Feria de Olivenza – 2-3-4 mars 2018 – Les triomphateurs (I)

La coquette ville frontalière d’Extremadura, Olivenza, tantôt espagnole, tantôt  portugaise au cours de l’histoire de la peninsule ibérique, célèbre chaque année sa Feria taurine les premiers jours de mars.  La climatologie joue un grand rôle sur le déroulement des habituelles novilladas et corridas mais ne décourage nullement les aficionados venus d’Espagne, Portugal et … de France qui ont bravé, cette année encore, la pluie, le vent et le froid  attirés par des cartels prometteurs. En ce début de temporada les principales figuras  étaient présentes et seule l’absence de Julián López « El Juli » annoncé deux fois, mais forfait à cause de sa blessure de Bogotá du 25 février, non guérie, réduisait l’intérêt de la feria et les jolies arènes ne recueillaient pas l’affluence espérée, surtout après la revente – légale – des billets de la corrida du dimanche après-midi.

Justement à cause de l’inclémence du temps et des problèmes de logistique, les chroniques habituelles se résumeront en un palmarès et relation des faits les plus marquants de cette première feria 2018.

Enrique Ponce et la magie d’un maître.

En tête et au-dessus de tous les acteurs de la corrida du dimanche matin 4 mars et même de toute la feria, on doit placer Enrique Ponce qui, une fois de plus, par la magie de son art, parvenait à mettre tout le monde d’accord devant son deuxième toro de Victoriano del Río en administrant une faena qui ressuscitait un animal terciado, invalide avant et après un picotazo insignifiant («toro impropre à la lidia, le mouchoir vert s’impose», selon mes notes). Malgré les protestations, le maître prenait l’affaire en main: des pauses, des caresses de muleta convaincantes, une gestuelle harmonieuse et technique faisaient oublier les carences physiques du toro qui, miraculeusement aimanté par la muleta, montrait des qualités de charges, « humilié », extrayant de ses entrailles une noblesse et une énergie insoupçonnées. À la fin de la faena, Enrique Ponce se payait le luxe de ses poncinas réservées aux toros braves et résistants. Un changement de main énorme de temple et d’élégance soulevait le public conquis. Une estocade un peu tombée et les deux oreilles étaient accordées sous les acclamations unanimes. A son premier, le maître de Chiva coupait une oreille pour une jolie faena à un autre victoriano-del-río, celui-ci répétitif dans ses charges. Ce trophée valait pour la démonstration d’un magistère qui paraît n’avoir plus de limites ni comparaison.

Alejandro Talavante,  naturel et ses naturelles.

Devant des toros de Garcigrande qui se déplaçaient bien après la mono-pique habituelle et dosée avant de chercher les planches, Alejandro Talavante se promenait littéralement avec aisance, relâché dans ses gestes, même les plus risqués dont une arrucina millémétrique à son premier auquel il coupait une oreille après une courte faena.

                                

La deuxième faena était plus complète avec une entrée en matière par d’excellentes naturelles où le temple et le lié se jouaient des rafales de vent qui pouvaient détourner le toro de la muleta. Le mando et le naturel, caractérisaient les séries des deux mains, surtout la gauche, dans des naturelles, encore, liées, rythmées et élégantes. Du grand Talavante. Les remates, le regard perdu en direction du public, ciselaient cette faena technique et dominatrice avant de mettre à mort avec décision et efficacité. Il coupait deux oreilles. Malgré le vent, Alejandro Talavante n’avait pas négligé son toreo de cape, ce qui était tout à son honneur et une déclaration d’intention pour la suite.

La journée d’Antonio Ferrera.

Par suite de la défection de Julián López « El Juli » le dimanche après-midi, Antonio Ferrera le remplaçait alors qu’il était aussi au cartel le matin. Dans un autre registre, témoin du succès d’Enrique Ponce, et sous le soleil revenu… pas pour longtemps, le torero de Badajoz recevait son premier de Victoriano del Río par de belles véroniques cadencées, accompagnées par un mouvement de ceinture et récidivait après la pique avant de laisser à sa cuadrilla le soin d’assurer le deuxième tiers (il ne plantait les banderilles à aucun de ses toros…) La faena qui suivait était tout un assortiment de passes exécutées avec goût, bien orientées avec pour finir une série de naturelles marchées vers le toro alliant à la fois maîtrise et grâce. Venaient ensuite d’autres, naturelles aidées (le vent…), et l’improvisation d’un pase circular de la gauche. Deux oreilles étaient fortement demandées et concédées après une estocade un peu en arrière, radicale, le torero recevant un coup de plat de corne au passage. Tout le métier, le pundonor d’Antonio Ferrera éclataient dans le combat, le corps-à-corps, livré, l’après-midi, face à un toro de Victorino Martín de nom «Mojarrillo » de 535 kg.  mobile, andarín, imposant le respect et surtout développant une sensation de risque réel que le torero sût affronter avec les armes propres du toreo ancien: esquives, demies passes volées, passes de pitón a pitón avant la mise à mort ternie par une succession de pinchazos et deux avis. Le victorino était allé bravement au cheval pour une seule pique, insuffisante sans doute, assortie de la carioca, il vendait cher sa vie jusqu’à la fin.

C’est donc ce trio de tête qui marquera sans doute cette Feria 2018 avec trois toreros dans la plénitude de leur profession et de leur art. Leur apparente facilité, leur science comblaient d’aise les aficionados et alimentaient évidemment les conversations des aficionados qui ne manquaient pas de faire des comparaisons avec les vedettes montantes ou stagnantes... des dernières cuvées.

Georges Marcillac

Photos: Joao Silva pour aplausos.com

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Madrid – Vistalegre - 18 février 2018 – Intéressante novillada de “El Parralejo”. Les novilleros coupent une oreille chacun.

