Jean Marie ROBERT – L'homme qui parle aux toros.

Jean Marie ROBERT avec "Perico"

Toute une génération d'aficionados du sud de la France aura le souvenir de corridas aux Arènes Romaines de Fréjus avec un fil conducteur en la personne du mayoral du corral et responsable des toros à Fréjus, Jean Marie ROBERT. Pendant des décennies les Empresas et les politiques responsables de la ville se sont succédé. Mais aux arènes un homme, ainsi qu'une équipe de passionnés autour de lui, ont œuvré pour que vive une tradition tauromachique vivace jusqu'à ce que les politiques décident en 2010, sous la pression d'idéologies antihumanistes, de s'opposer à une culture qui avait donné des temporadas flamboyantes à Forum Juli.

Il est donc de bon sens de revenir sur ce personnage incontournable, entouré de bénévoles dévoués, sans qui l'histoire tauromachique de Fréjus ne jouirait pas  de racines locales et profondes. En ce qui me concerne, mes premiers pas en Aficion à Fréjus datent des années 70, par le biais du "Club des Aficionados Azuréens" et par les visites régulières du corral lorsque les toros y séjournaient quelques jours avant les corridas. C'est là que je croisais pour la première fois ce personnage attachant qu'est Jean Marie ROBERT. Toujours généreux en explications et détails, il était également rigoureux pour éviter que les visiteurs  ne  dérange ou provoque les bichos. Toujours pour préserver l'intégrité des pensionnaires jusqu'au jour et à l'heure de la corrida. L'homme avait du temple dans le verbe et de la détermination dans l'action. Aimable et accueillant toujours, résolu lorsque les situations le nécessitaient.

Avec Antonio Ordoñez et Francisco Rivera Paquirri à Nîmes

Jean Marie ROBERT est un enfant de la DDASS né en février 1935 à Hyères. Rien ne le prédisposait à se passionner pour les toros. Ce sont les circonstances et une révélation qui l'amèneraient à leur dévouer sa vie. Quand on échange avec lui on comprend que le toro de combat prime sur les souvenirs de toreo. Ses réminiscences avec les toreros restent marginales par rapports à celles liés au toro.  Il n'en demeure pas moins qu'il a côtoyé toutes les figuras durant sa vie active.

 

Avec Paco Camino à Fréjus

Ses premiers souvenirs des arènes et du quartier des corrals ils les situe dans son enfance lorsque, en compagnie d'un groupe d'amis, suivant le chemin qui traversait les arènes non aménagées, il tomba sur une scène de chasse au lapin organisée dans ces lieux avec la mise en place de filets et la poursuite des proies par un furet. Il se souvient aussi des baignades dans le Reyran à hauteur d'un bassin artificielle créée par excavation dans le lit du cours d'eau, là où passait un petit train de transport de sable entre le quartier des Arènes et Saint-Aygulf. A cette époque il marchait, sans le savoir, sur le territoire qui deviendrait le lieu de sa passion et de sa dévotion.  Sa première attirance  il la définit, sans hésitation, comme portant sur les Arènes Romaines de Fréjus.

Avec Carlos Escolar Frascuelo à Fréjus

Quelques temps plus tard viendra le premier intérêt pour les spectacles tauromachiques lorsqu'il les regardait en cachette, plus pour voir comment les hommes manœuvraient les cages et les toros, que pour le spectacle en lui-même. Il ne s'explique pas cette attirance mais la décrit comme spontanée, intense et irrésistible.

Son tout premier souvenir tauromachique à Fréjus il le relie à une corrida à l'époque où l'empresa SOL était l'organisateur. Puis Il se souvient d'une corrida portugaise pendant l'ère de l'empresa Pierre Pouly durant laquelle les toros étaient lâchés en piste depuis leurs cages individuelles et qu'ensuite les équipes bataillaient pour les récupérer puisque le spectacle portugais était organisé sans mise à mort. Sa participation active dans les "faenas" des Arènes de Fréjus remonte à sa rencontre avec Guy Roucoule, bras droit de Ferdinand Aymé (directeur des Arènes de Nîmes et de Fréjus à cette époque). De cette rencontre  avec Guy qu'il situe en 1968, naîtra une amitié profonde ainsi qu'une collaboration tant aux Arènes de Fréjus qu'à celles de Nîmes.

