Séville 17 Avril 2018 Le Toro du troisième tercio triomphe à Séville avec Manzanares 2 et Talavante 1.

Incontestablement ce qui ressort de la corrida d'hier de Garcigrande et celle d'aujourd'hui de Nuñez del Cuvillo c'est que nous avons créé, au delà du medio toro, le toro du Troisième Tercio qui sort de toriles en donnant l'impression qu'il est sur le point de rendre les armes et qui, épargné à la pique, reprend du poil de la "bête" pour développer une envie irrépressible de charger .  On dit de ces toros qu'ils sont braves. Mais ils ne transmettent pas grand chose et laissent aux toreros le loisir de les toréer  a gusto tant leur noblesse est grande.  C'est la corrida du XXI siècle dans laquelle le public ignore l'être du toro de combat pour en apprécier la potentialité collaborative.  À cela Séville est rendue hier et aujourd'hui.

Sebastien Castella voit sortir de toriles un Cuvillo bas, court et trapu, sans cou.  Il le reçoit par lances genoux en terre, et lorsque l'animal trébuche, il résout la situation en s'enroulant en chicuelina, puis demie véronique et revolera.  Le toro proteste sous le fer à la première rencontre et s'emploie à la seconde.  Le maestro offre un quite par chicuelinas de menos a màs avec demie véronique.  La bonne prestation de José Chacón aux banderilles lui permet de saluer.  Avec des passes aidées par le haut et le bas, le Français prend la mesure d'une charge sans moteur et sans émotion.  De fait Castella ne trouve à aucun moment de solution de compensation à la fadeur du bicho et se fait accrocher la muleta à gauche.  La faena s'enfonce dans une lourdeur protestée par les tendidos.  Deux pinchazos et 3/4 de lame, trasera et desprendida, à bout de bras précèdent un avis.  Silence.  

Le second de Castella est un bel exemplaire avec mobilité brusque qu'il torée de cape avec rigidité.  Le Cuvillo va fort et brièvement par deux fois au cheval, sortant seul de la seconde rencontre.  Brindis au public.  Au centre Castella cite pour le péndulo.  Le toro tarde.  Lorsqu'il s'élance le matador le passe devant, derrière en totale verticalité et immobilité.  Dans les derechazos la charge est lourde et manque de transmission.  Le Français poursuit avec douceur et temple à droite.  Il résiste à un parón du bicho à sa hauteur à deux reprises.  À gauche, l'animal proteste par derrotes puis en raccourcissant sa charge.  Castella refait l'effort à droite sans grande collaboration de l'adversaire et termine par un arrimón d'abord apprécié, puis protesté par certains.  Un metisaca précède un pinchazo, un avis et une entière trasera et desprendida.  Ovation et salut.  Encore une fois Castella désireux de triompher dans sa Sevilla a été mal servi par le sorteo.

Le second Cuvillo  a une charge lancinante dont José María Manzanares profite dans des véroniques au rythme de la faiblesse du toro, lances appréciés par la Maestranza.  Il est épargné au cheval et magnifiquement passé en delantales, demie et serpentina par Alejandro Talavante.  Le toro reprend vie au second tiers et galope devant deux bonnes paires de palitroques de Rafael Rosa.  Manzanares ne tarde pas à embarquer le bichito dans des muletazos templés, profonds et plus serrés qu'à l'habitude.  Musique.  À droite une série est longue et relâchée.  Le cambio de mano de fin de série annonce des naturelles précieuses.  Le toro gratte le sol puis charge de loin pour une série qui culmine dans une naturelle longue et un pase de pecho qui l'est tout autant.  Le Cuvillo va a más de manière superlative et commence à pousser le maestro à la faute de manière marginale sans que le public ne décroche de l'ambiance.  Entière al recibir trasera, tendida et desprendida.  Deux oreilles demandées et accordées et grande ovation au toro "Encendido" qui après un départ des plus douteux a teminé sa vie en combattant. 

Avec la Puerta del Príncipe à portée de muleta José María Mazanares se voit offert l'opportunité de l'ouvrir face à un beau colorado qu'il accueille par larga afarolada de rodillas.  Le toro trébuche dans les véroniques pourtant prometteuses.  L'animalito est totalement épargné au premier tiers et quelques protestations montent.   Ce sont les banderilles qui feront oeuvre d'épreuve mineure.  Ainsi choyé l'animal bouge dans les premiers derechazos avec une tendance à raccourcir le voyage.  En séries courtes comme ils les aiment, Manzanares connecte avec le public.  À gauche le bicho sautille et Manzanares le canalise jusqu'à faire jouer la musique.  C'est alors que la tendance se renverse et que la faena va a menos sur la corne gauche.  Manzanares relance à droite dans une jolie série sans émotion sauf pour un écart du bicho qui manque l'emporter.  Une demi-lame au pas de course et un descabello mettent fin aux espoirs de triomphe.  Ovation et salut.

Le premier adversaire de Alejandro Talavante est un toro "joli" pour le torero.  Les tentatives de véroniques jusqu'aux medios ne donnent pas le résultat escompté.  Au cheval, le Cuvillo est sur la défensive avec une touche de mansedumbre.  Talavante débute au tercio en montrant le chemin au toro genou fléchi.  Ce toro qui n'a pas forcé durant les deux premiers tiers se réveille et répond aux sollicitations droitières avec brio aux deux extrémités de la muleta.  Musique.  Talavante est a gusto mais les séries sont conventionnelles.  La première série à gauche hausse considérablement le niveau et arrache très justement des "olés".  La suite sur la même corne est toujours de grande qualité avec quelques scories.  En suivant à droite la faena est plus vibrante que parfaite avec arrucina incluse.  Manoletinas compas ouvert et pase de pecho corps droit terminent l'oeuvre.  Quasi entière en étant accroché et soulevé violemment.  Une oreille avec pétition de la seconde.

Le dernier Cuvillo a la pointe droite escobillada.  Il saute dans la cape de Talavante qui n'insiste pas.  Au cheval il pousse sous une carioca puis sort seul, et rapidement, de la seconde rencontre.  Après tanteo Talavante passe l'adversaire à droite dans des derechazos qui laissent les tendidos de marbre.  À gauche, le passage brouillon ne fait pas mieux.  Talavante abrège.  Deux pinchazos et demi-lame  avant longueur au descabello.  