Pour la deuxième corrida de la Feria d’Hiver de Madrid étaient à l’affiche trois novilleros dont une jeune torera, Rocío Romero, de Cordoue, qui faisait son début avec picadors. Le choix des novillos de « El Parralejo » par l’empresa Tauroemoción était des plus judicieux car ce fer – d’origine Jandilla et Fuente Ymbro - jouit d’une réputation certaine malgré ses seuls dix ans d’existence et création de la ganadería. La cordouane avait pour partenaires au cartel Antonio Catalán «Toñete» (2ème au classement 2017 avec 30 novilladas) et Ángel Téllez, une valeur montante avec seulement 16 novilladas piquées à son actif depuis fin mai 2017.

Les novillos avaient un poids affiché autour de 500 kg - ils en paraissaient moins, surtout le premier – néanmoins de corpulence bien proportionnée avec des cornes pas trop agressives. Ils eurent des comportements divers avec une pointe de bravoure la plupart et de mansedumbre le 5ème, qui tirait vers les planches ; plusieurs allaient au cheval al relance, sans une mise en suerte correcte pour des piques pas toujours bien placées, et pour cause. Justement le 2ème protestait sous la pique et, même, désarmait le piquero ; le 4ème poussait fort et restait longtemps dans le peto ; le 6ème effectuait deux vueltas de campana mais tenait le coup sans trop se ressentir de cet exercice impromptu. Malgré tout, du fait de la variété des caractères en piste cela permettait de mieux juger ou apprécier les aptitudes et attitudes des novilleros.

Antonio Catalán «Toñete» était sans doute le mieux préparé et son assurance en piste le montrait mais justement sa facilité et son placement enlevaient l’émotion qu’il aurait pu communiquer en se jetant un peu plus dans la bataille. Bataille que ne provoquaient pas non plus ses deux novillos, le premier noble et insipide permettait des pauses et des poses qui ne s’imposaient pas. Au 4ème, un novillo suelto que «Toñete» gardait intelligemment dans la cape par delantales et le conduisait suavement, en tanteo, jusqu’au centre de la piste en début de faena. Le novillo s’ «ouvrait» et permettait au novillero de s’exprimer par des passes de joli style, dans une une série de naturelles et trincherilla, et plus près du tercio, avec de nouvelles naturelles liées et doblones avant la mise à mort pour une estocade entière, tombée, qui roulait le novillo. L’oreille était accordée.

Ángel Téllez avait une attitude de novillero, actif et varié à la cape dans des quites, entreprenant à la muleta et ne laissant aucun répit à ses deux novillos. Son premier était accueilli par de bonnes véroniques, meilleures du côté droit car sur la gauche le novillo «pesait» comme il fera également dans un quite par saltilleras avec un desarme pour une revolera à gauche. La faena débutait à genoux au centre du ruedo pour une charge allègre du novillo qui «protestait» dans la muleta mais, celle-ci tenue basse, maîtrisait cette difficulté. Des naturelles très serrés, on s’en doutait, liées à un farol et passe de poitrine. Une autre série avec la finition par molinete et passe de poitrine. Le tout sans perdre un seul pas, lié dans un mouchoir. Les charges étaient plus courtes et la faena «faite». Les bernadinas étaient exécutées sans broncher, avec une cogida - sans dommage - comme suite à une distraction du … torero. La mise à mort était ratée, assortie d’un avis et sans trophée, sinon une longue ovation. Au 5ème, pour forcer le succès perdu au 2ème , il fallait retenir le novillo, mansurrón, qui recherchait les planches. Ceci nous valait d’applaudir le banderillero Juan Navazo pour une paire al sesgo por fuera, une suerte peu pratiquée mais qui donnait tout son sens à la lidia tant des membres de la cuadrilla que celle du matador ensuite. Un quite par chicuelinas stylisées ultra-serrées confirmait la volonté d’Ángel Téllez de gagner une oreille comme ses compagnons de cartel qui l’avaient précédé. Pour cela il fallait éloigner le novillo de sa querencia. En une série de naturelle y parvenait, une à une, mais bien «templées», suivie d’une autre série de la droite, la muleta collée au museau du novillo jouant à plaisir du poignet. Bonne gestion des terrains et du placement. Une oreille était la récompense après un pinchazo et une estocade entière poussée à fond.

Rocío Romero montrait deux facettes de sa personnalité au cours de cette novillada de présentation avec picadors. Des novillos costauds pour la jeune fille qui ne rompait une seule fois et qui eut de bien beaux gestes, meilleurs à la muleta qu’à la cape. Elle signait sa première faena par une estocade entière qui lui valait une oreille, de sympathie, car à la muleta Rocío avait toréé très décollée, accompagnant à distance les charges nobles de son premier utrero, surtout sur la corne droite. A gauche, c’était mieux. Au 6ème, moins nerveuse, Rocío Romero dessinait de belles passes de tanteo avant de prendre la muleta à gauche pour de bonnes  naturelles « templées » et terminait sur la droite, relâchée, se plaisant dans des derechazos courts mais bien données au noble novillo. Tout se gâtait à la mise à mort pour un pinchazo et une infinité de descabellos, sauvée in extremis avant le troisième avis. Malgré cette lacune à l’épée, Rocío Romero partait sous les applaudissements, ayant rempli dignement son accès à la catégorie des matadors de novillos.

Antonio Catalán « Toñete » : un avis et saluts ; une oreille. Ángel Téllez : un avis et applaudissements ; une oreille. Rocío Romero : une oreille ; deux avis et applaudissements.

Georges Marcillac

Photos : Javier Arroyo - Aplausos

 

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Madrid – Vistalegre – 17 février 2018 - Toros de Victorino Martín, un peu justes – Une oreille pour Emilio de Justo et Curro Díaz.

La corrida était annoncée comme un hommage à Victorino Martín Garcés, ganadero exemplaire et maintenant historique, décédé en octobre, l’an passé. Après le paseo, une minute de silence était observée et un poème élégiaque dit, (mauvaise sonorisation du «palais» de Vistalegre) à  la gloire du brujo de Galapagar (esp : sorcier. Dit par sympathie et admiration pour l’oeuvre d’éleveur accomplie). Une peinture, portrait du créateur de la prestigieuse ganadería, œuvre de Mónica Gimeno, était remise à Victorino Martín Jr. et à sa fille, Pilar.

