Corrida de "Desafio Ganadero" avec trois Monteviejo (1, 5 et 6) et trois de Partido de Resina (2, 3 et 4). La dernière fois que les Monteviejo se présentaient à Madrid fut en 2005. L’an dernier la ganadería de Monteviejo a lidié une seule corrida qui a permis de couper 10 oreilles. Les espoirs de renouveau cet élevage furent cependant déçus car les trois exemplaires combattus aujourd’hui ne firent point honneur à leur devise. Seul le quatrième de lidia normale, de la ganadería de Partido de Resina qui aurait dû être combattu par Serafín Marín, et le fut par Gerpe, a donné du jeu. Ses deux autres frères se complurent dans la mediocrité. Le Mexicain d’Aguascalientes Juan Pablo Sánchez et l’Espagnol Luis Gerpe peuvent être crédités d’une attitude volontaire et respectable dans des circonstances, de ganado et de vent, compliquées. Les subalternes Mehdi Savalli et Joao Pedro Silva eurent des prestations supérieures au second tiers qui leur valurent de saluer.
Serafín Marín, matador Catalan (Mocada i Reixac - Barcelone), affronte un premier Monteviejo berrendo, lucero massif et imposant qui charge droit dans la cape, pour soudain, dans un extraño, empaler violemment le torero et l’envoyer à l’infirmerie avec une cornada de 30 cm dans la cuisse droite. Juan Pablo Sánchez fait ensuite une brega à la cape. Au cheval le toro est reservé et peu combatif, comme il le sera au second tiers. Il charge au pas, tête relevée et pensif. Le tanteo du Mexicain doit gérer autant la charge molle du toro que le vent qui fait onduler la toile. À droite, le toro donne des coups de tête dans le trapo sans passer. À gauche c’est pire. Il est gazapón et mesure sa proie. Entière trasera, desprendida et tendida. Descabello. Silence.
La corrida ayant été transformée en mano a mano, Luis Gerpe combat en second son premier adversaire. C’est un partido-de-resina, abanto qui tarde à se confier. Une fois fixé, le vent incite Luis Gerpe à la prudence. Le gris refuse longuement de regarder la monture. Les deux piques seront prises sans classe en déshonneur de la ganadería. Au second tiers, il faut noter une excellente prestation de Mehdi Savalli posant deux paires al cuarteo, clouées "au balcon" sans douter et avec torería ce qui lui vaut de saluer. Muleta en main Luis Gerpe débute par séries droitières engagées nonobstant les bourrasques, ce qui explique et excuse les quelques scories. À gauche, l’épreuve est encore plus louable même si dans les terrains du T5 le vent est moins notable. Une série droitière ferme et engagée termine le trasteo. La charge molle, et au pas, n’a pas facilité la tâche. Trois-quarts de lame desprendida, portée en entrant droit. Palmas au toro, excessives me semble-t-il. Palmas et salut pour Luis Gerpe.
Juan Pablo Sánchez torée en troisième lieu le toto de Partido de Resina prévu pour être combattu en seconde position. Le bicho, corniabierto est abanto. Il évite la confrontation avec la cape du Mexicain. Lorsque ce dernier le fixe pour le mener au centre, le toro donne des coups de tête dans tous les sens, sans jamais charger pleinement. L’animal subit deux piques. Au second tiers le bicho donne quelques charges par le bas dans un ensemble médiocre. Juan Pablo Sánchez, au centre et après un essai droitier, trouve le rythme à gauche dans des naturelles isolées sans que l’on puisse en donner le crédit aux qualités du toro. En terrains rapprochés, l’hidrocalido lie trois séries engagées, au fil des cornes, qui lui valent des applaudissements Entière tendida et desprendida. Silence. L’effort méritait d’être reconnu.
Luis Gerpe combat en quatrième lieu le second de Serafín Marín. C’est un tío, cornivuelto (seulement 520 kg), qui charge avec entrain. Les capotazos sont électriques compte tenu du vent. Le toro pousse brièvement sous le fer par trois fois, en sortant seul en deux occasions. Au second tiers Mehdi Savalli réalise un quite opportun à Ruben García de la cuadrilla du torero catalan qui se chargeait du second tiers. Brindis au compañero blessé à la porte de l’infirmerie. Les premières charges du Pablo Romero sont vives. Gerpe torée par le bas, ferme en deux tandas, jusqu’à ce que le vent l’oblige à rompre dans les remates. À gauche l’effort est tout aussi notable même si le résultat artistique n’est pas celui espéré. Trois nouveaux passages droitiers confirment l’entrega du Toledan dans un ensemble brusque d’où ressortent quelques passes relâchées. Entière caída. Pétition d’oreille minoritaire. Palmas au toro. Vuelta avec division.
Le cinquième de Monteviejo, quelque peu terciado pour Madrid, charge avec nonchalance la cape du torero mexicain qui le mène au centre. Le toro s’emploie contre le peto deux fois sous des piques médiocres. Le trasteo de Sánchez démarre genoux en terre, ou jambe fléchie, en mode de tanteo. Il doit prendre la mesure d’une charge courte et irrégulière. Il le fait à base de toques por fuera et de zapatillazos. Le bicho est gazapón, surtout à gauche, corne rapidement abandonnée. La faena se termine en mouvement et toreo sur la face. Pinchazo et trois-quarts de lame tendida, desprendida et atravesada. Deux descabellos. Silence.
Le Desafio se termine avec un de Monteviejo distrait qui doute avant de charger avec brusquerie la cape méfiante de Luis Gerpe. Le bicho pousse par à-coups lors de la première pique. Placé loin pour la seconde, il gratte le sol avant de charger et de pousser. Joao Pedro Silva salue pour sa prestation torera aux palitroques. Brindis personnel. Les premiers muletazos de tanteo et la tentative de derechazos butent sur une charge courte et des retours à hauteur d’homme. À gauche le toro est tardo et probón. Épée atravesada superficielle suivie d’entière en place. Silence.
René Arneodau