Avec Tomas Campuzano à Nîmes

Il se rappelle que, passant aux arènes, il tombe sur des personnes qui montaient les structures tubulaires, celles qui deviendraient  les gradins emblématiques, symbole de la réussite et de la grandeur de ces Arènes. On lui proposa de participer au montage des tendidos, ce qu'il accepta.  Sur ces gradins seraient reçus, pendant des décennies, un public nombreux, international, de toutes origines sociales pour les spectacles tauromachiques ainsi que pour les concerts de variété.

Son premier contact avec le corral il le décrit comme remontant à l'époque où celui-ci était en bois, avec seulement deux enclos et un couloir pour manœuvrer les "bravos". Ce premier corral avait été construit sous l'égide de  Ferdinand Aymé. Le tri des animaux y était compliqué, voir risqué. Jean Marie ROBERT se rappelle que lors de son premier débarquement d'un lot de Toros Portugais  on lui a demandé de monter sur une cage aux côtés de Jean Marie Baudet qui deviendrait, postérieurement, un membre fidèle de l'équipe Fréjussienne.

Avec José Luis Galloso à Nîmes

Souvenirs et anecdotes s'enchainent. Un jour, un toro de réserve était resté un temps au corral. Alors qu'il avait un comportement furieux, Jean Marie ROBERT se rappelle que pour lui donner les soins, il dut mettre le foin d'un côté du corral pour ensuite pouvoir apporter l'eau à l'autre extrémité. Ce toro devant aller à Alès, il fut embarqué par lui et Guy. Il nous confie que le chauffeur chargé de ce transport fut  tué par cet animal après une chute au moment du débarquement à Alès, en passant d'un burladero à l'autre. Ce chauffeur travaillait pour la ganaderia Yonnet.  Jean Marie ROBERT n'a jamais douté du fait que la vie autour des toros était dangereuse.

Avec Espartaco à Nîmes

C'est grâce à l'intervention postérieure de Monsieur Ferrari du Comité des Fêtes de Fréjus que le corral en bois, fragile et peu pratique, serait remplacé par celui en béton, toujours sur pied actuellement au quartier de l'Agachon. Cet ouvrage avait été réalisé par des services municipaux pour ce qui est du gros œuvre et c'est Jean Marie Robert et son équipe qui s'étaient chargés des finitions et enduits. Il était temps que le nouveau corral voit le jour.

Les lits du nouveau corral de Fréjus années 70

En effet les mayorals, venant d'Espagne, avaient fini par ne plus vouloir voyager avec leurs toros à Fréjus tant les conditions y étaient spartiates. Seule une barraque de chantier était à leur disposition pendant leur séjour, alors que  dans les nouvelles installations un studio permettrait de recevoir deux personnes dans un minimum de confort pendant leur séjour.  Avec ces nouvelles commodités s'est ouvert une longue période de visites et d'échanges entre Jean Marie ROBERT et les hommes de campo.

Avec José Tomas à Nîmes

Avec Curillo à Fréjus

Lors de nos entretiens, se succèdent les souvenirs contés avec émotion et passion. Jean Marie ROBERT explique qu'il a appris le manejo des toros sur le tard, d'abord avec les équipes Nîmoises venues à Fréjus, puis au campo en assistant aux embarquements de corridas. Il partage le souvenir d'un voyage en Espagne lorsque Roberto Espinoza conduisait et qu'en compagnie de Pepe Limeño ils se sont perdus dans la marisma en chemin de la ganaderia de Pablo Romero. Ou encore le jour où il embarquait un lot de Miura à destination de Nîmes et qu'il fut impressionné et ému de voir Eduardo Miura Fernández suivre le camion qui emmenait ses toros, déambulant derrière le véhicule jusqu'à le perdre de vue au loin. A l'occasion d'un autre voyage pour embarquer un lot de Camacho pour Fréjus, il se souvient qu'un toro l'avait chargé au campo alors qu'il avançait à pied à côté du véhicule conduit par son ami, et grand Aficionado, Claude Diradourian.