La corrida pouvait commencer devant une assistance qui couvrait la moitié de l’arène. Corrida qui, en ce début de saison, était juste de présentation – on est dans une place de deuxième catégorie – mais de hechuras propres à l’encaste, de cornes pas exagérées et de poids avoisinant les 500 kg. les pensionnaires de Las Tiesas  eurent un comportement semblable, «encastés» par les difficultés qu’ils présentaient, avec des charges courtes, retours rapides, et … quelques faiblesses. Une seule pique pour châtiment sauf les 3ème et 6ème , mis en valeur par Emilio de Justo, par volonté propre, en deux piques, habitué à cette pratique honorable apprise de ses passages en France la saison dernière.

Emilio de Justo, torero de Cáceres, fort de ses succès dans le Sud-Ouest et à Illescas (Toledo) avec des victorinos, était à juste titre à sa place dans ce cartel de Madrid, sans doute appuyé par Victorino Martín Jr. chez qui il «tiente» et connaisseur de ses toros. Il remplissait son contrat en coupant une oreille au 3ème à la suite d’une faena volontaire et vaillante devant un animal qu’il fallait combattre en profitant de ses caractéristiques, pas favorables à des passes artistiques, court dans des charges inachevées par des retours à mi-hauteur que le torero dominait, la muleta toujours en position pour éviter l’accrochage. Faena vibrante appréciée par le public qui portait le torero dans son combat. Une estocade en se jetant sur le garrot, en bonne place. Une oreille amplement méritée. A la cape, il entreprenait ses toros peu enclins à bien suivre le leurre. De la même tonalité était l’attitude d’Emilio de Justo au 6ème, «consentant» les charges d’un toro qui protestait dans la muleta, la tête haute. Une estocade tombée mettait fin à cette faena saluée par une ovation.

Curro Díaz, chef de cartel, avait ses partisans pour voir en lui le torero artiste - qu’il est-  et qui profitait de cette prédisposition des aficionados pour ne pas forcer son talent au premier victorino. Sans doute aiguillonné par le succès d’Emilio de Justo,  il ravissait, avec classe et grâce, toréant à l’ancienne, toujours en mouvement, le 4ème, le plus fort du lot de 548  kg. Il liait et distillait des passes des deux mains,  profitant d’une charge suave d’un toro qui avait tendance à aller vers les planches. Curro sût se mettre à bonne distance sans brusquer un toro pas trop docile - deux coladas à gauche – qui visiblement n’aimait pas les cites rapprochés. Des changements de main, des remates opportuns et brillants et une estocade basse  d’effet rapide valaient une oreille largement sollicitée. Applaudissements du toro à l’arrastre. Le président, pas encore rodé à son rôle, faisait sonner précipitamment un changement de tercio alors que le  torero estimait nécessaire une deuxième pique. Au 1er, Curro Díaz avait montré des détails de torería pas suffisants pour animer un toro, court de charge, juste de force et bravoure. Pour sa  faena et l’estocade desprendida et effective, il recevait une ovation et saluait au tercio.

Daniel Luque fut le moins bien servi : il était impossible de faire  passer le 6ème et il n’y eut pas de faena. Ce toro était sifflé à l’arrastre. Le second donnait des signes qualité dans la cape du torero de Gerena (Sevilla) toujours à l’aise dans les véroniques de réception. Ce toro, brave à la pique, attentif à tout ce qui se passait dans le rond, se déplaçait avec classe durant le tercio de banderilles où brillait Raúl Contreras qui devait saluer à l’invitation du public. Il fallait déchanter car le toro changeait de comportement aussitôt après. On notait une seule série de derechazos où Daniel Luque «templait» une charge qui allait vite se dégrader, le bicho la tête haute à la sortie des muletazos, sans trop de forces non plus. L’estocade entière et l’hémorragie buccale qui suivait, faisaient oublier les bons passages de la faena et le torero se retirait sans avoir accompli la faena espérée.

Curro Díaz : saluts et une oreille. Daniel Luque : saluts et silence. Emilio de Justo : un avis et une oreille ; saluts.

Georges Marcillac

Photos: Javier Arroyo - Aplausos.

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Valdemorillo – 11 février 2018 – 3ème et dernière de Feria – Alternative et Puerta Grande pour «Juan Miguel». Miguel de Pablo fait sensation.

Un corrida de toros de la ganadería de Guadalmena (origine J.P Domecq via Nuñez del Cuvillo) mettait le point final à la Feria de la Candelaria de Valdemorillo 2018. Comme la veille, La Candelaria était le cadre d’une alternative : celle de Juan Miguel Benito qui, après une assez longue carrière dans les rangs des novilleros, passait à la catégorie supérieure des matadores de toros des mains d’Alberto Lamelas avec pour témoin Miguel de Pablo. Le public de Valdemorillo, renforcé de nombreux aficionados de Madrid et des partisans des deux toreros colmenareños - Juan Miguel est natif de Colmenar de Oreja,  et Miguel de Pablo de Colmenar Viejo - pueblos de  Madrid -  forçait par sa demande l’attribution d’une oreille au toricantano au terme de ses deux faenas. Miguel de Pablo, lui, recevait une oreille du 5ème.

Les produits de Guadalmena, de présentations irrégulières, des cornes «douteuses» pour les deux premiers, permettaient aux toreros de s’exprimer : les 1er, 3ème et 5ème offraient des possibilités intéressantes, les 2ème et 4ème plus compliqués demandaient une lidia et des qualités de toreo que ne sût pas leur appliquer Alberto Lamelas. La mono-pique était de rigueur et Israel De Pedro de la cuadrilla de Juan Miguel recevait néanmoins le prix du meilleur picador de la feria.

