Il y a un mois, jour pour jour, l’afición de Madrid et celle d’ailleurs par l’intermédiaire de la télévision et Internet, vivaient le point culminant de la saison taurine en assistant à une inoubliable journée avec le festival pro monument d’Antoñete et, l’après-midi, la corrida et retirada de Morante de la Puebla. La mise en scène, le dramatisme et l’émotion que représentaient la retraite du matador d’époque de La Puebla del Río resteront dans les mémoires, mais dès cet instant, se posait la question du devenir immédiat de la Fiesta. Plus intimement, chacun imaginait le manque que représenterait l’absence de l’”idole”, de son toreo unique, étincelant et pur à la fois, inégalable pour les autres matadors de l’escalafón.
Il y a seulement quelques heures, toutes les rédactions du monde taurin, des pages web spécialisées à celle des éditions digitales de la presse généraliste se bousculaient pour reprendre l’annonce choc de la journée: la retraite de Morante n’était pas définitive, seulement un repos, une pause à la suite d’un surprenant reportaje du New York Times dans lequel le diestro exprimait les raisons de son intime résolution. “J’ai décidé d’arrêter avant de tomber. Le mélange de mes problèmes mentaux et la soufrance n’était pas une situation réjouissante. Mais quand même de satisfaction. Pour avoir réalisé un rêve”.
Photo: Ana Brigida - The New York Times
Nous avons tous en mémoire le visage de Morante embué de larmes après avoir retiré sa coleta au centre du ruedo de Las Ventas, notre propre émotion sans trop vraiment croire à ce geste théâtral et sa signification pour le vide soudainement créé.

Photo: Andrew Moore
Mais les jours ont passé et les aficionados par leurs réflexions personnelles et celles échangées dans les tertulias, tentaient d’expliquer cette décision - jusqu’à hier encore - au regard de la saison exceptionnelle que Morante venait de signer, de sa personnalité, des souvenirs des uns et des autres, ses faenas de Séville, celles de Madrid, ses arrêts pour cause de blessures, ses génialités mais aussi ses renoncements…
Et puis, voilà que tombait la nouvelle! Certains, les plus “avertis” et professionnels du déni, voyaient dans cette décision la confirmation de ce qu’ils avaient pensé, un geste trop théâtral pour être sincère, “je vous l’avais bien dit”, “il reviendra bientôt, croyez-moi”, etc. La plupart d’entre nous, émus et tristes au plus profond de notre âme d’aficionados, pouvions comprendre cette retraite, somme toute bien méritée mais prématurée à notre goût, “reviendra-t-il ?”, pensant déjà au poste vacant et son possible remplacement la prochaine temporada Mais qui?
Les postulants potentiels sont peu nombreux mais suffisants pour satisfaire la diversité des goûts des aficionados avec, pour les plus optimistes l’espoir de l’émergence d’un nouveau “génie”, d’une perle rare tout juste ébauchée. Le futur immédiat devrait confirmer au rang des toreros artistes, les Sévillans Juan Ortega et Pablo Aguado pour une relève encore incertaine dans l’attente d’un succès éclatant à Séville et Madrid.
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Quelques signes prémonitoires permettent d’entrevoir la présence plus régulière de Diego Urdiales sur les afiches des ferias 2026. En effet après sa présence à Séville et deux fois à la San Isidro, Diego était appelé à remplacer Morante à Málaga le 18 août et à Bilbao le 22 août à la suite de la cogida de Pontevedra. D’autre part, à la surprise générale, début noviembre était annoncée la séparation de Diego avec Luis Miguel Villalpando, son apoderado de toujours. Après une année bien pauvre avec seulement 9 contrats - pour sa 25ème année d’alternative! - il devrait ainsi conforter son image et réputation de torero classique pour 2026… si les empresas le reconnaissent comme tel comme substitut de Morante. Il ne faut pas non plus oublier Andrés Roca Rey, l’as Péruvien, dans tout autre registre, qui conservera son attraction pour tous les publics et surtout le public jeune. Viennent ensuite Daniel Luque, Borja Jiménez, Emilio de Justo et les déjà vétérans Sébastien Castella et Alejandro Talavante qui maintiennent leur niveau de contrats au gré des grandes empresas que sont la UTE Simón Casas et la “casa” Matilla. Et si le torero révélation Víctor Hernández se hissait au niveau des plus grands? Tous ces derniers matadors sont déjà la base des affiches des grandes ferias mais ne parviendront pas combler l’absence de Morante dans le coeur des partisans inconditionnels du torero de la Puebla Del Río. Mais la Fiesta continuera!!
Georges Marcillac
Photos non reférencées: Plaza 1