L'ami et grand aficionado Claude Diradourian (à droite)

Sauvé par l'arrivé de la Diane du ganadero il se retrouve, ensuite, autour d'un repas aux cotés de ses hôtes, repas au cours duquel le régisseur de la ganaderia faisait remarquer qu'un des toros retenu pour compléter le lot de Fréjus, un melocoton, dépareillait car plus haut et plus impressionnant que les autres. S'inquiétant de cette conversation, le ganadero interroge "que se passe-t-il ?" Le régisseur donne son explication au ganadero qui interroge Jean Marie Robert "Il vous plait ?" "Oui Monsieur" répond le Fréjussien. La sentence du ganadero tombe : "Le toro va à Fréjus". Cette anecdote ne se termine pas là car José Luis Palomar qui était au cartel pour combattre ce lot de Camacho, arriverait quelques jours avant la course à Fréjus. Jean Marie ROBERT se chargerait de l'occuper et ils partagèrent du bon temps. Lors du débarquement du lot de Camacho au corral de Fréjus, Palomar se confia à propos du toro melocoton "il ne me plait pas". Le jour du sorteo c'est Jean Marie ROBERT qui dut lui annoncer que le bicho faisait partie de son lot. Dépité, Palomar batailla pour terminer sa faena et avoua postérieurement qu'il aurait pu en tirer meilleur parti.

Avec Pepe Limeño (à gauche)

Jean Marie ROBERT se remémore un autre voyage au campo avec Pepe Limeño, matador de toros, devenu représentant veedor de l'empresa Nîmoise pour qui il exprime une admiration tant pour sa classe que son éducation, et sa connaissance aiguisée des toros de combat. Partis un matin depuis Jerez de la Frontera en direction de la ganaderia de Manolo Gonzalez, ils trouvent que deux toros qui leur sont proposés sont trop forts pour Nîmes et pour la vedette qui devait s'y produire, Paco Ojeda. Ils doutent et décident de poursuivre leurs recherches au campo. Le ganadero tentera néanmoins de les retenir en disant à Jean Marie ROBERT "pourquoi tu vas ailleurs ?", suggérant qu'il le laisserait choisir des toros. Ils se rendent alors dans la finca de Murube où Jean Marie ROBERT ira avec le mayoral sélectionner les toros pour Nîmes. Lors du retour vers la France, un crochet à la frontière du Portugal devait permettre de réserver une novillada pour Fréjus. Les représentants des Arènes de Bézier étaient déjà passés par là et avait réservé le meilleur lot, celui que Jean Marie ROBERT aurait voulu sélectionner. La novillada de Fréjus n'est pas sortie bonne. Quant aux Murube de Nîmes ils ont eu du moteur à tel point que Heyral, le fournisseur de la cavalerie Nîmoise, reprocha à Jean Marie ROBERT d'avoir choisi ces exemplaires. Les aficionados quant à eux furent enchantés.

Lorsqu'on demande à Jean Marie ROBERT sa philosophie du maniement des toros sa réponse est la tranquillité et la patience. A ce propos il se souvient d'une déconvenue avec un lot de Juan Pedro Domecq lors de son arrivée au corral de Fréjus. Alors que deux exemplaires avaient été débarqués dans des enclos séparés, et que l'on avait besoin de libérer de l'espace.  Jean Marie ROBERT préconisait d'attendre avant de réunir ces deux beaux toros. Le mayoral de la ganaderia préférait quant à lui  accélérer l'opération et libérer un enclos pour terminer de débarquer les autres toros. C'est l'avis du mayoral qui fut privilégié et malheureusement, à l'ouverture de la porte entre les deux enclos, les toros se sont jetés l'un sur l'autre avec une telle force qu'ils se sont entretués.

Avec Perico au Corral de Fréjus

Ce qui nous amène à évoquer l'expérience du toro "Perico", un toro sobrero, resté plusieurs semaines au corral de Fréjus, à la suite d'une course de rejoneo. De ce temps passé ensemble, nourrissant et soignant quotidiennement l'animal, est né entre Jean Marie ROBERT et "Perico" une confiance qui a incité l'homme, un jour où le toro se laissait gratter le front depuis le burladero, à le suivre jusqu'au centre de l'enclos, a cuerpo limpio, tout en poursuivant son geste attentionné.  Ils étaient seuls au corral. Le risque pris était non négligeable, mais le moment de communion indescriptible.