«Juan Miguel», qui délaisse son nom de famille sur les affiches, recevait un excellent toro pour son alternative ; un toro qui donnait des signes de faiblesse dès ses premiers galops sur la piste, sous la pique et durant le tercio de banderilles, pour ensuite les faire oublier lors de la faena de muleta bien commencée, intelligemment, par des passes suaves qui révélaient ainsi le bon fond de l’animal. Les premières séries de la droite et de naturelles, rythmées et «templées» étaient du meilleur aloi, malgré un toreo un peu décollé sur la droite, heureusement un peu plus serré sur la gauche. La faena allait a menos,  sans la bonne «entente» homme-toro (esp. acoplamiento) du début avec des scories et un mauvais geste tel que celui de jeter épée et muleta dans un desplante saugrenu. Après un pinchazo et une estocade entière, la forte demande du public pour l’oreille était exaucée… Le sixième, le toro le plus lourd du lot - 500 kg. – ne permettait pas de rééditer la même faena pausée du premier car, au contraire, il montrait un style peu agréable, sautant dans les capotazos de réception et donnant des coups de tête dans la muleta. Malgré l’intention de baisser la muleta en début de faena, l’effort était vain mais «Juan Miguel» dominait la situation. Donc une faena avec des hauts et des bas pour conclure par une estocade entière desprendida et trasera. Sonnait un avis lorsque le toro tombait. Une oreille !!

Miguel de Pablo fut un obscur novillero et son titre de matador – alternative en 2014 – ne lui permettait pas d’engager une meilleure carrière. Toutefois un grand changement s’est produit dans sa forme de toréer, de rechercher le «temple» dans la muleta, d’exhiber un sens et une expression artistiques insoupçonnés, en un mot de toréer avec douceur même lorsque le toro ne semble s’y prêter. Un répertoire à la cape, varié et artistique, précédait sa première faena, à un très bon toro, de robe jabonero sucio,  répétitif dans des charges «humiliées». Cette faena  était bien construite : tanteo, passes fondamentales, adornos d’un goût exquis, malheureusement terminée par un affreux pinchazo en guise de bajonazo qui tuait le brave guadalmena.

                  

Au 5ème, diraient les mauvaises langues, une sardine, l’intérêt était moindre car les passes à mi-hauteur évitaient, du moins au début, la chute du bicho mais le remède ayant fait son effet, ce risque de chute disparaissait pour ne montrer une nouvelle fois que de bons gestes de torero de Miguel de Pablo qui tuait efficacement cette fois-ci et recevait une oreille qu’il aurait dû couper à son premier.

Alberto Lamelas, sympathique torero qui a glané quelques succès en France malgré un nombre réduit de contrats pour des corridas réputées «dures», ne pouvait à Valdemorillo entamer une nouvelle saison par une prestation satisfaisante. Peu aidé par ses opposants, malheureux à la cape (porta gayola ratée) et à la muleta (un péndulo bougé), il ne pouvait pas dominer son premier, mansurrón, acculé aux planches qu’il fallait sortir de ce terrain, topón dans la muleta. Un pinchazo hondo suffisait à la mise à mort. Le 4ème accusait une certaine faiblesse au début, se reprenait dans la muleta avec une bonne corne gauche mal exploitée. Alberto était débordé, les accrochages de muleta n’arrangeaient rien au comportement brusque du toro auquel il portait un trois-quarts de lame et écoutait un avis.

Des cuadrillas, José Antonio Carretero saluait après deux bonnes paires de banderilles au 3ème. Roberto Martín « Jarocho » était crédité d’une bonne brega.

Albeto Lamelas : silence ; un avis et silence. Miguel de Pablo : ovation et saluts ; une oreille. « Juan Miguel » : une oreille ; un avis et une oreille. Sortie a hombros. Les 1er et 3ème guadalmenas étaient applaudis à l’arrastre.

Georges Marcillac

Photos de Javier Arroyo - Aplausos.

 

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Valdemorillo - 10 février 2018 - 2ème de Feria - Miguel Ángel León: deux oreilles le jour de son alternative.

Une semaine s’est écoulée depuis le début de la Feria de Valdemorillo avec la novillada de dimanche dernier et cette fin de semaine, en deuxième partie, sera le tour des corridas de toros avec deux évènements peu habituels : deux alternatives. La première ce samedi, celle de Miguel Ángel León, un torero sévillan, de Gerena, qui prétendait à se faire remarquer en ce début de saison pour sortir pratiquement de l’anonymat et poursuivre une carrière au futur incertain en cette période de pénurie de contrats pour beaucoup de novilleros et de matadors de toros du montón. Son objectif était en partie atteint car il coupait une oreille à chacun de ses toros et aurait dû en recevoir deux à son toro d’alternative. Les toros étaient de Monte La Ermita (origine Torrestrella), de présentation honnête pour une place de 3ème catégorie, sans doute irréguliers de poids - non affichés… - et de comportements divers, du brave premier au manso 6ème, ne tenant pas tous la distance malgré le dosage de la mono-pique, parfois une seule égratignure.

C’est donc le toricantano Miguel Ángel León qui tirait le meilleur parti du premier toro, un joli berrendo en colorado, bien fait, le plus léger du lot mais le plus brave. Les trastos lui étaient cédés par Luis Antonio Gaspar « Paulita » en présence de Pedro Gutierrez « El Capea ». Après le brindis de rigueur à la famille, la faena était entamée à genoux, au centre du ruedo pour plusieurs derechazos en redondo que le toro répétait avec entrain. Les charges «humiliées» sur la gauche faisaient merveilles mais l’usage du pico ternissait le labeur du jeune matador. La bravoure du toro était telle qu’à la troisième passe à droite, M. A. León se faisait déborder. Malgré cela on remarquait aussi bien à droite qu’à gauche des passes de bonne facture et «templées», çà et là au milieu d’une série… Les passes circulaires inversées confirmaient la qualité du toro qui suivait jusqu’à fin la muleta dans un seul déplacement continu. En conclusion de cette faena méritoire Miguel Ángel León portait une demi-estocade, un peu en arrière, qui suffisait pour que soit demandée l’oreille, accordée par le président qui recevait une bronca pour ne pas répondre à la demande de la deuxième. Le 6ème était un toro important par sa présentation, en poids, hechuras et cornes bien plantées, qui sortait du toril d’un joli galop pour entrer avec fougue dans les premières véroniques, le torero chargeant la suerte et gagnant du terrain à chaque lance. Las, dès le tercio de banderilles, il était évident que le toro prenait goût près des planches et la faena n’était faite que d’une multitude de passes pour retenir le manso dans la muleta, le torero se jetant dans la bataille pour compléter le succès obtenu à son premier. Une demi-estocade perdant la muleta. Un avis… et une oreille était concédée.