René Philippe Arneodau.

 

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Sevilla 16 Avril 2018 - Indulto de "Orgullito" de Garcigrande et Puerta del Príncipe pour El Juli.

Avant toute chose il convient de mentionner la qualité de la prestation de Enrique Ponce à son second toro, supérieur dans le style qu'on lui connait, costume immaculé de toute tache, tant sa maitrise des distances est précise. Alejandro Talavante, quant à lui, a tiré le lot ingrat d'une corrida permissive de Garcigrande & Co. "El Juli" a coupé deux oreilles à son premier toro dans un travail sans aucune transcendance. C'est à son second qu'il a véritablement brillé, d'abord en revenant, en début de faena, à son toreo de jeunesse plus vertical et esthétique, puis en mettant en valeur les qualités d' "Orgullito" pour lui sauver la vie. Ce dernier, incontestablement le meilleur exemplaire de la corrida, n'avait pourtant pas brillé au premier tiers sous l'épreuve du fer. Mais il est vrai que par la suite, avec l'aide de la maestria technique de Julián López, il a fait montre d'une endurance et d'une embestida noble, au raz du sol, longue et hors du commun, qui méritait l'enthousiasme du public. Indulto ? Pour les puristes certainement pas. Pour Séville la demande fut massive.

Le premier toro de Garcigrande a un trapío anodin pour une arène de cette importance. Les véroniques du maestro Enrique Ponce le sont tout autant, sans forcer son talent, mais en assurant la forme. L'embestida est toutefois collaboratrice. L'animal s'emploie a menos en deux rencontres au cheval. Le quite de Ponce par véroniques fait ressortir quelque hésitations du bicho. Le toro répond aux doblones du maestro. Les derechazos donnés sur le voyage sont marqués par le cabeceo du Garcigrande. Beaucoup d'accrochages de muleta, de toques por fuera et de distance superlative entre toro et torero. Ponce arrive cependant à imprimer un rythme et des trajectoires enchainées à droite. À gauche, il renonce face aux quelques aspérités de l'adversaire. Le regard complice avec le public laisse à penser que le torito est une alimaña, ce qu'il n'est pas, et justifie pour le maestro d'abréger. Demi-lame défectueuse. Divers descabellos et silence.

Le quatrième exemplaire est dans le type du toro de Séville. Ponce est en mode service minimum et subit les facéties de son opposant distrait et abanto. Entre deux piques données dans le désordre la tentative de quite de Ponce est avortée. Le Maestro insiste pour donner, à la fin du tiers, trois véroniques et demie dans le silence le plus complet de la Maestranza, mais qui pour lui révèlent une opportunité de faena. Brindis au public. La maestria de Enrique Ponce éclate sans s'annoncer. Doblones, trincheras, pase de pecho de dominio pour commencer. Les premiers derechazos sont profonds et liés. Musique. La suite baisse de ton avec des ruptures et des passages à vide, ainsi qu'une baisse de rythme du toro. Nonobstant Ponce distille son toreo sur les deux cornes et profite de la charge ouverte vers l'extérieur et ininterrompue. Lorsqu'il souhaite entamer ses fioritures finales le toro termine rajado. Alors Ponce lui impose des doblones somptueux vers les planches pour accompagner sa tendance naturelle. Entière caida d'effet rapide. Une oreille.

Julián López "El Juli" fait face a un Domingo Hernandez haut sur patte, excessivement brocho qu'il torée à la cape avec brio dans son style dominateur et rustre. Le toro s'emploi sous le fer. Quite de Juli par chicuelinas brusques et demie. La seconde pique est purement formelle. Alejandro Talavante dessine un quite, calqué sur celui du Juli, avec une touche finale en larga afarolada. Le toro est mobile et offre toutes les possibilités. Brindis à Justo Hernández, l'éleveur. Juli profitant de l'armure resserrée de l'adversaire débute sa faena à genoux. Nul meilleur que lui pour profiter de la mobilité du toro dans un trasteo droitier, jambe de sortie en retrait, qui déclenche la musique. A gauche quelques naturelles somptueuses ne sont pas réitérées. Juli alterne les séries sur les deux cornes avec quelques muletazos longs et lents mettant en valeur la collaboration supérieure du bicho. Entière en "julipie" mais dans la croix. 2 oreilles. Palmas au toro.

Le cinquième est "culo de pollo", armé long et en avant. El Juli dessine des véroniques et delantales mains basses et brusques. L'animal subit les deux rencontres règlementaires au cheval, entrecoupées par un quite de Juli par véroniques cette fois templées et esthétiques du meilleur effet. Brindis au public chaudement accueilli. Le début de faena va de tanteo à dominio. Au centre un Juli vertical se relâche et dessine des derechazos lents. Tout est douceur comme la charge du Garcigrande qui répond également de loin, sans hésitation. Juli duplique à gauche sans les excès habituels. En fin de faena, de retour dans son style contemporain, il met en valeur l'extraordinaire embestida du toro. Le public demande l'indulto. Juli insiste, accompagné de la musique, pour convaincre la présidence. Indulto accordé. Deux oreilles symboliques et vuelta avec le ganadero dans une parfait hommage à son ganadero de père récemment décédé.

Le troisième est un Garcigrande de meilleure présence et capacho. Il fait un tour du propriétaire pensif et n'inspire en rien Alejandro Talavante à la cape. L'animal fait sonner l'étrier et sort de la première pique sans se faire prier. Il subit la seconde. Talavante tente d'éviter que l'animal ne succombe à sa faiblesse en imprimant des trajectoires rectilignes sur les deux cornes. L'ambiance est d'une telle fadeur que le matador va chercher l'épée. Pinchazo et 3/4 de lame desprendida. Sifflets au toro. Silence.

Il revient à Talavante de conclure l'apothéose face à un Domingo Hernández de grand volume, corniapretado. Les adversaires ne se rencontrent pas à la cape. Au cheval, le bicho est peu combatif et cherche même à s'éloigner. Juan José Trujillo salut au second tiers. La faena débute avec de la mobilité de la part du toro qui tire des derrotes à droite en fin de passe. Il le fait également à gauche, mais Talavante arrive par moments à le canaliser. L'animal se retourne en avançant et en hésitant ce qui rend la tâche compliquée pour le matador. Celui ci insiste avec difficulté puis rend les armes. Sans entrain Le matador passe à plusieurs reprises bras tendu pour des pinchazos avant de porter une demi-lame défectueuse. Avis et descabellos. Silence.