Vint aussi une autre facette de la carrière de Jean Marie ROBERT. Lorsque Lucien Sales était aux affaires  des arènes de Fréjus, il lui annonce un jour  que ce dernier se chargerait tant des toros que de l'intendance des spectacles de variétés. De cette époque il garde des souvenirs impactant, époque durant laquelle les arènes reçurent des concerts d'artistes de renom mondial. Jean Marie ROBERT se souvient que son premier concert actif fut avec Fernand Raynaud (à l'époque de la direction de Ferdinand Aymé) concert dont il ne garde pas un bon souvenir. Mais ce début décevant fut largement compensé par les merveilleuses réminiscences ultérieures, comme par exemple avec Phil Collins de Genesis qui lui demanda, dans un excellent Français, de pouvoir partager les grillades préparées par les membres de l'équipe des arènes, à la bonne franquette, ou encore le jour où Albert Koski lui demanda de récupérer son fils à l'aéroport pour le conduire à St Tropez où il fut invité à partager un moment avec les invités et eu l'honneur de faire la connaissance de Michelle Morgan. Albert Koski fut une figure emblématique de la production de concerts en France entre 1972 et 1987. A la tête de la société KCP il organisa des tournées avec les plus grands noms tels que Genesis, Police, les Who, Santana, David Bowie, Lou Reed parmi une longue liste d'artistes qui se produisirent à Fréjus .  Jean Marie ROBERT croisa leur chemin durant l'époque dorée des arènes et se souvient particulièrement du jour où, à cause d'une panne de courant, Stevie Wonder dû chanter "a capella" alors que Jean Marie ROBERT œuvrait dans l'urgence pour réparer la panne.  Le public fut convaincu que cette interprétation faisait partie du spectacle.

De l'époque de Lucien Sales c'est le souvenir d'une conversation à trois avec Henri Laurent, éleveur et personnage taurin Français de premier plan, qu'il aime à relater. A cette occasion Henri Laurent mentionne à Lucien Sales qu'il connait très bien un des toreros vedette de l'époque en la personne de Manuel Benitez "El Cordobes" qui, après s'être retiré un temps, effectuait un retour face aux toros. Lucien Sales décrète qu'il viendra toréer à Fréjus et dès le lendemain, sur intervention d'Henri Laurent, un vol vers Séville est organisé et le contrat de la venue du phénomène aux arènes de Fréjus est signé à l'aéroport de Séville.

Jean Marie ROBERT reconnait volontiers que le succès des arènes de Fréjus appartient à l'ensemble de l'équipe de fidèles bénévoles qui l'entouraient. Chacun avait ses qualités et ses missions , ce qui permettait de faire face à toutes les  contingences qui pouvant surgir. Au cours de l'entretien il décrit les moments compliqués et ceux de partage, avec les hommes pour qui il conserve un attachement non dissimulé. Les photos de groupe qu'il conserve sont le témoignage de ces décennies de complicité. De fait Jean Marie ROBERT est toujours très pondéré et respectueux lorsqu'il mentionne le nom des personnes avec qui il a collaboré. Il sait reconnaitre les aptitudes de chacun et les mettre en exergue. Il insistera pour mentionner, lors de notre entretien, le nom des areneros sans lesquels il reconnait qu'il n'aurait pas vécu sa passion.  Nous reconnaîtrons sur les photos Jean Marie Baudet, Marcel Fouque, Jacky Luciano et son fils Cédric, Alonso Père et fils, Jacques Triponnel, François Camara, Belka, Jean Luc et Michel Martino, Philippe Maurel, Espinosa, Luc Brandelong, Jacques Sieyes, Medegelia, Tony, Paul Bertaud.  A l'évocation de  l'équipe on sent chez Jean Marie ROBERT reconnaissance et émotion. q

Avec Claude Diradourian à Fréjus

C'est ainsi qu'au cours de notre échange sont aussi mentionnés les empresas comme Pierre Pouly auquel il se réfère en tant que "Don Pedro", Monsieur Aymé de qui il a beaucoup appris, Pierre Cordelier avec qui il a partagé des moments de qualité, Claude Diradourian un homme pondéré devenu ami, Pepe Limeño pour qui il exprime une sincère admiration.