«Paulita» tombait sur deux toros, l’un rebrincado – charge irrégulière dans la muleta – l’autre quasiment arrêté, juste pour montrer son métier à défaut du toreo artistique qui est habituellement sa marque. Malgré la difficulté, il toréait à mi-hauteur son premier opposant, construisant une faena sérieuse et technique sans effet sur le public. Il n’y avait rien à faire de notable avec le 4ème, court de charge et sans jus. Brièveté et habileté avec l’épée.

Il est difficile, sans être très ou trop sévère, de qualifier les deux prestations de « El Capea ». Son placement devant les toros est des plus classiques, souvent de trois-quarts, toréant avec un certain style mais n’arrivant pas à «passer la rampe», sans enthousiasme apparent pour faire ressortir son bon toreo et les qualités du sobrero sorti 5ème - de Guadalmena. Néanmoins, il coupait une oreille, sans doute parce que la faena avait été complète à un toro brave et noble, qui ne demandait qu’à être «cité» à bonne distance - pas toujours comprise par le torero -, d’une très bonne corne gauche pas suffisamment exploitée… enfin un labeur qui laissait les aficionados pantois devant une telle inconsistance. Sa première faena avait bien commencé par des passes hautes, à genoux gagnant du terrain jusqu’au centre du ruedo. Le toro réduisait sa charge sur la fin et recevait un pinchazo hondo, « El Capea » écopant, lui, deux avis aux multiples descabellos.

«Paulita». Silence aux deux. « El Capea » : deux avis et silence ; une oreille. Miguel Ángel León : une oreille à chacun de ses toros. Sortie a hombros. Bien aux banderilles: Manolo de los Reyes de la cuadrilla de «Paulita» et Ángel Luis Carmona qui saluait au sixième.

Georges Marcillac

Photos: Cultoro.com

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Valdemorillo - 4 février 2018 - 1ère de Feria – Frileux début.

Avant le paseo, les trois novilleros - Photo Mundotoro

C’est sous la neige que s’est déroulée la première corrida de la Feria de San Blas de Valdemorillo. Un froid polaire avait malgré tout attiré pas mal de spectateurs de Madrid complétant ainsi l’assistance habituelle des habitants de ce village de l’extrême sud de la Sierra de Guadarrama. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Candelaria – ainsi se nomme la plaza de toros – est une arène couverte qui nous préservait ainsi des intempéries de ce début de février et nous permettait d’assister presque au chaud à l’ouverture de la saison taurine, en l’occurrence une novillada prometteuse avec des novillos de Montealto, de bonne réputation à Madrid, et un cartel de jeunes novilleros : Antonio Catalán «Toñete», Alejandro Gardel et Ángel Téllez, tous trois avec moins d’un an en novillada piquée. Malheureusement, les novillos de bonne présentation -  les 5ème et 6ème avaient quasiment le poids et hechuras de toros d’âge - ne remplissaient pas leur contrat ou plutôt celui de leur propriétaire Agustín Montes. Le premier, playero de cornes, trapu et de moindre poids que ses congénères, se battait bien sous la pique pour ensuite s’ «endormir» sous le caparaçon et sortir distrait d’un unique contact avec la cavalerie. A la première paire de banderilles, ratée, le banderillero Agustín Serrano, était poursuivi et cueilli au vol, une mauvaise chute après un «soleil» le laissait inconscient au sol. Emporté à l’infirmerie, il était ensuite évacué vers un hôpital proche. Le second, de même style d’encornure, se décidait avec violence à charger dans la cape d’Alejandro Gardel mais après la première pique et une esquisse de quite par chicuelinas ses charges se réduisaient. Le 3ème, un joli exemplaire de novillo, court sur pattes, sortait aussi vivement du toril pour ensuite entrer dans la cape d’Ángel Téllez sans trop de brio et permettait un quite par gaoneras après une seule pique.

Naturelle de "Toñete"

Le 4ème, un jabonero sucio, n’était pas aussi «joli» que le précédent, il en imposait toutefois autant par son pelage que par sa taille. Il entrait court dans la cape de «Toñete», se retournait vivement et «pesait» un peu sur la droite. Après la pique, il se réservait et offrait quelques difficultés aux banderilles mais le banderillero local, «Tito» Robledo, devait saluer après deux paires valeureuses. Le 5ème était sardo de cape, de cornes épointées?, de 480 kg, n’avait pas un comportement exemplaire aux deux premiers tiers, et arrivait à la faena de muleta pratiquement arrêté… Le dernier, castaño de robe, l’allure d’un toro adulte, ne s’employait pas dans la cape d’Ángel Téllez et entrait trois fois au cheval - le réserve – pour en sortir aussitôt malgré une carioca et un châtiment répété sans doute exagéré. Son manque de fixité, charge erratique et désordonnée décontenançait une cuadrilla «prudente» clouant les banderilles, une à une a la media vuelta (sans se laisser voir et clouant par l’arrière du novillo)

La description des premiers tiers des six novillos ne laissait augurer rien de vraiment bon, novillos qui, dès le debut, montraient un manque de caste et de fond. Le plus mal loti fut Ángel Téllez car il ne pouvait rien tirer de ses deux opposants sans jus et sans caste, deux novillos qui s’arrêtaient, le dernier topón. Bien plus chanceux ou bien plus expérimenté - ce qui est le cas - «Toñete» toréait sans trop de continuité son premier novillo, distrait et peu coopérant dans des charges incomplètes. Il profitait de la mobilité du 4ème pour tracer des passes longues de la droite, une série liée, et des naturelles irrégulières dans leur forme et placement, le novillo finissant par s’arrêter. Des passes aidées par le haut - ayudados por alto – donnaient la seule note artistique de la soirée, avant un pinchazo et une estocade entière qui valaient à «Toñete» une oreille…

Passe de poitrine d'Alejandro Gardel

Alejandro Gardel entreprenait sa faena au cinquième, par des passes hautes gagnant du terrain vers le centre du ruedo et, par la suite, se cantonnait dans des séries de passes isolées, d’assez bonne facture sur la gauche mais sans le lié, que semblait demander le novillo si la muleta lui avait été présentée en continuité après chaque passe. Un trois-quarts de lame suffisait pour que lui soit concédée une oreille après cette faena mal interprétée. A son premier, après des doblones peu nécessaires, la faena de muleta se composait de passes une à une, le novillo restant court sur ses charges. Mise à mort laborieuse avec un grand nombre de descabellos.