Sortie par la Porte du Prince de Julian López "El Juli".

René Philippe Arneodau.

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Séville 14 avril 2018 – Des toros de Victorino Martín sans options de succès.

En cette après-midi printanière - enfin! – se déroulait la corrida de Victorino Martín, attendue, avec des toreros connaisseurs de cet élevage légendaire qui sortaient avec la devise noire en signe de deuil comme chacun le sait. Corrida bien présentée, homogène de hechuras typiques de cet encaste avec peut-être un seul iota pour le 3ème , plutôt basto, cárdeno oscuro, les autres cárdenos aussi mais plus caractéristiques de la robe albaserrada. Le poids moyen du lot était de 545 kg avec +/- 20 kg de différence. Dans l’ensemble les pensionnaires de Las Tiesas allaient au cheval pour un châtiment dosé, en tout cas pas excessif, avec à la sortie des signes de faiblesse. Le 5ème semblait être le mieux apte à entrer dans les capes et la muleta, se déplaçait d’une course régulière et franche durant le tiers de banderilles mais ne tenait pas la distance à la faena de muleta. Antonio Ferrera, Manuel Escribano et Daniel Luque étaient les préposés à affronter les victorinos, des spécialistes par ailleurs, mais sans option, en ce jour, de remporter le succès escompté.

Antonio Ferrera, malgré des gestes, attitudes et recours de torero expérimenté ne parvenait pas à briller dans aucune de ses deux faenas, la première à un toro qui n’ «humiliait» pas et qui, de plus, par faiblesse ni bravoure ne terminait pas son passage dans la muleta ou le faisait la tête en l’air, malgré les efforts du torero qui allongeait les passes et «perdait» des pas pour inciter le toro à répéter ses charges ; la deuxième faena fut quasiment inexistante car les génuflexions successives et l’absence de réponse aux cites obligeaient Antonio Ferrera à prendre l’épée et porter une estocade desprendida, entrant lentement. Il est possible que ce toro diminué, le 4ème , se blessait  comme conséquence de son engagement à la première pique, et à la seconde portée très en arrière.

Manuel Escribano était invité à effectuer la vuelta al ruedo au terme d’une faena? au 5ème, style infirmier, en raison de la faiblesse du victorino qui avec un peu plus de force aurait permis ce toreo au ralenti des toros mexicains (de même souche Saltillo) entrevu dans la muleta du sévillan. En réalité la vuelta récompensait la réception a porta gayola, qui d’ailleurs aurait pu mal se terminer, le toro se « croisant » dans la cape, le torero évitant la cogida, les deux largas cambiadas à genoux et les véroniques vibrantes qui suivaient ainsi que la paire de banderilles clouées dans un quiebro hasardeux au fil des barrières. La faena au 2ème qui ne baissait pas la tête dans la muleta, se résumait à de bonnes passes lentes au début pour se terminer par des demi passes, même un desarme, le toro se retournant sans derrote mais empêchant la finition des passes. Efficacité à l’épée.

Daniel Luque peut être crédité d’une bonne prestation sans atteindre des sommets mais avec sérieux, constance et maîtrise face à l’adversité. C’est à l’évidence au 3ème toro à la charge incertaine, qu’il montrait expérience et sang-froid. Le victorino virevoltait sur les pattes avant pour revenir dangereusement dans la muleta. Des demi passes donc,  sans brio évidemment mais toujours à bon escient. Au 6ème, avec patience et métier il parvenait à diriger la charge dans un trasteo bougé au début pour ensuite, le toro fixé, lier des passes de la droite... accompagnées de la musique ! Sur la corne gauche c’était moins bien, le toro chargeait la tête «arriba del palillo» (expression qui signifie que le toro chargeait sans baisser la tête, les cornes à hauteur de l’estaquillador qui soutient la muleta). Le toro capitulait…. Daniel Luque se distinguait, à son habitude, à la cape, par contre, il n’était pas dans un bon jour à l'épée, multipliant pinchazos avant de la placer pas toujours en bonne position…

Raúl Caricol et Alfredo Cervantes, de la cuadrilla de Daniel Luque, saluaient pour l’ exécution classique et pure de la pose des banderilles au 6ème.

Antonio Ferrera : silence aux deux. Manuel Escribano : saluts au tiers ; tour de piste. Daniel Luque : Applaudissements ; légère ovation.

Georges Marcillac

Photos. aplausos.com

 

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Séville 13 avril 2018 – Seul Alejandro Talavante émerge d’une corrida décevante, soporifique et sans intérêt.

Avec le ciel dégagé après tant de menaces de pluie, avec le premier cartel de figuras, la corrida pouvait s’annoncer bien meilleure que définitivement elle fut. Elle durait presque trois heures après le changement de deux toros - les 3ème et 6ème - d’un lot de deux fers de même origine Juan Pedro Domecq et Jandilla, ceux d’Olga Jiménez et García Jiménez,  de la propriété de la «Casa Matilla». En tête du paseillo, Miguel Ángel Perera pour son unique présence à l’affiche de la Feria cette année et Alejandro Talavante qui accompagnaient Andrés Roca Rey très attendu après son succès à la Maestranza, le jour de Pâques. Par leurs présentations et comportements, les toros  de la Peña de Francia (Salamanque) ruinaient les espoirs de Miguel Ángel Perera de bien figurer et Andrés Roca Rey, pas mieux loti, voyaient ses deux toros titulaires renvoyés aux corrales et remplacés par un toro d’Olga Jiménez (3ème) et un autre de Torrestrella (6ème). Les tercios de piques, pour la plupart, étaient escamotés, réduits à un simulacre, des picotazos, malgré la chute de la cavalerie enregistrée au 5ème, un toro de 585 kg qui partait de loin, impactait et envoyait cheval et picador au sol. Curro Javier de la cuadrilla d’Alejandro Talavante était accroché, déséquilibré au sortir d’une paire de banderilles et repris au sol sans dommage apparent, taleguilla déchirée. Paco Algaba était victime d’un derrote au bras gauche alors qu’il s’apprêtait à «puntiller» le 6ème. Javier Ambel, de la cuadrilla de Perera, Juan José Domínguez, de celle d’Andrés Roca Rey, saluaient après la pose des banderilles ainsi que Curro Javier malgré sa cogida.