Plus avant dans la conversation nous évoquons le jour où un toro de Paquirri commence à tomber en piste et que le représentant de la Commission Taurine Fréjussienne lui indique qu’il faut changer le toro. Ce jour-là c'était le gendre de Monsieur Aymé qui était présent aux manettes.  Il donna son feu vert pour que le remplacement ait lieu. Le problème c'est qu'il avait auparavant suggéré de ne pas mettre le sobrero en cage et que donc celui-ci était resté dans le camion qui l'avait transporté à Fréjus le jour même. Préoccupé le valet d'épée de Paquirri demande à Jean Marie ROBERT comment est le sobrero.  Ne l'ayant pas vu, ce dernier décide de lui donner une réponse réconfortante, avant de partir en trombe vers le corral pour récupérer ce toro de réserve. Sur place il doit faire descendre le toro du camion avant de le charger dans un cajon pour le transporter aux arènes qui se situent à environ 600 mètres de distance du corral.  Il entend au loin les réactions du public qui s'impatiente. Dans l'urgence la manœuvre est réalisée sans les précautions habituelles et par miracle le toro collabore et monte rapidement dans le cajon. Ce qui aurait pu être un cauchemar s'est terminé en miracle. De surcroit le trapio du toro ne dépareillait pas avec l'avis à l'aveugle qu'il avait donné au valet d'épée. Ce fut une des rares fois où un seul sobrero fut disponible à Fréjus car il y en avait deux habituellement.

Jean Marie ROBERT affirme que "Les gens sous estiment toujours les toros." Il évoque dans la foulée le jour où un lot de novillos de "Infanta de la Camara" arrive à Fréjus et est critiqué par les membres de la commission taurine. S'en suivent des échanges houleux avec l'Empresa qui était à l'époque "Don Pedro" Pierre Pouly. Ce dernier, agacé, finit par retirer ce lot et, devant la panique des responsables locaux face aux conséquences d'une annulation du spectacle, l'impresario propose in extremis de le remplacer par un lot de Paul Ricard. A cette époque Jean Marie ROBERT se souvient qu'il insistait auprès de Pierre Pouly pour qu'il ne reste pas dans le callejón de Fréjus jugé trop dangereux car exigu (90 cm de large). Ce jour-là le cinquième Paul Ricard, imposant de stature, comme l'avait souhaité la commission taurine, fit une sortie en piste de manso perdido, distribuant volteretas, faisant courir son espada Nimeno II, et sautant au couloir alors que Jean Marie ROBERT s'efforçait de l'en dissuader, bras levés depuis le callejon. Une dernière tentative de saut permis au bicho de passer les deux barrières, hors du ruedo jusque dans la zone publique, le tout dans un tumulte qui heureusement ne causa aucun malheur. (Voir Article "Toros Volants"). Le lot initialement prévu d'"Infanta de la Camara" fut quant à lui lidiée à Vichy avec succès.

Fréjus Arènes pleines années 70

Jean Marie ROBERT évoque ses collaborations moins fréquentes, mais significatives, avec l'équipe des arènes d'Arles et particulièrement à l'époque de Pierre Pouly. Il se souvient lorsque les cages des toros devaient être baissées et déposées en niveau inférieur dans les toriles et ce avant que ne soit installée la rampe actuelle qui permet aux toros de descendre par eux-mêmes depuis le camion qui les transporte. Il mentionne une curiosité, à propos des gradins tubulaires de Fréjus retirés pour des supposées raisons de sécurité, qui finirent par être installés en Arles pour étendre et augmenter les tendidos.  A ce propos il note que lorsque l'ordre fut donné de retirer les gradins de Fréjus, ils venaient d'être contrôlés par la commission de sécurité et qu'ils avaient passé avec succès cette vérification. Entre temps la tragédie de Furiani avait eu lieu.  Jean Marie ROBERT se souvient qu'il disposait de 27 rangs de gradins coté soleil et 15 rangs coté ombre. Les photos de l'époque lors des corridas et des concerts montrent des foules conséquentes, entre 10.000 et 12.000 âmes, qui ont toujours été reçues avec efficacité. Maintenant, après les derniers travaux de bétonnage des arènes, leur capacité a été réduite considérablement avec seulement 4.200 places disponibles. La réduction du nombre de places, cumulée aux erreurs de conception lors des travaux, rendent difficile l'utilisation du monument. L'âge d'or des spectacles Fréjussiens est pour l'instant suspendu.

