Alberto López Simón touche un exemplaire haut et peu épais au regard anovillado auquel il sert des véroniques dans les tercios à la demande du bicho. Le tiers de piques a lieu dans le désordre d'abord, puis le bicho charge de loin et fort sans que la puya ne soit appliquée. Bon quite de José Garrido par véroniques et une demie. Álvarez et Jesús Arruga saluent au second tiers grace à la générosité du public. Le début de faena est plus du tanteo que du toreo. La charge est sincère et transmet. Les derechazos ont du mal à imposer un rythme malgré l'enchaînement de passes accélérées. À gauche, la muleta est accrochée lors des premières naturelles puis retirée de la tête prématurément. Alberto insiste sans trouver le temple idoine. Pinchazo et demi-lame trasera, tendida, desprendida. Quelques palmas au toro. Silence.
Le cinquième a vraiment une apparence de novillo et manque de remate. Abanto, il trébuche dès les premiers lances d'Alberto López Simón. Mouchoir vert. Le second sobrero du jour a encore une morphologie différente et les lances de López Simón ne présagent rien de bon. Le tercio de varas est bien mené par Ángel Rivas et le bicho s'y emploie a menos avec des échappées vers le toril. Vicente Osuna salue après une voltereta et une bonne seconde paire de banderilles. L'animal a galopé durant tout le second tiers. À la muleta, il trébuche malgré une volonté de suivre le leurre. Le trasteo de d'Alberto manque de profondeur. Les derechazos sont initiés por fuera ou exécutés al hilo del pitón. À gauche, le Madrilène subit. Les passes se succèdent ensuite à droite sans contenu. Demi-lame portée bras tendu depuis les extérieurs. Descabello. Silence.
Le troisième est sans trapío, peu armé. José Garrido le torée avec brio par véroniques et demi-véronique au centre. Si le tercio de varas est peu brillant, le quite de Garrido par chicuelinas est toréé par le bas avec beaucoup d'entrega. Celui de Juan Bautista par delantales est plus sobre. Antonio Chacón salue pour une paire portée de loin et à bout de bras. Brindis au public. Garrido impose immédiatement des trajectoires incurvées à droite qui portent sur le public et déclenchent la musique. Inspiré, il poursuit sur les deux cornes avec plus de difficulté à gauche mais en trouvant finalement la clé. Le toro est pronto, le torero totalement engagé. Ayudados por alto vers les planches et une nouvelle série de naturelles anachronique. Estocade entière desprendida et tendida portée avec décision. Avis. La mort traîne en longueur ce qui explique probablement le refroidissement du public dont la pétition d'oreille monte trop tard en puissance, et sans réponse de la présidente. Vuelta.
La corrida se conclut avec la sortie d'un exemplaire qui répète dans la cape de José Garrido dans un va et vient indéfini. L'animal s'emploie sans classe tête haute au cheval. De la seconde rencontré, il sort sans être piqué. Garrido entame avec un tanteo qui met en évidence la faiblesse du bicho. Ce dernier se défend par cabeceo et accroche la muleta. Lorsque Garrido prend la gauche, le rythme est continu à base de position marginale et trajectoires vers l'extérieur. Avec plus d'envie que de pureté le torero de Badajoz appuie à droite et emporte l'adhésion des tendidos. À la fin, il tente d'imposer un passage par naturelles pieds joints qui sans être de grande qualité donne une touche de classicisme au trasteo. Entière trasera et caída. Pétition et oreille.
René-Philippe Arnéodau










Tout est douceur comme la charge du Garcigrande qui répond également de loin, sans hésitation. Juli duplique à gauche sans les excès habituels. En fin de faena, de retour dans son style contemporain, il met en valeur l'extraordinaire embestida du toro. Le public demande l'indulto. Juli insiste, accompagné de la musique, pour convaincre la présidence. Indulto accordé. Deux oreilles symboliques et vuelta avec le ganadero dans une parfait hommage à son ganadero de père récemment décédé.