Antonio Catalán « Toñete » : Saluts et une oreille. Alejandro Gardel: un avis et sifflets ; une oreille. Ángel Téllez : silence aux deux.

Georges Marcillac

Photos: Javier Arroyo - Aplausos.

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Nouvelles de Madrid (VIII)

Table ronde des présidents de Plazas de Toros de 1ère Catégorie

Dans le cadre du VIIIème Congrès de l’Association Nationale des Présidents de Plazas de Toros d’Espagne (ANPTE) avait lieu, salle Antonio Bienvenida de Las Ventas, ce samedi 28 octobre, une table ronde qui réunissait quatre présidents des arènes de 1ère catégorie, tels D. Jesús María Gómez de Las Ventas, D. José Luque de la Maestranza de Séville, D. Matías González de Vista Alegre de Bilbao et D. Antonio Miguel Palomo de La Misericordia de Saragosse. David Casas de Movistar Toros dirigeait le débat avec pour thème « le rôle de la présidence vue sous différents angles »

Il faut tout de suite dire que les présidents, descendus à l’occasion de leur palco, montraient, d’une façon amène, sincèrité et un visage plus «humain» et ils confessaient combien leur tâche est complexe. Ils exprimaient avant tout leur sensibilité d’aficionado avec toutefois l’obligation de défendre les intérêts du public et des toreros sans perdre de vue l’intégrité du toro et de son combat. Le débat était lancé sur la question, pour le président, de savoir comment gérer la rigueur du déroulement de la corrida de toros face au triomphalisme omniprésent du public moderne.

Mouchoir vert de Matias Gonzalez, (2013)

Matías González faisait remarquer que chaque plaza de toros a sa personnalité et le président doit obligatoirement connaître les différences du public, par exemple à Bilbao, d’un jour à l’autre de la semaine de feria de Bilbao, des toreros et des toros à l’affiche aussi pour apprécier les réactions des uns et des autres et prendre les décisions en conséquence sans se départir de la rigueur qu’exige sa position. Jesús María Gómez regrettait la disparité des règlements taurins d’une province à l’autre et des critères de jugement qui en découlaient aussi bien du public que celui du président. Bien souvent ces critères révèlent l’antagonisme qui existe entre ceux de l’aficionado expérimenté, le président (on le suppose), et ceux du public moins versé aux détails formels et techniques de la lidia du toro. Naturellement était soulevé le problème de l’attribution de la première oreille qui répond à la demande d’une majorité du public, comment apprécier cette majorité. Matías González estime qu’il n’y a jamais de majorité (sic) et Antonio Miguel Palomo se décante pour que cette majorité soit au moins de 75%. Quant à la deuxième oreille, qui est de la compétence du président, elle est concédée en fonction de la propre sensibilité de l'occupant du palco, de l’insistance du public et parfois… pour éviter un désordre public (n’oublions pas que dans bien des cas, pour les places de 1ère catégorie, le président est aussi commissaire de police. NDLR).

Le rôle de président ne se limite pas à occuper le palco des arènes. Il commence par la visite des élevages, se poursuit par les deux reconocimientos, l’apartado et le sorteo, et après la corrida par l’examen post mortem des toros. Les présidents sont d’accord pour reconnaître la difficulté de la sélection des animaux à l’élevage, bien avant des dates qui précédent la corrida et soulignent à ce propos l’importance de l’équipe des vétérinaires assesseurs du président pour le choix final des toros, de leurs hechuras en fonction de la plaza où ils seront combattus. Exemple est donné de la Maestranza de Séville et celui de Las Ventas: leur idiosyncrasie est telle qu’un lot de toros est acceptable pour l’une et pas pour l’autre et vice versa. Pour Bilbao, le choix se situerait entre les deux et pour Saragosse les animaux sont pour la plupart des cinqueños, la Feria del Pilar se déroulant en octobre… Par ailleurs, l’examen post mortem n’est pas toujours possible dans toutes les plazas, celle de Las Ventas n’échappant pas à cette anomalie, dixit Jesús María Gómez. Dans les plazas du nord de l'Espagne, cette opération est le résultat d’un tirage au sort comme l’explique Matías González. La rigueur et le triomphalisme sous-jacent s’opposent aussi au moment du premier choix des toros, sous-entendu des pressions que les présidents doivent gérer, celles du veedor ou du ganadero,

        

De gauche a droite: Mouchoir bleu discuté de Jesús María Gómez (San Isidro 2017) - Mouchoir orange de José Luque (Indulto de "Cobradiezmos" Sevilla 2016)  

Le cas de la suerte de varas était aussi abordé: la discussion s’installe avec le public de la salle avec, pour avis général, que cette suerte est mal exécutée, que les piques sont souvent assassines ou bien escamotées principalement dans les places de 2ème et 3ème catégories sous la pression du public ou l’indigence des toros. A Madrid, la sévérité du public sur ce sujet est telle que le tercio de piques se déroule tant bien que mal. Matías González insiste que les bonnes intentions des picadors de réaliser cette suerte avec mesure et selon les canons «disparaissent dès qu’ils sont montés sur leur cheval» (sic). De moins en moins sont appliquées les sanctions que stipulent les règlements taurins pour les «négligences» des subalternes. Néanmoins il est reconnu qu’une nouvelle génération de picadors s’applique à réaliser leur travail avec conscience et professionnalisme. Jesús María Gómez insiste sur la nécessité de fomenter la pédagogie de la suerte de varas. José Luque révèle qu’un groupe de travail, en Andalousie, étudie par quels moyens doivent être réduits les temps durant la course, celui des faenas et en particulier celui de la mise à mort. Les autres présidents rétorquent que c’est en pratique impossible étant donné les impondérables de la lidia et la notion ou incapacité qu’ont les toreros de "mesurer" leurs faenas.

