Tous les Aficionados qui suivent l’actualité taurine étaient dans l'attente du lot de la ganadería d’Alcurrucén qui avait fait sensation lors de sa présentation dans les corales de la Venta de Antequera. Restait à voir si le ramage se rapporterait au plumage. La corrida fut noble mais sans moteur. Les toreros volontaires n'ont pas passé la rampe, montrant des moments de qualité, mais pas la volonté de renverser la table. Les deux Sévillans ont déjà eu, par le passé, des opportunités. Aujourd'hui les moments les plus marquants sont à mettre au crédit de Fabio Jiménez, le moins expérimenté des trois se présentant en tant que matador avec seulement trois corridas dans la besace.
Pepe Moral décide de recevoir son premier a puerta gayola. La larga cambiada de rodillas, compliquée, est suivie par des embestidas brusques et freinées en sortie de capotazos. Le bicho montre élan et l'énergie dans ses attaques. Face au cheval la première attaque est molle, sans conviction, suivie d'une vuelta de campana. La seconde vara est du même ton. Le quite de Lama de Góngora est abandonné car le bicho est parado. Le toro est pensif et tardo au second tiers. Lorsque la faena débute on ne voit pas quel pourrait être la faena. Pepe Moral démarre par tanteo suivi de droitières engagées et liées, en deux séries, citées dans le terrain du toro. La troisième série plus marginale baisse en intensité. À gauche le bicho proteste et refuse de passer. Le toro termine a menos et Moral opte pour l’espada. Espadazo légèrement trasero. Silence.
Alors que la pluie redouble, un berrendo en colorado quatrième, superbe, est méthodiquement passé de cape par Pepe Moral. Piqué en arrière le toro pousse irrégulièrement sur une corne contre le cheval. Le second puyazo est médiocre tant par le toro comme par le picador. Pepe Moral, montera vissée sur la tête, s'avance pour donner des doblones terminés par le haut d'abord, puis par le bas. La première série droitière de main basse est dessinée à distance. La suite est plus ajustée. À gauche les premières hésitations sont terminées par des naturelles engagées. Ensuite le torero reste dans le terrain de l'animal et tire des muletazos volontaires face à un adversaire qui va a menos. La suite droitière est tout en provocation avec des toques marqués por fuera. Quelques naturelles précèdent une entière habile et contraire. Descabello. Vuelta auto proclamée.
Paco Lama de Góngora reçoit son premier sur les jambes, gérant les attaques erratiques de l'animal. Face au cheval l’Alcurrucén pousse sans conviction. Le second tiers confirme les complications. Les doblones de début de faena sont à la fois prometteurs et envoient le bicho à terre. Les derechezos sont cités avec précaution d'abord, puis avec conviction et engagés après. Ayant pris la mesure de l'opposant Paco Lama lie plusieurs séries droitières notables. Musique. À gauche, dans un premier temps, l'animal est sur la retenue, comme l'est son Matador. Dans la seconde série gauchère le torero se confie et lie une série importante. Le final droitier confirme le désir du torero de bien faire. Une série de naturelles citées de trois quart termine favorablement le trasteo. Une épée défectueuse est suivie d’une seconde meilleure. Le généreux public et président de Séville accordent une oreille.
Le quinto de Lama de Góngora charge la cape de son matador après de longues hésitations. Au centre, le matador brega à plusieurs reprises sans arriver à fixer l'animal. Le tiers de varas inconséquent ne met en valeur aucun des participants. Lama de Góngora s'avance aux tercios pour un toreo por alto distant. Les derechezos précautionneux sont liés. Sur un cite por fuera le torero est avisé. La suite tourne en eau de boudin aux torts partagés. Pinchazo hondo et entière efficace. Silence.
Fabio Jiménez, face au seul negro de la course, doit gérer les fuites de l’Alcurrucén en le rejoignant et lui servant des capotazos sur la défensive. Face à la monture, le toro hésite et combat de más a menos. Le puyazo étant médiocre. Si la seconde puya est mieux portée le combat du toro est quant à lui peu notable. Le quite de Pepe Moral par chicuelinas et demi véronique est poussif. Brindis personnel. Le début de trasteo par doblones est puissant. Les premiers derechezos sont déssinés avec assurances et entrega. La suite est soumises aux carences de la charge. À gauche le toro est éteint. Le jeune torero insiste à droite avec détermination mais sans résultat. Le dernier passage à gauche est indicatif de la qualité du toreo de Fabio Jiménez, tant dans le placement que dans l'intention. Entière atravesada. Salut sous la pluie. On peut dire que le torero ne laissera pas indifférent les connaisseurs.
Le tío de la course sort en sixième position et Jiménez ne parvient qu’à chasser les mouches avec la cape. L’Alcurrucén s’emploie avec réserve au cheval et au second tiers. Brindis au public. Les premiers muletazos sont brouillons. A droite le placement et l’entrega du jeune torero sont notables en séries courtes, main basse. À gauche le même sérieux donne un résultat brouillon. La série suivante à droite, bien que décousue, est intense par le placement et les toques sans recherche de facilité. Les trois entrées a matar posent de sérieuses questions quand à l'engagement du jeune matador au moment de la suerte suprême. Trois passages terminent cette trop longue corrida.
René Arneodau
Photos : mundotoro.com