En cette après-midi printanière - enfin! – se déroulait la corrida de Victorino Martín, attendue, avec des toreros connaisseurs de cet élevage légendaire qui sortaient avec la devise noire en signe de deuil comme chacun le sait. Corrida bien présentée, homogène de hechuras typiques de cet encaste avec peut-être un seul iota pour le 3ème , plutôt basto, cárdeno oscuro, les autres cárdenos aussi mais plus caractéristiques de la robe albaserrada. Le poids moyen du lot était de 545 kg avec +/- 20 kg de différence. Dans l’ensemble les pensionnaires de Las Tiesas allaient au cheval pour un châtiment dosé, en tout cas pas excessif, avec à la sortie des signes de faiblesse. Le 5ème semblait être le mieux apte à entrer dans les capes et la muleta, se déplaçait d’une course régulière et franche durant le tiers de banderilles mais ne tenait pas la distance à la faena de muleta. Antonio Ferrera, Manuel Escribano et Daniel Luque étaient les préposés à affronter les victorinos, des spécialistes par ailleurs, mais sans option, en ce jour, de remporter le succès escompté.
En réalité la vuelta récompensait la réception a porta gayola, qui d’ailleurs aurait pu mal se terminer, le toro se « croisant » dans la cape, le torero évitant la cogida, les deux largas cambiadas à genoux et les véroniques vibrantes qui suivaient ainsi que la paire de banderilles clouées dans un quiebro hasardeux au fil des barrières. La faena au 2ème qui ne baissait pas la tête dans la muleta, se résumait à de bonnes passes lentes au début pour se terminer par des demi passes, même un desarme, le toro se retournant sans derrote mais empêchant la finition des passes. Efficacité à l’épée.
Au 6ème, avec patience et métier il parvenait à diriger la charge dans un trasteo bougé au début pour ensuite, le toro fixé, lier des passes de la droite... accompagnées de la musique ! Sur la corne gauche c’était moins bien, le toro chargeait la tête «arriba del palillo» (expression qui signifie que le toro chargeait sans baisser la tête, les cornes à hauteur de l’estaquillador qui soutient la muleta). Le toro capitulait…. Daniel Luque se distinguait, à son habitude, à la cape, par contre, il n’était pas dans un bon jour à l'épée, multipliant pinchazos avant de la placer pas toujours en bonne position…
Avec le ciel dégagé après tant de menaces de pluie, avec le premier cartel de figuras, la corrida pouvait s’annoncer bien meilleure que définitivement elle fut. Elle durait presque trois heures après le changement de deux toros - les 3ème et 6ème - d’un lot de deux fers de même origine Juan Pedro Domecq et Jandilla, ceux d’Olga Jiménez et García Jiménez, de la propriété de la «Casa Matilla». En tête du paseillo, Miguel Ángel Perera pour son unique présence à l’affiche de la Feria cette année et Alejandro Talavante qui accompagnaient Andrés Roca Rey très attendu après son succès à la Maestranza, le jour de Pâques. Par leurs présentations et comportements, les toros de la Peña de Francia (Salamanque) ruinaient les espoirs de Miguel Ángel Perera de bien figurer et Andrés Roca Rey, pas mieux loti, voyaient ses deux toros titulaires renvoyés aux corrales et remplacés par un toro d’Olga Jiménez (3ème) et un autre de Torrestrella (6ème). Les tercios de piques, pour la plupart, étaient escamotés, réduits à un simulacre, des picotazos, malgré la chute de la cavalerie enregistrée au 5ème, un toro de 585 kg qui partait de loin, impactait et envoyait cheval et picador au sol.
Curro Javier de la cuadrilla d’Alejandro Talavante était accroché, déséquilibré au sortir d’une paire de banderilles et repris au sol sans dommage apparent, taleguilla déchirée. Paco Algaba était victime d’un derrote au bras gauche alors qu’il s’apprêtait à «puntiller» le 6ème. Javier Ambel, de la cuadrilla de Perera, Juan José Domínguez, de celle d’Andrés Roca Rey, saluaient après la pose des banderilles ainsi que Curro Javier malgré sa cogida.
