Le lot de Domingo Hernández fut une déception de taille. Cinq furent sifflés à l’arrastre pour leur manque de caste et pour leur faiblesse. Seul le premier, pas meilleur, évita la sanction par tolérance. Côté présentation, le lot inégal eut deux exemplaires lavados de cara, le 4 et le sobrero. Les poids annoncés ne correspondaient point au trapío en piste. Les trois toreros tuèrent particulièrement mal. Le cinquième souffrait d’une condition qui lui faisait secouer la tête dès son entrée en piste.
Le premier exemplaire de Domingo Hernández aux lignes fines est passé de cape par Roberto Martín "Jarocho" avec difficulté, car le bicho entre sans conviction et se retourne large en revenant croisé. L’animal pousse sans force sous une première pique dont il sort affecté. Il va a más lors de la seconde rencontre. Quite facile par véroniques de A.Talavante, auquel répond Jarocho dans une interprétation brouillonne.
Jarocho confirme l’alternative des mains de Talavante en présence de Pablo Aguado face à "Jienense" de Domingo Hernández portant le numéro 142, né en décembre 2020 et pesant 540 kg. Brindis au public et au ciel. La faena est initiée face à un toro qui trébuche. Les deux premières séries, pieds joints la première, ne transmettent rien. Le torero essaye de maintenir l’animal debout. Il en va de même sur l’autre corne avec les protestations des tendidos. Deux pinchazos en passant au large et bras tendu suffisent. Silence.
Alejandro Talavante reçoit son premier toro par véroniques "templées" et demi-véronique. Déjà les signes de faiblesse du bicho apparaissent. Ils se confirment lors de l’épreuve du fer. Mouchoir vert. Le sobrero, du même fer, est lourd mais sans trapío. Il commence à flancher dès les premiers lances. Il s’emploie au cheval en donnant des coups de tête et le public proteste contre sa faiblesse. La restitution des trastos effectuée, Talavante entame l’ouvrage par doblones et recortes qui font fléchir l’opposant et gronder le public. Tout se réduit à un tanteo sur la face du toro. Pinchazo et lame trasera et atravesada. Deux descabellos. Sifflets au toro et silence.
Le second (quatrième) de Talavante doute avant de répondre aux véroniques pieds joints du matador. Le Domingo Hernández s’emploie longuement lors de la première pique. La seconde est brève. La faena débute avec des ayudados por alto et por bajo, avec une naturelle profonde et longue. Les naturelles suivantes, réalisées en deux temps, sont de qualité inégale et les derechazos brouillons. Le torero se cherche de nouveau à gauche avec de nombreux replacements et quelques trajectoires de qualité. Le bicho capitule lors du dernier passage droitier. Pinchazo et entière desprendida. Sifflets au toro. Silence.
Le premier de Pablo Aguado évite la cape du torero dans le premier assaut. Il ne se laisse pas fixer, se retourne à l’envers jusqu’à ce qu’au centre Aguado lui serve quelques véroniques sur le chemin. L’animal sort illico de la première pique, passe à côté une seconde fois, puis pousse longuement au troisième assaut. Quite de Talavante par véroniques pieds joints et demi-véronique. La faena débute par tanteo élégant. La première série droitière, facile, est tirée avec le pico depuis les extérieurs. La suivante voit le torero être mis en difficulté à cause de son placement fuera de cacho. À partir de la troisième tanda, des protestations apparaissent. À gauche, les naturelles sont "citées" une par une, muleta souvent touchée. Aguado insiste à droite pour un résultat nul. Plusieurs pinchazos en prenant le périphérique avant demi-lame. Pitos au toro. Silence.
Le cinquième, second d’Aguado, semble se comporter en manso, évitant le combat jusqu’à ce que le matador le fixe au centre. On note toutefois que, réfugié en tablas, il secoue la tête comme il le fait en fin de combat. Le toro est manifestement gêné. Face à l’épreuve du fer, l’animal donne des coups de tête lors des deux passages. Une banderille reste plantée profondément dans l’emplacement de la pique, ce qui aggrave son état. Un tanteo en doblones précède un passage droitier marginal donné avec le pico. Le toro souffre de quelque chose et secoue la tête en continu. Toreo sur la face. Lame tombée, delantera, atravesada. Sifflets au toro. Silence.
Le toricantano affronte un sixième exemplaire qui est le mieux présenté de la course. Quelques véroniques ressortent d’un ensemble de lances variés donnés au rythme des fléchissements du toro. Face au cheval, le bicho pousse une fois, puis est retiré rapidement de la seconde rencontre lorsque la pique est mal portée. Un troisième passage est organisé sans brio. Montera vissée sur la tête, Jarocho cite à droite face à un toro d’abord arrêté, puis qui met le torero sur la défensive. Même scénario à gauche, le matador terminant par desplante déplacé. Jarocho poursuit sur les deux cornes face à un opposant qui, désormais, n’"humilie" plus du tout et garde la tête haute dans l’engaño. Un animal sans classe qui n’est pas dominé. Deux pinchazos à bout de bras suffisent à mettre le toro à terre. Sifflets au toro et silence.
René Arneodau.