Alejandro Talavante coupait une oreille du 5ème, un toro corpulent qui, au fil de la faena, montrait une nette tendance à se réfugier près des barrières à proximité de la porte de toril. Cela n’empêchait pas Talavante de construire une faena qui allait a más, parvenant à garder le toro dans la muleta surtout dans des séries sur la corne droite, à un toro, désintéressé mais noble. A noter les passes longues et de bonne facture, changement de main et passe de poitrine profonds d’Alejandro visiblement à l’aise et appliqué à la fois. Une estocade arrière concluait cette faena modeste mais sérieuse qui incitait toutefois le public à demander l’oreille, finalement concédée. Le second  sans fijeza aux banderilles, de charge courte dans la cape sans trop «humilier», semblait s’améliorer lors des passes de tanteo d’Alejandro Talavante.  Peu à peu, en «perdant» des pas pour engager la charge et faire baisser la tête du toro, il faisait en sorte que les dernières séries de naturelles étaient mieux réunies, certaines pieds joints. Malgré cela, le toro gênait le torero dans les finitions, les remates, en donnant de la corne. La mise à mort gâchait en partie le bon trasteo d’Alejandro Talavante, perdant subitement confiance et se jetant de côté pour deux pinchazos et une estocade basse.

Miguel Ángel Perera touchait le premier olga-jiménez, sans fixité, suelto à la cape et aux banderilles, de charge courte et lançant des coups de tête en fins de passes à la muleta. Avec ce «matériel» protestataire qui de plus se serrait dangereusement sur la corne droite – problème entrevu à la cape - il était difficile de construire une faena vite abrégée et terminée par deux pinchazos et une entière desprendida. Le 4ème se déplaçait et MAP en profitait pour le citer de loin et mais au deuxième derechazo, se produisait un accrochage et la perte de la muleta - desarme - A gauche ce n’était guère mieux, malgré l’effort de baisser la muleta dans des naturelles qui ne «disaient» rien et le public s’impatientait et protestait… Un pinchazo et une estocade arrière mettaient fin à une prestation décevante du torero déconfit.

Andrés Roca Rey, lui, devait affronter les deux sobreros remplaçant d’abord un toro mal présenté (même à Séville) et sans coordination dans sa course, ensuite un garcía-jiménez aussi mal présenté et faiblard… Le premier sobrero de 590 kg et cinqueño sautait dans la cape mais était assujetti avec décision par le jeune péruvien. Le péndulo doublé en alternance avec une passe de poitrine et un remate à gauche par le bas formait un bon début de faena mais le toro s’échappait. Venait ensuite une bonne série de la droite, la muleta basse soumettant ce toro fuyard, pour continuer au centre de la piste par des naturelles recevant, au passage, un coup de plat de corne. La faena se terminait près des planches par une demi-estocade un peu croisée. Sonnait un avis. La couleur de la robe du deuxième sobrero - un torrestrella sardo – lui donnait un air de toro bien proportionné malgré son poids de 490 kg. Il était néanmoins protesté par une partie du public. Sans être réellement piqué et sans caste, il décourageait Andrés Roca Rey qui abrégeait et plaçait un pinchazo hondo bas qui suffisait pour tomber le bicho auquel il restait suffisamment de force pour décocher un coup de corne au puntillero.

Miguel Ángel Perera: silence aux deux. Alejandro Talavante : un avis et silence ; un oreille. Andrés Roca Rey : un avis et saluts ; silence.

Georges Marcillac

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Séville 12 Avril 2018 - Luis Bolivar coupe une oreille pour son retour en Feria de première.

Temps pluvieux et un quart d'entrée pour voir un cartel peu attrayant en ces lieux. La Maestranza est généreuse et est prête à toutes les largesses. Le lot de La Palmosilla éclectique en trapío, force, mobilité, et comportement a offert  quelques opportunités de triomphe. Les toreros ont confirmé leur place actuelle dans  l'escalafón sans créer de surprises.

Le premier de La Palmosilla, harmonieux et bien armé, mais sans trapío, est faiblard et se retourne rapidement dans la cape de Luis Bolivar  dans la bregua sans se mettre en valeur. L'animal s'emploie mais ne bouge pas le cheval sous une première pique, palo vite relevé. La seconde rencontre est un simulacre. Quite de Joselito Adame par chicuelinas et revolera sous des protestations dues à la faiblesse du bicho. Luis Bolivar débute le trasteo par un tanteo destiné à mettre le toro dans la muleta sans l'obliger. La faiblesse de l'opposant ne permettra rien de plus malgré les tentatives sur les deux cornes. Pinchazo dans l'épaule et entière tombée. Silence.

Luis Bolivar torée son second de cape avec rythme et élégance sans réaction du public. Le toro s'emploie sous une pique relevée puis sort rapidement de la seconde. Joselito Adame entre en quite par medio farol, saltilleras et revolera. Le Colombien débute sa faena au centre, muleta dans la main droite. Le la-palmosilla galope mais fléchit aussi. Les derechazos sont dessinés sans corriger la position entre les passes et avec la jambe de sortie en retrait. La faena va a más à droite et la musique joue. À gauche, la charge est encore meilleure et longue. Bolivar en profite avec des passages meilleurs que d'autres. De retour à droite, le trasteo baisse de ton et la muleta est accrochée. Entière basse. Applaudissements au toro et oreille pour Luis Bolivar.

Joselito Adame reçoit le second par véroniques "templées" et esthétiques à gauche, le toro se collant à droite. Le La Palmosilla rentre et sort immédiatement de la première pique et s'emploie en carioca sous la seconde pique vite relevée. Quite brouillon de Rafael Serna. Le début de faena immobile d'Adame, par estatuarios, plaît aux Sévillans. À droite, l'animal conserve sa tendance à se serrer mais cela n'empêche pas le Mexicain de se confier sur les deux cornes. Le bicho est mobile mais ne transmet pas grand chose. Peu à peu, en restant hors trajectoire, Joselito Adame incite le toro à répéter, surtout à droite, tout en se faisant toucher fréquemment la muleta. A gauche, les passages sont laborieux. Manoletinas quand sonne l'avis avant tentative d'estocade a recibir terminée en pinchazo. Suit une entière basse al encuentro. Descabello avec second avis. Palmas au toro. Silence.