Le président de l’ANPTE, D. Marcelino Moronta, lui-même ex-président de Las Ventas, mettait fin à la table ronde en remerciant les quatre usías présents et les invitait avec les autres confrères des villes taurines, dans le cadre des travaux du congrès, à apporter les solutions et conclusions relatives à leur fonction et l’évolution de la Fiesta de los Toros.

Georges Marcillac

 

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La Menesina

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Au cours de l'histoire de la tauromachie le toreo de cape s'est enrichi de nouvelles suertes au fur et à mesure de l'évolution de la fiesta de los toros, de l'inventivité des toreros, de leur sensibilité artistique accompagnée de la … Continuer la lecture

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Madrid 01/10/2017 Un final décevant à la Feria de Otoño.

Suite au forfait de Ferrera, le mano a mano face aux Adolfo Martín, a lieu avec le remplacement de ce denier par Juan Bautista. Cette ultime corrida de la Feria de Otoño se tient devant des tendidos couverts en presque totalité, avec quelques vides à l'ombre. Les Adolfos ne sont plus à la hauteur de leur réputation. Mous, faibles, à la mobilité limitée ils n'ont donné que peu de jeux. Juan Bautista a montré en début de corrida qu'il jouit d'une aisance naturelle empreinte de toreria. Puis, soudainement cette aisance est devenue préoccupation et mal être lui faisant probablement regretter d'avoir accepté le substitution de Ferrera. Quand à Ureña, sa sincérité est immense et inégalée dans l'escalafon actuel, même si par moments elle est perçue comme excessive par le public.

Juan Bautista ouvre les débats face à un Adolfo corniabierto, les pointes relevées. Le Français dessine aux medios des véroniques douces. Le toro semble manquer de force. L'animal s'endort sous le peto. Le Maestro lui donne du temps pour récupérer et soigne les mises en suerte au cheval, mais pas le picador qui distribue une ration généreuse. Quite d'Ureña tout en douceur par deux delantales sur la corne droite et larga somptueuse. Le bicho confirme qu'il coupe la trajectoire à gauche pendant le second tiers. Muleta en main, Juan Bautista prend la droite très rapidement et structure deux séries sans douter, en se passant le bicho près du corps, le tout allant a mas. À gauche le toro renvoi le torero à droite. Ce dernier torée alors en derechazos sans l'épée mais aussi sans la réussite des premiers muletazos sur cette corne. Au centre du ruedo le Matador porte une entière atravesada, puis plusieurs descabellos. Silence.

Le premier de Paco Ureña mansea et cherche une issue. Le Maestro ne s'émeut pas et dessine des delantales en marchant au ralenti, terminés par demie au centre. La mise en suerte effectuée avec application précède un tiers de vara spectaculaire en deux piques chargées de loin et portées traseras, le bicho sortant de la seconde rapidement. Triomphe pour le picador Pedro Iturralde. Brindis personnel. Le tanteo d'Ureña se converti en doblones garbosos. Les premiers derechazos prennent la mesure de la charge dans une série courte et rythmée. La seconde série moins réunie fait étalage de l'aguante du torero. La faena va a menos comme la charge de l'Adolfo. À gauche le torero présente la muleta avec une pureté qui fait sursauter par moment et donne naissance à quelques naturelles isolées, mais de qualité. De nouveau à droite Ureña tâtonne et manque de se faire prendre. Il répond par trois naturelles de face et croisées signe de sa détermination plus que de sa domination . Pinchazo lorsque sonne l'avis. Entière delantera et caída. Palmas et salut.

Le troisième Adolfo est une estampe avec les cornes retournées vers l'arrière, cornivuelto. Il n'humilie pas dans la cape du Français et sa charge est désintéressée. Au cheval il s'emploie par à coups avec une certaine faiblesse. Juan Bautista entame son trasteo aux tercios dans une série a mas dans laquelle il se montre a gusto dans les adornos. Peu à peu le Français temple et tire une charge douce à droite. À gauche le premier passage est laborieux. Il continue sur les deux cornes a gusto dans un trasteo peu intense, le tout a mas dans l'expression artistique. Deux pinchazos et une demie lame tendida et desprendida valent au torero quelques pitos. Avis. Deux descabello.

Le second d'Ureña à l'armure très développée avec les diamants toujours visibles à leur extrémité. Le toreo da cape est abandonné compte tenu de la charge courte du toro. Ce dernier s'emploie longuement au cheval en deux rencontres. Les premières charges à la muleta sont brusques. Le Maestro commence à gauche. Comme toujours, le torero s'expose avec une honnêteté totale récompensée par queques naturelles profondes mais isolées. À droite il doit aguanter les retours dans les chevilles. Son insistance dérange les tendidos qui le prient d'abréger. Pinchazo et trois quarts de lame perpendiculaire et desprendida. Sifflets au toro. Palmas.

Le quinto contraste avec ses frères à cause de son trapio réduit malgré ses cinq ans. Il exprime peu de désir de combattre dans la cape du Français. Sous le fer il subit. Mise en suerte de Bautista par rogerinas avant une seconde vara prise dans le même style que la première. Brindis au public. Aux tercios, muleta dans la main droite le Français lie une série qui se termine a menos. À gauche il est manifestement pas à l'aise et bouge face aux charges médiocres de l'Adolfo. La faena prend une tournure défavorable au "brindant" qui écoute les sifflets des tendidos. Épée basse et de travers portée à bout de bras au pas de course. Descabello. Division pour le toro et sifflets pour le Matador.

Paco Ureña clôt la feria face à un exemplaire trapu et moins armé que ses frères. Il freine dans la cape et n'autorise Ureña qu'à exécuter que deux véroniques parmi le reste. Ureña laisse Juan Melgar châtier l'Adolfo de tout son poids en deux rencontres . Les charges du bicho se dégradent au second tiers et il coupe ostensiblement les trajectoire. Les doblones donnent confiance à Ureña qui va aux tercios et présente la muleta sur la corne droite. Le toro est probon. Le matador aguante et insiste longuement car l'animal prend bien le premier toque mais reste parado au second. Les naturelles volées une par une pendant un long moment, sont méritoires et totalement engagées. Entière desprendida en entrant droit lorsque sonne l'avis.