Jean Marie Robert à Jerez de la Frontera.

Les yeux de Jean Marie ROBERT brillent lorsqu'il évoque les visites au campo. Les noms qui reviennent souvent sont ceux de Pepe Limeño et de Claude Diradourian. Il aime cite le jour où José Luis Marca lui proposa de rester au campo et de se charger de ses toros dans sa finca, ainsi que les invitations et repas dans les ganaderias en compagnie des gens du campo.

Les sobreros devaient être lancés en piste depuis un cajon à Fréjus

Jean Marie ROBERT a toujours eu du respect pour les toros et n'a jamais pris à la légère son interaction avec eux. Néanmoins il a quelques souvenirs de moments tendus, comme ce jour où lors d'un débarquement d'un lot de toros à Fréjus, il a eu à la fois peur et beaucoup de chance. A cette occasion il était en compagnie de l'empresa de l'époque, Vincent Ribera. Le lot était arrivé sans mayoral, avec le seul chauffeur. Les toros voyagent presque toujours avec leur alimentation, le pienso, afin de les nourrir lors de leur séjour au corral. Cette alimentation est stockée traditionnellement  dans l'une des partitions du camion non occupée par un toro. Ce jour-là le conducteur voulant décharger la nourriture a soulevé la porte coulissante de la cage qu'il pensait contenir le pienso. Jean Marie ROBERT et Vincent Ribera qui étaient au pied du camion se retrouvèrent nez à nez avec un bicho qui, heureusement, n'a pas foncé, laissant juste le temps au chauffeur, se rendant compte de son erreur, de refermer la porte précipitamment.

Il serait possible de poursuivre le partage des souvenirs du Mayoral Fréjussien pendant des pages et des pages tellement sa carrière en est remplie.  Ce qui est important de retenir c'est sa passion spontanée et inexpliquée pour les toros avec qui, et pour qui, il a vécu.  Il est, après tant d'années de vie commune avec eux, méritant du titre de "Mayoral" qu'il fut dans les Arènes du sud-est et qu'il aurait pu être au campo sans aucun doute.   Pour ceux d'entre nous qui sommes attachés à la tradition taurine fréjussienne, il n'y a pas de souvenir des corridas locales sans celui de la haute et svelte silhouette de ce personnage indissociable de l'histoire taurine Fréjussienne.  Je garde à jamais dans mes pensées, les passages devant le corral, vérifiant si la porte du couloir de visite y était ouverte.  Et si elle l'était, je m'arrêtais pour voir les toros.  Ces jours-là, il n'était pas rare d'entendre la voix de Jean Marie ROBERT  s'annonçant auprès de ses pensionnaires avant de les approcher et de les soigner.  Sa philosophie était de toujours s'annoncer, de ne jamais  surprendre les toros et de les manœuvrer avec temple.  J'essayais alors d'attirer son attention pour, qu'une fois libéré de ses obligations, il vienne me raconter ses secrets et partager ses connaissances.  Il est non seulement la mémoire des toros qui ont combattus dans les arènes de Fréjus, il est aussi l'homme qui toute sa vie leur a parlé.

Avec Simon Casas et le Maestro José Mari Manzanares

En conclusion de notre entretien Jean Marie Robert me confie une dernière anecdote qui fait le lien entre l'histoire de la tauromachie à Fréjus et la Tauromachie actuelle au plus haut niveau :  "Mon expérience à Fréjus m'a permis d'y croiser le chemin d'un certain Simon Casas (qui faisait de 1976 à 1978 sa première expérience d'Empresa taurine à Fréjus).  Un jour il me dit "Je deviendrai empresa de Nîmes".  Quelques temps après, à l'occasion d'un déplacement au campo, il me confia "Jean Marie je serai empresa de Madrid."" Jean Marie Robert reconnait avec enthousiasme que ces objectifs ont été atteints, créant ainsi un lien historique entre les arènes de Fréjus, Nîmes et Madrid.

René Arneodau

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Une réponse à Jean Marie ROBERT – L'homme qui parle aux toros.

  1. Bruno Labrit dit :

    Merci René Philippe pour ce récit plein d’anecdotes.
    Je me souviens de M Jean Marie Robert aux corral et aux arènes à Frejus

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