Le cinquième est le toro le plus sérieux de présentation. Ses charges accélérées n'incitent pas Joselito Adame à développer à la cape. Le bicho pousse puis s'endort sous le fer à la première rencontre. Il subit la seconde. Fernando Sánchez est invité à saluer pour sa performance aux banderilles. Les premiers recortes du Mexicain avec la muleta ne sont pas des plus justifiés. Le toro a du moteur et une charge qui transmet. Adame torée al hilo et se fait accrocher la muleta à droite. À gauche, la charge est rugueuse et courte. Le torero de Aguascalientes désiste pour revenir à droite où plus rien ne va pour le Mexicain qui n'a pas su maintenir le rythme prometteur du toro en début de faena. Pinchazo puis trois- quarts de lame desprendida et tendida. Palmas au toro.

Le troisième de La Palmosilla est un castaño de belle allure dont les forces s'évaporent dans les premières véroniques de Rafael Serna. Malgré son manque de résistance, le toro s'emploie en deux piques qui le font trébucher par la suite. Protestations. Brindis personnel. Le jeune torero mène le bicho aux tercios pour y dessiner des derechazos. L'animal trébuche et le sévillan insiste avec douceur et sans obliger, sur les deux cornes pour des muletazos suaves mais dénués d'intensité. Le public applaudit. Entière desprendida fulminante. Palmas et salut.

Le dernier de La Palmosilla est sur la défensive et sa charge tronquée. Elle oblige Rafael Serna à rester en mouvement. Au cheval, le bicho est manso d'abord, puis pousse lors de la deuxième rencontre. Le second tiers a lieu dans le désordre et sous la pluie. Brindis au public. Rafael Serna tâtonne longuement avant de se lancer dans des derechazos, fuera de cacho, à la merci du toro sur les deux cornes. La charge ayant ses défauts, la faena ne décolle pas. Pinchazo, puis 3/4 de lame. Silence alors que le public fuit les arènes pour échapper à la bourrasque.

René Philippe Arneodau.

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Seville 11 Avril 2018 - Pablo Aguado s'ouvre le chemin en coupant l'oreille d'un docile Torrestrella.

Pablo Aguado

Première corrida de la Feria d'Avril et troisième de l'abono. Corrida de Torrestrella pour trois jeunes matadors en recherche de reconnaissance. 2/3 d'entrée. Temps frais et venteux. La terna de jeunes, comme trop souvent, n'est pas venue à un tel rendez-vous avec l'attitude idoine pour convaincre qu'ils ont une place dans l'escalafón. Javier Jiménez passe inaperçu, Lama de Góngora malgré sa double campagne mexicaine est resté en dedans de ce qu'il aurait dû et pu réaliser. Quant à Pablo Aguado il est passé d'un toreo empêtré à son premier, au meilleur de la corrida face au dernier d'un lot de Torrestrella qui n'a mangé personne, mais auquel il a manqué caste, moteur et durée.

Le premier colorado, anovillado malgré ses 590 kg et sa haute charpente, galope et entre dans la cape de Javier Jiménez sans force et sans détermination. Deux piques prises tête à mi-hauteur confirment les mauvaises dispositions, accompagnées d'agenouillements. Brindis a Pablo Aguado. Le travail de muleta est conditionné par la mollesse des charges, une succession de muletazos en ligne, sans que le bicho n'"humilie" jamais. Entière trasera après pinchazo. Silence.

Le quatrième de la course est le plus léger et le plus armé. Il met la tête avec classe dans la cape de Javier Jiménez qui produit des véroniques plus esthétiques que profondes. Le toro fonce pour une première pique en arrière mais poussée. Il gratte le sol avant de s'élancer avec moins d'entrain pour la seconde puya dont il sort seul. Au second tiers, le toro hésite puis galope. Dans les capes, il fait l'avion. José Chacón brille en une paire, et plaît dans la seconde. Il salue. Le toro tire des hachazos dans les doblones de début de faena. Jiménez prend la gauche pour donner des naturelles désordonnées face à une charge ayant complètement changé depuis les deux premiers tiers. À droite le torero embarque en restant en dehors de la trajectoire pour des muletazos templés mais sans dominio. Un bref retour à gauche ne démontre rien de plus si ce n'est la marginalité du toreo de Jiménez. Pinchazo et demie lame caída et atravesada. Avis. Silence.

Le second Torrestrella, de meilleures hechuras, répond aux sollicitations de Paco Lama qui dessine des véroniques en marquant les embroques avec le vuelo extérieur de la cape. Le toro charge de loin et pousse sous deux bonnes piques de José María Expósito. Quite de Pablo Aguado par chicuelinas mains basses et deux demies. Le Torrestrella reste vif et mobile au second tiers. Brindis au public. Lama de Góngora appuie les premiers muletazos puis enchaîne deux séries à droite rythmées, main basse qui emportent l'adhésion de la Maestranza. La musique joue et la faena va a menos sur les deux cornes, le bicho perdant de son entrega et moteur. Deux pinchazos en entrant droit précèdent une entière desprendida d'effet rapide. Applaudissement au toro. Palmas et salut pour Paco Lama.

Le cinquème est bas et trapu. Lama de Góngora ne s'accouple pas avec sa charge à la cape. Le bicho fait sonnez les étriers par deux fois puis développe une charge décomposée au second tiers. Le toreo de Paco Lama est esthétique et cela se note dans les doblones de début de trasteo qui contrôlent les aspérités de la charge. Il fait de même dans les derechazos "templés" qui suivent, dans une position marginale, il faut bien le dire. Quand il prend la gauche le bicho a rendu les armes. C'est à la fin que le torero se croise dans les derniers derechazos, lorsqu'il n'y a plus de charge. Entière légèrement desprendida et trasera d'effet immédiat. Silence.