Le cartel original le plus attrayant de cette Feria aboutit à une déception majeure. René Philippe Arneodau.

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Madrid 30/09/2017 Puerta Grande de fin de saison pour Perera.

Les tendidos de Las Ventas sont pleins pour assister à un cartel de bel attrait dans cette Feria de Otoño. Miguel Angel Perera a su tirer le meilleur parti de l'occasion. Dans son style personnel, muleta en avant, corps courbé malgré sa grande taille qui lui permettrait de jouer sur la verticalité , toréant avec des trajectoires éloignées du corps, en ligne.  Perera a imposé sa supériorité technique, sans aucune inspiration artistique, et a convaincu le public qui a souhaité son triomphe. Le lot du Puerto de San Lorenzo était quant à lui trop hétéroclite pour ces arènes avec des écarts de présentation indignes et des comportements très hétérogènes.  La sortie par la grande porte de Perera avec le drapeau Espagnol était une revendication avant la journée du 01/10 en Catalogne.

Le premier Puerto de San Lorenzo sort des toriles avec beaucoup d'hésitation. Perera tantea une charge courte et freinée. Le toro se comporte en manso d'abord puis pousse sous le fer. Quite de Del Alamo par chicuelinas et deux demies face à une charge qui s'est régularisée. Perera réplique par chicuelinas , tafalleras et demie applaudies. Curro Javier et Javier Ambel brillent au second tiers et l'arène leur offre une ovation peu commune. Brindis au public. Le bicho est maintenant fuyard. Il se réfugie aux toriles. Perera le tire vers les medios puis cite de loin pour des derechazos imparfaits mais liés. La seconde série monte de ton malgré un positionnement éloigné. Le final de la troisième série en cambio de mano et pecho est supérieur. Le toreo à gauche, toujours en citant de loin, est d'abord brouillon. La seconde série est propre et liée en gardant la charge à distance. La troisième série est supérieure de rythme et domination. Le retour à droite marque la domination tardive et sans conteste du torero, au moment même ou le toro se raja. Entière desprendida et très atravesada. Avis. Deux descabello. Pétition et oreille accordée au dernier moment.

Le seconde moitié de la corrida commence avec un exemplaire protesté qui freine dans la cape de Perera. Il se limite à tantear. Le Puerto s'emploie longuement, sans classe, au cheval. Le bicho n'a plus de force pour la seconde vara. Brindis au public. Au centre Perera cite por le sempiternel Péndulo, doublé et suivi de muletazos aisés tant l'embestida est douce. Le toro donne tout l'avantage au torero avec des charges templées, longues et par le bas. Tous les cites sont réalisés de loin et le toro répond inlassablement. Le matador lui fait un festival de passes, peu intenses, sur les deux cornes qui enchantent le public. Le toro finit par rajarse face à l'insistance de Perera. Pinchazo et entière très trasera et caída. Oreille avec division. Palmas au toro.

Juan del Alamo touche un second Puerto qui se retourne court mais sans agressivité dans une cape ouverte en grand et sur la retenue. Le toro s'emploie moyennement sous le fer avec des forces très mesurées du à une blessure de la patte avant droite, ce qui entraine le simulacre de deuxième pique. Protestations des tendidos durant tout le second tiers. Le début de faena est marqué par les coups de tête du toro, accrochant le muleta. À cela se rajoute les fléchissements et les extraños. Les charges se font brusques et calculées, le toro étant entier. Le torero insiste sans réussite. Deux pinchazos et trois quart de lame. Silence.

Le quinto est un éléphant aux hechuras médiocres. Il coupe et freine dans la cape de Del Alamo. Il combat sur une corne sous le fer à la première rencontre et charge tête haute à la suivante en faisant descendre le picador de sa monture. D'où une troisième vara prise comme la première. Brindis au public. Au centre le torero cite muleta dans la main droite pour des derechazos avortés . La charge est irrégulière, le toro sortant parfois sans obéir à l'engaño. C'est à la troisième tentative que toro et torero s'harmonisent. La suite baisse de niveau sur les deux cornes. Le toro a du mal à se déplacer. Le torero tente longuement et vainement de poursuivre. Entière. Avis. Silence.

Lopez Simón voit son premier montrer des signes de faiblesse dès les premiers capotazos. Les protestations montent. Mouchoir vert. Le sobrero de Santiago Domecq massif, enmorillado, burraco, prend la cape de Del Alamo en mettant bien la tête. Le bicho pousse sous le fer, comme souvent, porté en arrière. La seconde pique est prise sans force et sans conviction. Brindis TV. La faena commence aux tercios, gênée par le vent. Simon cite de loin à droite pour une série de tanteo et accrochée. Le torero prend alors la gauche mais le bicho fléchit et le torero ne trouve pas le dosage adéquat. Il insiste avec aguante et main basse mais le toro proteste, ou prend le Matador de vitesse. À droite le comportement du bicho est devenue médiocre. Pinchazo et demie lame tendida à bout de bras. Descabello. Silence.

Le dernier Puerto, à l'allure bovine, ne cesse de courir. Il prend une première vara coté toriles avec peu de combativité. Il effleure le peto lors de la seconde rencontre en terrains habituels. Toujours abanto au second tiers il est brindé au public par Lopez Simón. Celui-ci décide de l'entreprendre là ou le toro le mène. Les doblones le mettent dans la muleta. À droite le torero lie des droitières dans des séries réunies sans rectifier sa position. Tout est réalisé au centre où le bicho accepte maintenant le combat. À gauche le matador est moins à l'aise et n'insiste pas. Le retour à droite retrouve le niveau antérieur. Le public ovationne. Soudain le toro abandonne, mais Simón s'impose. Une dernière série droitière citée de face précède une épée portée en sautant et résultant défectueuse , sous la peau du flanc gauche et sortant sur le coté. Pinchazo et entière d'effet rapide. René Philippe Arneodau.

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