Le second sans fijeza aux banderilles, de charge courte dans la cape sans trop «humilier», semblait s’améliorer lors des passes de tanteo d’Alejandro Talavante. Peu à peu, en «perdant» des pas pour engager la charge et faire baisser la tête du toro, il faisait en sorte que les dernières séries de naturelles étaient mieux réunies, certaines pieds joints. Malgré cela, le toro gênait le torero dans les finitions, les remates, en donnant de la corne. La mise à mort gâchait en partie le bon trasteo d’Alejandro Talavante, perdant subitement confiance et se jetant de côté pour deux pinchazos et une estocade basse.

Le jour de Pâques est le lancement de la temporada de Las Ventas bien que les regards des aficionados étaient tournés vers la Maestranza de Sevilla en prélude à sa fameuse Feria. Mais aujourd’hui il fallait être à Madrid et assister à une corrida qui marquera sans doute la carrière du jeune torero de Tolède : Álvaro Lorenzo. Celui-ci signait deux faenas qui furent respectivement récompensées par une et deux oreilles et par la sortie par la Grande Porte de la calle Alcalà. Le cartel était composé de David Mora, Daniel Luque et Álvaro Lorenzo pour des Toros de El Torero d’origine Juan Pedro Domecq Diez, Salvador Domecq recevant un tiers de l’élevage familial en 1968. Les toros d’aujourd’hui avaient tous plus de 5 ans, formant un lot de poids moyen de 548 kg, de bonne présentation et belles armures, de trapío les 3ème et 5ème, un manso le 4ème, le reste honorable en bravoure avec peut-être un manque de caste pour que l’ensemble reçoive néanmoins une note au-dessus de la moyenne. Prontos, tenant le coup jusqu’à la fin des faenas, ils permettaient surtout à Álvaro Lorenzo de briller surtout avec le 6ème qui était gratifié de la vuelta al ruedo, sans doute exagérée pour un comportement incomplet aux piques.

Le 4ème, un imposant colorado ojo de perdiz (bien que le plus léger du lot : 520 kg.) se déclarait manso aux piques et sortait de chaque capotazo ou muletazo pour chercher un terrain désert ou les barrières. Au cours d’une de ses fuites il rencontrait le picador de réserve et là, devant le Tendido 2, recevait une bonne ration en livrant un combat… de manso. David Mora, décidé, le poursuivait pour lui voler avec élégance et astuce des passes de la gauche, vertical et défiant le bicho, ou bien des derechazos liés en redondo pour le garder dans la muleta. Donc des passes isolées, pratiquement collé à la barrière du Tendido 7, David Mora réussissait à tempérer ce toro couard et par surprise lui logeait l’épée jusqu’à la garde. L’oreille était demandé et non concédée mais ce trasteo de ce torero presque vétéran était justement fêté par le public reconnaissant.
En ce dimanche des Rameaux la plaza de Las Ventas ouvrait ses portes pour la deuxième année de la empresa Plaza 1 avec une corrida de Victorino Martín, en hommage à son créateur, décédé en octobre dernier. Le lleno des gradins de soleil traduisaient le besoin des spectateurs d’un hypothétique rayon de l’astre solaire pour tempérer le froid hivernal qui régnait sur la capitale. Les autres tendidos étaient plus clairsemés pour une entrée totale de 14.500 spectateurs. Les matadors Manuel Jesús « el Cid », Pepe Mora et Saúl Jiménez Fortes, désormais “Fortes” ??, tout seul, complétaient le cartel. Tout au long de l’après-midi, le vent omniprésent gênait le maniement des capotes et muletas et compliquait les faenas en plus des difficultés inhérentes aux toros de cet encaste.
le 6ème de moindre présentation et quelque velléité de mansedumbre, renversait néanmoins la cavalerie à la première rencontre. Ils affichaient un poids moyen de 534 kg, bien armés, cornivueltos, veleto le 5ème. Le 1er présentait une cornada à l’arrière-train gauche, ce qui valait les premières protestations du public et la bronca au président.