Le troisième Torrestrella doute avant de passer dans les véroniques brouillonnes de Pablo Aguado. Le toro bas armé corniapretado, montre une certaine mansedumbre au cheval, allant cependant a más sous la seconde. Quite de Jiménez par delantales. Le bicho démontre un bon tranco au second tiers. Brindis personnel (à sa mère). Les deux premières séries à droite confirment que le toro s'est amélioré. Musique. Aguado dessine des muletazos de qualité variée sur les deux cornes. C'est à gauche que la connexion se fait et que les deux protagonistes s'expriment dans une série. Le bicho raccourci ensuite sa charge et termine tête haute. Les naturelles finales de trois-quarts, à la Manolo Vázquez, sont d'excellente facture. L'animal n'obéit pas aux toques à mi-hauteur du matador qui porte deux pinchazos avant trois-quarts de lame. Quelques applaudissements au toro ainsi que pour Pablo Aguado qui salue.

Cette corrida, en demi teinte, se termine avec un exemplaire long et armé étroit que Pablo Aguado passe dans des véroniques dont certaines sont bien embarquées et appuyées. Au cheval le toro est indolent pour les deux rencontres règlementaires. Brindis personnel. Le début de faena est tonitruant par sa profondeur en doblones puis derechazos. Musique. Les charges sont douces et obéissantes. La muleta "temple" et guide sur les deux cornes. Le torero alterne les cites de trois-quarts et ceux al hilo. Le public est conquis par la profondeur et le rythme de nombreux muletazos. Pinchazo en "citant" al encuentro, puis porte une entière légèrement en arrière. Le public demande et obtient une oreille.

René Philippe Arneodau.

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Madrid – Las Ventas – 1er avril 2018 – Jour de gloire pour Álvaro Lorenzo : 3 oreilles et sortie a hombros

Le jour de Pâques est le lancement de la temporada de Las Ventas bien que les regards des aficionados étaient tournés vers la Maestranza de Sevilla en prélude à sa fameuse Feria. Mais aujourd’hui il fallait être à Madrid et assister à une corrida qui marquera sans doute la carrière du jeune torero de Tolède : Álvaro Lorenzo. Celui-ci signait deux faenas qui furent respectivement récompensées par une et deux oreilles et par la sortie par la Grande Porte de la calle Alcalà. Le cartel était composé de David Mora, Daniel Luque et Álvaro Lorenzo pour des Toros de El Torero d’origine Juan Pedro Domecq Diez, Salvador Domecq recevant un tiers de l’élevage familial en 1968. Les toros d’aujourd’hui avaient tous plus de 5 ans, formant un lot de poids moyen de 548 kg, de bonne présentation et belles armures, de trapío les 3ème et 5ème, un manso le 4ème, le reste honorable en bravoure avec peut-être un manque de caste pour que l’ensemble reçoive néanmoins une note au-dessus de la moyenne. Prontos, tenant le coup jusqu’à la fin des faenas, ils permettaient surtout à Álvaro Lorenzo de briller surtout avec le 6ème qui était gratifié de la vuelta al ruedo, sans doute exagérée pour un comportement incomplet aux piques.

Alvaro Lorenzo composait ses faenas par des doblones initiaux, au 3ème, et des statuaires au 6ème, montrant dans les deux cas ses intentions, mesurant bien les temps et terminant respectivement par des bernadinas serrées et des doblones des deux mains (sans l’épée montée) magnifiques de rythme et temple. Entre ses débuts et fins de faenas, les passes classiques se succédaient avec des cites lointains auxquels répondaient ses deux toros. On notait une belle série de naturelles à son premier bien que parfois ce toro, juste de force, ne supportait pas toujours les remates par le bas. Justement un remate en guise de naturelle couronnait une série en un trasteo classique et appliqué.

               

Au dernier, la faena était plus dense, pour des passes de la droite enchaînées dont un derechazo de grande maîtrise et temple, après un cite lointain; des naturelles et un remate « évanoui » (desmayado) et passes de poitrine longues et « templées », le tout dans le même terrain démontrant l’emprise sur l’animal et le sens de la lidia du jeune torero. Pour conclure: deux estocades entières et d’effet rapide, un peu tombées et perdant la muleta. Álvaro Lorenzo avait toréé à la cape avec facilité bien que ses toros n’accompagnaient pas complètement le dessin des véroniques du début. On pourrait regretter toutefois que son toreo de profil enlevait à ses passes la profondeur et la perfection que permettaient ses toros dans leurs charges franches et continues. Malgré cela, il ne faut pas trop mal juger ce jeune torero dont les qualités et  technique devraient s’affirmer dans le futur.

David Mora affrontait un toro qui par moment fléchissait des antérieurs en fins de passes par le bas mais permettait une faena sans trop d’éclat à ce toro noble, de charges faiblardes et sans transmission. Le torero de Borox était bousculé à l’estocade, recevait un coup à la poitrine et échappait à la cogida. Le toro amorcillado tardait à tomber et sonnait un avis. Le 4ème, un imposant colorado ojo de perdiz (bien que le plus léger du lot : 520 kg.) se déclarait manso aux piques et sortait de chaque capotazo ou muletazo pour chercher un terrain désert ou les barrières. Au cours d’une de ses fuites il rencontrait le picador de réserve et là, devant le Tendido 2, recevait une bonne ration en livrant un combat… de manso. David Mora, décidé, le poursuivait pour lui voler avec élégance et astuce des passes de la gauche, vertical et défiant le bicho, ou bien des derechazos liés en redondo pour le garder dans la muleta. Donc des passes isolées, pratiquement collé à la barrière du Tendido 7, David Mora réussissait à tempérer ce toro couard et par surprise lui logeait l’épée jusqu’à la garde. L’oreille était demandé et non concédée mais ce trasteo de ce torero presque vétéran était justement fêté par le public reconnaissant.

Daniel Luque tombait sur les deux toros du lot de moindre qualité mais, lui non plus, ne parvenait à apporter des détails qui auraient pu rehausser une prestation par ailleurs terne, faite de beaucoup de passes mécaniques. Si le 2ème entrait bien dans la muleta il en sortait sans aller au bout de la passe. Quant au 5ème, tantôt arrêté, tantôt chargeant sans « humilier», sans fijeza bien que jusqu’à la fin il avait du ressort, d’où la difficulté de gérer ces irrégularités. Daniel Luque n’était pas non plus très heureux à l’épée.

Dans les cuadrillas, on notait la brega et la pose des banderilles de Sergio Aguilar, reconverti cette saison torero de plata, auquel est promis une belle nouvelle carrière. Ángel Otero saluait aux banderilles au premier. Le toro sorti 3ème était applaudi à l’arrastre et le mouchoir bleu primait le 6ème de la vuelta al ruedo (contestable)

David Mora : un avis et silence ; tour de piste. Daniel Luque : silence aux deux. Álvaro Lorenzo : un oreille et deux oreilles, sortie a hombros.

Georges Marcillac

Photos: Javier Arroyo - aplausos.com

 

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Jiménez Fortes : La sincérité comme étendard.

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Comme vous l'aurez lu dans les chroniques de la corrida de dimanche dernier à Madrid, Jimenez Fortes s'est fait remarquer, bien plus à mon sens que le lot de Victorino dont les exemplaires sont en train de devenir nobles et … Continuer la lecture

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Madrid – Las Ventas – 25 mars 2018 – Les toros de Victorino déçoivent mais Saúl Jiménez Fortes sort grandi de sa prestation.

En ce dimanche des Rameaux la plaza de Las Ventas ouvrait ses portes pour la deuxième année de la empresa Plaza 1 avec une corrida de Victorino Martín, en hommage à son créateur, décédé en octobre dernier. Le lleno des gradins de soleil traduisaient le besoin des spectateurs d’un hypothétique rayon de l’astre solaire pour tempérer le froid hivernal qui régnait sur la capitale. Les autres tendidos étaient plus clairsemés pour une entrée totale de 14.500 spectateurs. Les matadors Manuel Jesús « el Cid », Pepe Mora et Saúl Jiménez Fortes, désormais “Fortes” ??, tout seul, complétaient le cartel. Tout au long de l’après-midi, le vent omniprésent gênait le maniement des capotes et muletas et compliquait les faenas en plus des difficultés inhérentes aux toros de cet encaste.

Les toros de Victorino sont toujours une attraction et les quatre premiers cárdenos représentaient le type de cet encaste emblématique, moins, les deux derniers presque noirs. C’est pourquoi, lorsque ces toros ne répondent pas à l’attente des aficionados, la déception l’emporte.  Néanmoins leurs comportements respectifs méritaient, ce jour, des appréciations nuancées. Les deux premiers, de plus 5 ans, n’offraient  pratiquement aucune option de faena. Le 3ème, plus mobile et moins coriace, révélait la maturité et la fermeté du torero de Málaga «Fortes», le 4ème passait sans transmission, le 5ème fut le seul à ne pas «humilier» - caractéristique des victorinos –, le 6ème de moindre présentation et quelque velléité de mansedumbre, renversait néanmoins la cavalerie à la première rencontre. Ils affichaient un poids moyen de 534 kg, bien armés, cornivueltos, veleto le 5ème. Le 1er présentait une cornada à l’arrière-train gauche, ce qui valait les premières protestations du public et la bronca au président.

Saúl Jiménez Fortes coupait une oreille au 3ème, dont la mobilité et longue charge permettaient un bon capoteo au début et une faena de muleta, complète, composée de bonnes séries des deux mains, entachées de quelques accrochages en fins de passes (le vent ?). Il est vrai que le toro avançait le museau dans le sable, lentement sans trop de force et rendait possible un toreo au ralenti, le temple,  dans des passages courts parfaitement gérés par le torero, ce qui n’était guère facile compte tenu des conditions du toro et des sautes de vent. On relevait deux naturelles excellentes malheureusement, le toro très «humilié» marchait sur la muleta et provoquait un desarme. Une estocade desprendida concluait cette première faena inégale, l’oreille était demandée et concédée.

                        

La deuxième faena, au 6ème, donnait quelque espoir dans une première série de naturelles mais le toro modifiait et raccourcissait sa charge dès la série suivante. Désormais, il ne supportait que deux passes et s’arrêtait. Un détail : José Antonio Carretero dans un seul capotazo avait montré la qualité de charge du toro à gauche et la faena de « Fortes » se déroulait presque exclusivement sur ce côté avec les interruptions citées plus haut. Les pinchazos se succédaient à la mort et sonnait un avis.

Manuel Jesús « El Cid » tombait sur un os, le 1er, faible de surcroît, probón et sans charge par la suite. Une estocade contraire et deux descabellos. Au 4ème, l’effort était méritoire devant un toro sans trop de force – une chute des antérieurs, une costalada (chute de côté) - ni caste, qui lui permettait de toréer exclusivement de la droite, au ralenti, certes, mais sans la transmission ni l’émotion qui auraient réchauffé les aficionados transis. « El Cid » s’offait même le luxe d’un desplante… déplacé! avant de placer un pinchazo et une estocade verticale.

Pepe Moral n’était pas mieux loti. Ces deux toros ne servaient qu’à montrer combien le sévillan voulait répéter ses performances à Las Ventas. Avec métier, sur les jambes, il tentait de faire passer son premier, qui lançait des hachazos dans cape d’abord pour continuer dans la muleta, avec des retours courts lorsqu’il daignait charger… Jolis doblones longs et « templés » au début, mais ce fut tout. Laborieux à la mort. Le 5ème, qui n’ « humiliait » pas, des demi-charges, sans se livrer, plutôt se défendant, ne se prêtait à aucune série de passes ni de la droite ni de la gauche. A la mort, difficile due au port de tête de l’animal, Pepe Moral tuait de deux pinchazos et d’une demi-estocade.

Manuel Jesús « El Cid » : silence ; un avis et silence. « Fortes » : un oreille ; ovation. Pepe Moral : silence : un avis et silence. José Antonio Carretero saluait après deux paires de banderilles au 3ème. Les toros de Victorino portaient une divisa noire en signe de deuil.

Georges Marcillac

 

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Feria de Olivenza - 2-3-4 mars 2018 - Les autres.... (II)

La Feria 2018 était composée de cinq corridas dont une novillada d’ouverture le vendredi 2 mars. Au cartel, cinq novilleros et une novillera, María del Mar Santos de Badajoz qui, d’ailleurs, par ancienneté ouvrait la novillada de El Freixo, élevage de «El Juli» au moins présent à Olivenza par l’intermédiaire de ses novillos. Ces derniers étaient crédités d’une bonne note car leur comportement varié rendait ce premier spectacle très intéressant et qui l’aurait été encore plus si les novilleros avaient pu mieux s’exprimer gênés dans leurs évolutions par un vent violent tourbillonnant dans le ruedo. Maria del Mar affrontait un novillo costaud qu’elle toréait avec détermination et vaillance. A la mise à mort, elle se jetait sur le garrot du novillo, restait sur la face et la cogida inévitable se produisait suivie d’une bonne rouste au sol. Fortement contusionnée, elle était conduite à l’infirmerie et ensuite à un hôpital de Badajoz. Le portugais Joâo Silva « Juanito », malgré la pluie et le vent, toréait à la cape et à la muleta variant les suertes, ferme dans sa position, la muleta basse pour forcer le bon novillo et éviter l’effet du vent. Il tuait d’un pinchazo et d’une estocade entière, écoutant un avis… et recevait une oreille méritée. Ce novillero en progrès est à suivre dans la saison qui commence. Antonio Catalán « Toñete » coupait aussi une oreille ainsi que Marcos Pérez, chacun à leur novillo, sans atteindre des sommets. Le premier forçait la figure, compas largement ouvert, signait une bonne série de naturelles et pour finir des luquesinas avant de porter un pinchazo et une entière assorties d’un avis ; le deuxième toréait à distance, sans transmission un novillo qui avait provoqué une chute monumentale de la cavalerie, pour une faena qui lui valait une oreille par la quantité plus que par la qualité. Alfonso Cadaval passait, avec le vent, sans peine ni gloire et Alejandro Adame, le troisième de la fratrie taurine mexicaine, dont c’était la première novillada piquée, ne semblait pas très à l’aise, toréait avec le pico, un novillo trop compliqué pour un tel début. Mal à la mise à mort. Un avis.

Les quatre corridas suivantes, deux matinales et deux l’après-midi, réunissaient des toros d’origine JP Domecq tels ceux de El Tajo(5) et La Reina(1) (de l’élevage de José Miguel « Joselito), de Garcigrande (2 +1) et Domingo Hernández (4+1), de Victoriano del Río et de Zalduendo. Deux toros de Victorino Martín faisaient exception l’après-midi de dimanche lors du mano a mano Antonio Ferrera / Ginés Marín. Olivenza est une place de 3ème catégorie où se présentent en début de saison les figuras et ganaderías de première. Il serait bon que la bienveillance du public et le laxisme de la présidence ne viennent faire perdre le cachet de cette feria et en chasser les aficionados. La suerte de varas est escamotée, les picadors font la carioca, les banderilles sont placées à la sauvette – deux paires semble être la norme – tout ceci aux ordres des matadors! Que font les ganaderos? qui élèvent des animaux qui ne pourraient pas tenir des faenas trop longues et souvent monotones, suivant le même schéma ? Les zalduendos se traînaient, les garcigrande/domingo-hernández donnaient le change par leur durabilité à la muleta, mansitos et nobles, les victoriano-del-río pas très costauds mais nobles, les pensionnaires de « Joselito » de trapío convenable. Tous évidemment d’encornures commodes.

Ginés Marín, lui aussi de la région, et Andrés Roca Rey peuvent être crédités d’un accessit pour leurs prestations. Ginés Marín, faisait un doublé dans cette feria et chaque fois dans deux affiches purement extremeñas. Il se mesurait à Miguel Ángel Perera et Alejandro Talavante le samedi (en remplaçant «El Juli») et à Antonio Ferrera le dimanche. Il coupait au total trois oreilles, les deux premières à un domingo-hernández, suelto, qu’il sût garder dans la muleta les pieds rivés au sol, sous la pluie, liant les redondos. Les passes d’entrée à genoux et les bernadinas de fin de faena donnaient un sens au trasteo du jeune torero, téméraire et classique à la fois. L’estocade finale lui permettait de triompher à l’unisson de ses compagnons de cartel. L’oreille coupée au garcigrande, faiblard et distrait, du dernier jour confirmait une fois de plus la variété du toreo de Ginés Marín qui entamait sa faena par des passes hautes, de costadillo, de poitrine, le tout lié, et concluait par des mondeñinas et une estocade a recibir ! L’autre jeune loup, Andrés Roca Rey, lui aussi coupait des oreilles, notamment celle à son deuxième de Victoriano del Río de charges courtes, résultat d’un labeur sérieux et varié  mais qui ne créait plus la surprise : les passes circulaires, enchaînées ne soulèvaient pas (ou plus) l’enthousiasme, les passes fondamentales étaient bien dessinées mais absentes de duende. Pourtant la passe changée dans le dos, doublée, et la passe de poitrine, le tout lié au centre de la piste, lançaient une faena à son premier, les luquesinas très serrées étaient tout juste fêtées malgré la démonstration d’une parfaite maîtrise de ces passes ajustées. Néanmoins, l’oreille était demandée et accordée après un avis. Miguel Ángel Perera sortait lui aussi a hombros pour un triomphe sans éclat, après deux faenas selon son style, imposant sa loi à des toros qui de toute manière terminaient près des planches sans doute rendus à la muleta ou bien déclinant le combat et révèlant ainsi leur mansedumbre latente.

Luis David Adame était pris en portant l’estocade à son premier et recevait un coup de corne de à l’aisselle gauche et partait à l’infirmerie après un tour de piste et l’oreille conquise plutôt pour sa cogida et la mort rapide de toro de El Tajo. Le jeune mexicain restait ferme devant un toro qui  perdait sa fougue initiale pour terminer presque arrêté mais conduit par une muleta convaincante. Du fait de la blessure de son jeune compagnon, Juan José Padilla devait toréer trois toros auxquels il administrait tout son répertoire, à la cape, aux banderilles et à la muleta, toujours avec fougue, souvent avec science mais aussi sans retenue lorsqu’il voulait forcer le succès.

                        

En guise d’adieux, le «Pirate», tel qu’en lui-même, repartait d’Olivenza en arborant le drapeau de la flibuste après avoir coupé trois oreilles dont deux au 6ème. José Garrido, un autre extremeño, sous la pluie battante et dans le bourbier, toréait à son habitude, volontaire, accéléré dans ses passes, souvent à genoux mais sans la qualité que l’on attend d’un torero qui eut des débuts prometteurs. La deuxième oreille était demandée après une faena exécutée au centre du ruedo à un toro noble qui méritait peut-être mieux mais on accordera à José Garrido des circonstances atténuantes car les conditions climatiques se prêtaient plutôt à un exercice de patinage artistique qu’a un toreo de même caractéristique.

Georges Marcillac

Photos: Joâo Silva pour aplausos.com

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